lundi, novembre 28, 2022

L’Iran : Une troisième voie

L’Iran : Une troisième voieGlobal Politician – Par Jubin Afchar –  L’Iran est la crise la plus urgente sur l’agenda de la communauté internationale en 2006. Avec la montée d’une politique étrangère extrémiste sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, le régime iranien a vite entrepris de prendre des initiatives calculées pour propager son idéologie d’un islam intégriste vers d’autres pays musulmans à travers le Moyen-Orient et ailleurs. Si le régime iranien arrive à ses fins, cela aura des répercussions périlleuses pour la paix et la sécurité régionale et globale.

Tandis que l’Europe essaye de comprendre comment et pourquoi sa politique de dialogue « critique » ou « global »  (souvent critiquée comme de la complaisance) s’est terminée par un tel fiasco, il serait prudent et sage d’essayer de comprendre les principes de bases pour négocier avec un régime religieux et totalitaire comme l’Iran.

Le régime en Iran est arrivé au pouvoir en 1979 après une révolution populaire qui a balayé la dynastie Pahlavi qui était corrompue et répressive et qui a régné avec une poigne de fer sur l’Iran pendant près d’un demi siècle. Le clergé sous la houlette de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny a pris le pouvoir grâce au vide laissé par la répression brutale menée par le chah contre l’opposition démocratique, et a usurpé la démocratie promise par la révolution. Peu après, les Iraniens qui aspiraient à se libérer du despotisme de la monarchie d’influence occidentale, ont été soumis à un totalitarisme religieux que Khomeiny a théorisé comme « la tutelle du guide suprême religieux ». L’islam anti démocratique, régressif et perverti de Khomeiny, faisant croire par manipulation à un retour aux racines et aux traditions du pays, s’est vite avéré capable de tueries massives, de terreur et de fanatisme débridé.

Khomeiny et ses successeurs loyaux n’avaient pas de programme social, économique et politique cohérent pouvant répondre à l’aspiration de progrès, de prospérité et de justice d’une société moderne. Par conséquent, ce régime est caractérisé par une soif dynamique de fomenter des crises et des conflits pour assurer sa pérennité. Il a aussi besoin de conflits pour détourner l’attention de leurs échecs internes et des injustices et comme un prétexte pour réprimer et contrôler toutes les formes d’opposition dans le pays.

Le contrôle du clergé sur la structure du pouvoir actuel de l’Etat iranien n’est pas une caractéristique temporaire de la théocratie mais le principe qui la définit. Tant que ce contrôle continue et que le régime règne en Iran, la région et le monde connaîtront l’exportation de l’intégrisme et le soutien au terrorisme déstabilisateur qui brosse un tableau sombre pour le futur et le danger d’enflammer la planète dans un conflit ou une guerre. Tous les autres sujets régionaux sont subordonnés au sujet de la démocratie en Iran et non le contraire.

Prenons l’Irak par exemple. Beaucoup de conseillers politiques américains avaient prédit qu’un Irak démocratique allait modérer le comportement de l’Iran et que ce mouvement démocratique allait inciter un changement en Iran. Cependant il est clair désormais qu’aussi longtemps que le règne islamique théocratique continue d’assumer le pouvoir en Iran, la nouvelle démocratie en Irak est menacée par l’Iran. Le chemin de la démocratie en Irak passe forcément à travers l’Iran et non par le sens inverse.

Maintenant que la communauté internationale a fini par réaliser qu’on ne peut apaiser le régime iranien, engagé ou modéré, elle a un choix difficile à faire. Les options diplomatiques s’étant heurtées à l’intransigeance du le régime iranien, le monde doit réfléchir à la manière de contrer l’escalade calculée de Téhéran. Le régime ne répondra qu’à la fermeté et aux pressions et seulement lorsque son emprise sur le pouvoir sera menacée. L’occident ne devrait pas lancer de guerre contre l’Iran, comme l’ont suggéré certains. La guerre est une extension naturelle de la complaisance, qui s’est soldée par un échec,  et ne touche pas les vraies causes du problème. L’option militaire est aussi dangereuse qu’infaisable car elle comporte beaucoup de dangers et forgée de danger des erreurs de calcul. Aucune option militaire ou pression étrangère ne peut renverser le régime du clergé en Iran. Seule une opposition locale le peut. Il faut faire face à la menace iranienne en soutenant une option iranienne, et tant que ça ne se fera pas, le danger ne sera pas circonscrit.

Malheureusement, trop d’années ont été perdues en dans la chasse aux illusions des réformateurs du régime iranien, et trop d’opportunités pour soutenir et renforcer l’opposition iranienne ont été gaspillées. Heureusement, un mouvement de résistance organisé a persévéré et a pu survivre aux tempêtes politiques de ces 27 dernières années, c’est pratiquement le seul mouvement qui tient tête à l’intégrisme islamique.
Les Moudjahidine iranien (l’OMPI), et l’organisation politique avec son parlement en exil, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), sont les alliés les plus viables et démocratiques que l’Occident peut compter en Iran et pas seulement « un ennemi de mon ennemi » comme diraient certains. L’OMPI est un mouvement d’opposition iranien créée dans les années 1960 pour s’opposer à la dictature corrompue du chah. Ce mouvement a traversé bien des épreuves et il a montré son caractère et sa détermination dans la quête de la démocratie et de la liberté en Iran.

Les dirigeants de ce mouvement ont été décimés par le SAVAK du Shah en 1971 ; tous sauf un ont été exécutés. Leur organisation en dehors de la prison a été fracassée par le détournement du nom et de l’emblème de cette organisation musulmane par un coup d’Etat marxiste qui a entraîné le meurtre des quelques dirigeants  musulmans qui n’avaient pas été capturés par la SAVAK. Le vide du pouvoir et les conséquences du coup des Marxistes ont causé un contrecoup parmi les islamistes de droite – contenus jusque là grâce à l’islam progressiste des Moudjahidine. La tendance régressive et intégriste islamique latente dans la société iranienne a viré pour former un front politique qui devait être dominé par Khomeiny, qui a été propulsé au devant de la scène de la lutte contre le chah, lui permettant de dérober la révolution au peuple iranien.

Khomeini a effectivement rempli le vide du pouvoir créé par le chah avec l’emprisonnement des Moudjahidine du peuple. Quand Khomeiny a resserré l’emprise intégriste sur les structures du pouvoir post-révolutionnaire en Iran, les Moudjahidine ont rejeté les premières suggestions de partager le pouvoir avec les intégristes islamiques anti-démocratiques et ont agi avec fermeté et courage pour mettre la question de la démocratie au centre de la table. En le faisant, ils ont défendu les droits de tous les mouvements politiques et des minorités pour participer au processus politique.

Cette décision a coûté très cher au mouvement et à ses sympathisants. Des milliers ont été arrêtés et des dizaines tués dans les événements qui ont conduit à ce jour fatal du 20 juin 1981. Khomeiny a ordonné aux gardiens de la révolution d’utiliser la force mortelle contre les manifestants hostiles au pouvoir ; des milliers ont été arrêtés et des centaines exécutés sommairement. Ce jour a été un tournant dans un Iran postrévolutionnaire qui a mené à une guerre civile de facto entraînant  les Moudjahidine dans la clandestinité.
La résistance iranienne – comme se nomment les forces réunies sous l’aile de l’organisation du NCRI  – a lancé une lutte dans le pays et une campagne internationale pour renverser le régime théocratique, qui continue à ce jour. Dans ce processus, l’Occident l’a soit regardé de manière ambivalente, soit l’a interdite. L’Occident a aussi utilisé sa présence en exil comme un appât pour obtenir en vain  des concessions des intégristes islamiques de Téhéran. De telles tentatives ont même été jusqu’à bombarder les bases de l’OMPI en Irak comme contrepartie avec les mollahs. En faisant ça, l’Occident a effectivement entravé la force la plus efficace et la mieux organisée qui s’oppose à l’intégrisme islamique, et qui partage les valeurs démocratiques et un engagement à la démocratie basée sur la séparation de la religion et de l’Etat, tandis qu’en même temps elle inspire le respect dans la société musulmane iranienne.

La polarisation des Moudjahdine et du CNRI sur les droits des femmes, face à l’agression des intégristes islamiques contre ce qu’ils considèrent comme le sexe inférieur, est d’une importance significative dans leur lutte contre le régime de Téhéran. Rien n’agace plus les mollahs que les femmes au pouvoir, et ceci est précisément pourquoi les Moudjahidine ont attaché tellement d’importance à encourager et construire leur organisation autour du leadership de femmes qualifiées dans leur mouvement. A la tête d cette lutte hautement significative, se trouve Maryam Radjavi, la charismatique présidente de la République élue de la Résistance iranienne. Elle représente la plus grande menace politique, idéologique et culturelle au régime du clergé en Iran qui déteste sa vision d’un Iran démocratique, où les femmes seraient considérées comme les égales des hommes dans tous les domaines de la vie sociale, politique, et économique.

Maintenant que le dossier nucléaire iranien a été transféré au Conseil de Sécurité des Nations Unies, il est impératif que la communauté internationale, les Etats-Unis et l’Europe en particulier évaluent attentivement leurs options. Une estimation correcte des actions du régime iranien peut être fait en examinant son comportement passé, les principes qui les guident et sa nature, et ses dilemmes domestiques et internationaux.

L’élite du régime sous la direction d’Ali Khamenei, a fait un choix stratégique en juin 2005 avec l’ascension de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence. Le régime, confronté à une opposition et une dissension internes croissantes, avec l’ombre des démocraties se formant à ses frontières et un consensus international grandissant contre son idéologie islamique extrémiste, a fait le choix de lancer une offensive afin de se prémunir d’une chute inévitable. Ainsi, il a mis fin à l’ère Khatami et a consolidé le pouvoir entre les mains de sa faction la plus loyale. L’ascension d’Ahmadinejad et la nouvelle position de l’Iran en matière de politique étrangère illustraient ce choix, que le CNRI a qualifié en juin 2005 d’avancée belliqueuse du fondamentalisme, de soutien au terrorisme et de répression nationale intensifiée.

Tandis que l’administration américaine et les Européens réfléchissent à la prochaine mesure concernant l’Iran, il est utile de faire remarquer que les Iraniens sont les seuls garants de cette route vers la démocratie en Iran et de la paix dans la région et dans le monde. Les Iraniens sont nationalistes et tiennent à leur culture islamique. Une intervention étrangère ou une guerre ne résoudrait pas le problème de la légitimité et de la détermination souveraine du peuple iranien de leur propre destinée.

Contrairement à l’Irak, une alternative légitime, populaire et efficace dévouée à la démocratie existe. Les Moudjahiddins iraniens sont des musulmans qui se sont engagés dans un discours ouvert, courageux et éclairé au sein de la diaspora iranienne et à l’intérieur de l’Iran. Ils adhèrent à une idéologie mise en oeuvre par le Conseil National de la Résistance Iranienne, qui demande des élections libres, un système de gouvernement démocratique, des droits pour les minorités, le respect des droits humains et une économie de marché. Précisément en raison de leur opposition constante au régime au pouvoir, ils bénéficient d’un énorme soutien non seulement parmi la diaspora iranienne mais aussi, contrairement à la propagande du régime, parmi la nation iranienne en Iran.

Confronté à des options militaires dangereuses et imprévisibles, l’Occident agirait dans son propre intérêt, dans l’intérêt des Iraniens et de celui du grand Moyen Orient, en reconnaissant le droit du peuple iranien à résister et en se ralliant au mouvement de résistance iranien. A cette lumière, il doit abandonner les derniers vestiges de sa politique d’apaisement et de conciliation vis-à-vis de la dictature cléricale iranienne et révoquer la désignation de terroristes des Moudjahiddins iraniens. Le Moudjahiddin n’est pas simplement « un ennemi de mon ennemi », mais l’allié de tous ceux qui sont partisans de la démocratie en Iran et de la paix dans la région. Ils sont prêts à devenir les acteurs le plus viables pouvant donner la capacité au peuple iranien de réaliser ses idéaux démocratiques en Iran et la paix au Moyen Orient.

Jubin Afshar est Directeur des études sur le Proche Orient à Near East Policy Research, société de recherche et d’analyse de politique étrangère à Washington DC.

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