samedi, février 4, 2023
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Ll’Iran est à un tournant (le sénateur Jean-Pierre Michel)

CNRI – Le Comité parlementaire pour en Iran démocratique (CPID), composé de plusieurs dizaines de députés de tous les groupes politiques de l’Assemblée nationale, a organisé le mardi 29 octobre un colloque à la Salle Victor Hugo sur la situation en Iran. L’invitée d’honneur, la dirigeante de l’opposition iranienne (CNRI), Maryam Radjavi a présenté son analyse de la situation. Une délégation de sénateurs menée par M. le sénateur Jean-Pierre Michel, président du Comité français pour un Iran démocratique (CFID), a participé à cette conférence présidé par M. le député Dominique Lefebvre, vice-président du CPID.Voici l’intervention du sénateur Jean-Pierre Michel:

 J’interviens donc au nom du Comité Français pour un Iran Démocratique, c’est-à-dire le comité parlementaire du Sénat élargi à des personnalités que je vois ici dans la salle et qui depuis des années accompagnent le mouvement des Moudjahidine du Peuple. Et je remercie le Comité parlementaire de l’Assemblée nationale de m’avoir accueilli ici ce soir. Je les félicite pour la tenue de cette réunion qui serait peut-être plus difficile à tenir au Sénat.
 
Alors, depuis une décennie, Madame Radjavi, nous suivons votre parcours, nous sommes à côté de vous, comme l’a dit notre président tout à l’heure, dans des moments heureux, celui où après les décisions de Luxembourg et de Washington vous avez été radiés de la liste des organisations terroristes, d’autres douloureux, au moment des attaques d’Achraf répétées et aujourd’hui après ce que l’on vient de voir sur cet écran. 
 
Et nous l’avons toujours dit, que l’attitude du gouvernement français, des gouvernements français successifs, était une attitude déséquilibrée. Déséquilibrée parce que en faveur d’une politique de complaisance vis-à-vis des religieux au pouvoir en Iran. Pourquoi ? Peut-être parce que les relations économiques prédominent. Peut-être parce que le PDG de Total est notre ambassadeur en Iran, c’est ce que j’ai dit à Monsieur Kouchner lorsqu’il m’avait reçu. Et que donc notre diplomatie est uniquement, à mon avis, fondée sur ces intérêts là. Et pourtant, les présidents de la République successifs que nous avons connus nous ont affirmé le contraire lorsqu’ils ont été investis. Il faut croire qu’ils nous ont menti.
 
Alors, qu’avons-nous vu ? On a vu des dossiers judiciaires préfabriqués, des inscriptions infondées sur des listes terroristes qui ont été annulées après des combats longs et grâce à toute une cohorte d’avocats qu’il faut remercier et féliciter, français et américains. Nous avons vu que tout ceci a empêché très longtemps votre organisation de parler clairement, car pesait toujours sur vous cette espèce de suspicion d’une organisation terroriste. Je vous rappelle d’ailleurs qu’en France, pendant la Résistance, les résistants étaient appelés des terroristes par les Allemands. Donc, que vous soyez appelés des terroristes par vos adversaires, cela est plutôt un honneur et un compliment.
 
Alors, aujourd’hui, qu’arrive-t-il ? On l’a dit, l’Iran est à un tournant. Ce tournant, c’est que la situation économique et sociale à l’intérieur est explosive. Les manifestations se répètent, se succèdent les unes aux autres. Et l’Iran intervient, nous le savons, en Syrie. Il n’a pas de vraie réponse au problème nucléaire, et donc, nous le disons clairement les uns et les autres, que notre pays, la France, doit enfin se placer dans ce dossier en leadership, car je dirais qu’elle est attendue. Elle n’a aucun passé colonial en Iran. Aujourd’hui, elle préfère agir en Afrique noire, c’est très bien. Mais je crois qu’elle ne doit pas oublier l’Iran. Et d’ailleurs d’autres pays auxquels je suis très attaché également, comme les Balkans occidentaux.
 
Il est temps de tourner la page. Il est temps de se mettre à côté du peuple iranien, à côté de l’organisation des Moudjahidine du peuple, du CNRI, de ceux qui, structurés, aspirent à la démocratie et qui – contrairement à tout ce que l’on dit, à tous les mensonges que l’on peut colporter dans notre pays même, de la part d’autorités compétentes, universitaires, chercheurs – et qui dans leur charte ont la prétention de mettre en Iran, sur place, un régime démocratique, un régime laïque et un régime où les femmes auront toutes leur place. Ce qui, vous en conviendrez, dans un pays de religion musulmane, serait vraiment une grande première. Et je crois que c’est pour ça aussi que nous devons continuer à combattre.
 
Alors, bien sûr, comme il sait très bien le faire, aujourd’hui l’Iran joue au miroir aux alouettes et je dirais que les pauvres alouettes françaises et américaines, même les plus élevées, les présidents de la République, ont l’air de s’y faire prendre. Et je pense qu’ils ne connaissent pas notre histoire, d’autant qu’ils n’étaient pas si jeunes à cette époque, les mêmes causes produiront les mêmes effets, et monsieur Rohani est la copie conforme de monsieur Khatami. Il est élu parce que, même s’il n’était pas, paraît-il, son candidat officiel, le guide suprême l’a voulu, l’a accepté, sinon il n’aurait jamais été élu président de la République, et notre ami Chassaigne a dit de qui il s’était entouré dans son gouvernement. Et nous avons vu, depuis, ce qui se passe d’ailleurs. C’est le dernier rapport du Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies qui pointe depuis l’arrivée de Rohani au pouvoir, les exécutions, les pendaisons – alors vous connaissez tous ces pendaisons en Iran, je pense. 
 
Si vous ne le savez pas, je vous le précise d’un mot quand même. Dans un certain nombre de pays, il y a toujours la peine de mort, il y a des pendaisons. On voit des gens, ils sont debout, et puis il y a une trappe qui s’ouvre, ils tombent et donc ils sont étranglés, étouffés. En Iran, c’est très différent. Cela se passe en plein air, sur la place publique. On dresse des espèces de poulies, de poteaux télégraphiques on peut dire. En bas, on attache les gens par les pieds, on leur cache le visage, on les attache et on les monte tout doucement, tout doucement, tout doucement, jusqu’en haut – il n’y a qu’à voir les vidéos, il n’y a qu’à voir, d’ailleurs les reproductions des émissions officielles des radios iraniennes. Les corps tremblent, bougent, tressaillent, jusqu’à ce qu’en haut, au bout d’un moment, ils s’immobilisent. Ils sont morts. Voilà ce qui se passe régulièrement, 300 fois depuis que monsieur Rohani a été élu président de la République.
 
Donc, nous devons redoubler d’efforts. Je crois que c’est notre responsabilité de parlementaire, quelle que soit notre orientation politique. Responsabilité politique, mais aussi responsabilité morale. Car qui que nous soyons, nous sommes quand même dans un pays attaché aux droits de l’homme et aux libertés. Et donc, nous devons redoubler d’efforts.
 
Alors, redoubler d’efforts, d’abord, je crois, en disant, en répétant, mais nous n’obtenons pas beaucoup de réponse, ni hier ni même aujourd’hui, malheureusement, j’ai un peu honte de le dire, quand même. Et bien, nous devons dire à notre gouvernement qu’il doit avoir une autre approche vis-à-vis du CNRI et des opposants au régime iranien. Il doit discuter avec vous. Il doit vous recevoir. Il doit vous écouter, car, ne l’oublions pas, par des voies qui n’ont pas été directes, puisque vous n’avez pas pu le faire, c’est quand même grâce à vous que l’on a appris un certain nombre de renseignements sur les implantations nucléaires en Iran, qui n’ont pas été démentis. Peut-être que les Américains, par la NSA, on le sait maintenant, auraient pu le savoir avant, peut-être l’ont-ils su, mais en tout cas, c’est par vous.
 
C’est par vous, d’ailleurs, aussi qu’on a su, par ces mêmes voies, quelle était l’action des pasdaran en Syrie, où ils étaient, dans quels camps ils entraînaient les forces djihadistes syriennes, dans cette guerre atroce qui se passe aujourd’hui en Syrie.
 
Et c’est par vous que l’on sait ce qui se passe réellement à l’intérieur de l’Iran, car, vous ne vous en cachez pas, vous le savez, vous n’êtes pas une organisation exilée, comme ça, suspendue en France, aux États-Unis, en Allemagne, qui prêcherait la révolution. Vous êtes une organisation qui a son implantation en Iran, qui a des connexions dans la population iranienne et qui, on le voit au moment des grandes manifestations, est présente en Iran, parmi le peuple iranien. Et c’est d’ailleurs comme cela que vous avez un certain nombre d’informations et que vous les donnez.
 
Et donc tout ceci fait qu’il est absolument primordial de prendre contact avec vous, de prendre le dialogue avec vous. N’oublions pas d’ailleurs, faut-il le rappeler au président de la République, mais il faut le lui rappeler, que si vous êtes en France, c’est quand même grâce à un président de la République français, qui vous a accueillie sur notre territoire. Si vous avez un statut de réfugiée politique, c’est comme cela que vous vous êtes installée à Auvers-sur-Oise où était déjà votre ami le Docteur Radjavi. Et donc, je crois qu’il faut continuer cette politique, il faut honorer cette politique. Il faut oublier la parenthèse malheureuse, que vous connaissez si bien Madame, bon, de ce qui s’est passé à Auvers-sur-Oise, de la rafle, des procédures judiciaires manipulées, des juges d’instruction aux ordres du pouvoir. Il a fallu attendre qu’il soit en retraite, pour que finalement un autre juge prononce des non-lieux dans toutes les affaires pour lesquelles vous étiez poursuivie. Tout ceci est honteux, il faut le dire, pour notre pays, et pas seulement pour notre gouvernement en place à l’époque, pour notre pays.
 
Et bien, il est temps que l’on redresse la tête. Je crois qu’il est temps que l’on redresse la tête. Et je crois qu’il faut que nous osions le pari de la résistance iranienne, le pari du CNRI. Il faut à tout prix que cela soit aujourd’hui. Et c’est ce que je demande solennellement. C’est ce que j’ai écrit dernièrement à notre ministre des Affaires Étrangères, qui est par ailleurs un ami.
 
Alors je sais bien que réunion après réunion, ici à l’Assemblée Nationale, au Sénat lorsque cela a été possible, cela le sera encore dans d’autres lieux, dans des salles de réunion, nous répétons, nous sommes là, pas toujours les mêmes d’ailleurs, il y a des renouvellements, il y a des nouveaux députés qui sont arrivés. Et nous répétons les mêmes choses. Et les uns derrière les autres, et bien nous disons aussi pratiquement les mêmes choses.
 
Alors, à un moment, l’on se demande – et l’on me dit, certains : mais pourquoi vous continuez ? Vous voyez bien que cela n’a aucun effet. Et certains parlementaires particulièrement, bien intentionnés, notamment au Sénat – je ne citerai pas leur nom ici, tout le monde les connaît – se chargent dans les couloirs, lorsqu’ils me rencontrent, de me dire : écoute, Jean-Pierre, arrête tes conneries. Voilà. Arrête de soutenir cette secte. 
 
Et bien, non. Nous n’arrêterons pas ! Nous n’arrêterons pas ! Parce que nous sommes persuadés que nous menons le bon combat. Et nous n’arrêterons pas de faire pression. Et nous n’arrêterons pas de répéter les mêmes choses tant qu’il faudra les répéter et qu’elles n’auront pas eu de solution. Et nous n’arrêterons pas de dénoncer ces crimes, cette barbarie atroce. Et nous n’arrêterons pas de demander que ces otages soient libérés. Et nous n’arrêterons pas de demander que notre gouvernement prenne enfin ses responsabilités vis-à-vis de la résistance démocratique en Iran et pour l’Iran.
 
Et si nous le faisons, c’est d’abord parce que nous y croyons. Et c’est aussi, Madame, par respect pour vous, par respect pour votre courage, pour le courage de tous ceux qui sont morts, pour le courage de tous ceux qui sont encore vivants, qui sont ici ou ailleurs, et qui continuent à se battre pour la démocratie en Iran. Et bien continuons le combat. Merci.