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L’Iran tente d’échapper aux sanctions en faisant traîner les négociations

L’Iran tente d’échapper aux sanctions en faisant traîner les négociations The Washington Post, Moscou, 22 février – De Peter Finn –  L’Iran continue de parer à l’offre russe proposant d’enrichir de l’uranium sur le sol russe pour son programme d’énergie nucléaire, en refusant mardi tout pas en avant pour finaliser l’accord, car rien ne pousse l’Iran à fléchir pour le moment, selon des diplomates et des analystes russes.

Au lieu de cela, selon les experts, les négociateurs iraniens cherchent à localiser les divisions à l’intérieur de la coalition informelle de la Russie, la Chine, les États-Unis et l’Union Européenne opposée à l’idée que l’Iran développe un programme d’armes nucléaires.

La délégation iranienne a quitté Moscou mardi après deux jours de pourparlers peu concluants au Kremlin, bien que le chef de la délégation Ali Hosseinitash, sous-secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, ait qualifié les discussions de « positives et constructives ».

 « Nous avons décidé de poursuivre les négociations », a déclaré Hosseinitash, qui s’est adressé à la télévision iranienne depuis Moscou. « Il y a des éléments dans ces pourparlers qui nous donnent de bonnes raisons d’espérer que nous aboutirons à un accord. »

Le ministre des Affaires Étrangères russe, Sergei Lavrov, a déclaré à la télévision : « Je pense qu’il est trop tôt pour parler d’échec comme de succès ». Les négociations devraient se poursuivre cette semaine à Téhéran.

Selon la proposition russe, qui a le soutien de ses trois partenaires de la coalition, la Russie enrichirait l’uranium dans une de ses usines et le livrerait à l’Iran pour ses centrales nucléaires. Cette proposition empêcherait les Iraniens de mener ce processus clé dans un programme nucléaire mais laisserait tout de même Téhéran développer le programme d’énergie pacifique qu’il prétend vouloir. L’Iran insiste sur le fait que contrôler le cycle du combustible nucléaire du début à la fin est son droit souverain.

Les experts disent que les négociations avec la Russie ne vont probablement produire aucun résultat tangible jusqu’à ce que la Russie et la Chine soient obligées de prendre une décision au Conseil de Sécurité de l’ONU sur l’imposition de sanctions à l’Iran.

« L’Iran recherche les points faibles et essaie de jouer sur les différences naturelles entre les parties », affirme Vladimir Sazhin, expert sur l’Iran à l’Institut des études orientales de Moscou. « L’Iran dira finalement non à la proposition russe lorsque la Russie devra faire son choix, et je pense que celui-ci sera en faveur de l’Iran. »

Certains experts russes croient que le Kremlin n’admettra pas une rupture avec l’Iran, allié de longue date avec lequel la Russie a des liens économiques forts. Des négociations prolongées lui permettraient d’éviter la décision que le pays ne veut pas prendre, selon eux.

« Nous sommes peut-être dans une impasse où l’Iran et la Russie disent qu’un accord est possible mais les détails techniques sont complexes et ne sont toujours pas résolus », a déclaré Sergei Mikheyev, expert en politique étrangère au Centre des technologies politiques de Moscou. « Il est important pour l’Iran de traîner en longueur pour que l’Occident ne puisse pas tout stopper net. Et ce n’est pas avantageux pour la Russie d’adopter une position ferme. »

La Russie a dit jusqu’à maintenant qu’elle n’était pas en faveur de sanctions contre l’Iran et les dirigeants refusent de dire ce qui mènerait le pays à reconsidérer sa politique, s’il devait le faire. L’Iran semble compter sur une rupture au sein de la coalition qui lui est actuellement opposée, probablement en raison de la nécessité ou la nature d’une action punitive du Conseil de Sécurité. Les diplomates occidentaux pensent que leurs pays sont parfaitement conscients de la nécessité de conserver le soutien de la Russie et de la Chine et que toutes mesures pour isoler l’Iran évolueraient de manière graduelle.

La Russie soutient déjà une décision des 35 nations du conseil de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique de renvoyer l’Iran devant le Conseil de Sécurité. Cette décision a été prise à condition que le conseil ne prenne aucune mesure avant la réunion de l’AIEA le 6 mars pendant laquelle le directeur de l’agence va remettre son rapport sur l’Iran.

La décision du conseil de l’AIEA a encouragé l’Iran à redémarrer l’enrichissement de l’uranium à des fins soi-disant de recherche, abandonnant ainsi une suspension négociée internationalement et qui a duré deux années.

Mardi, la Chine a appelé l’Iran à restaurer son moratoire sur l’enrichissement.

« La Chine espère que l’Iran va revenir à une suspension totale de ses activités liées à l’enrichissement de l’uranium et créer les conditions pour une résolution appropriée de la question nucléaire iranienne par des négociations pacifiques », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires Étrangères chinois, Liu Jianchao, lors d’une conférence de presse à Pékin.

Le correspondant Edward Cody à Pékin a contribué à la rédaction de cet article.