mardi, janvier 31, 2023
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L’Iran soulève la possibilité d’une intrusion en Irak

Par James Glanz*

The New York Times, Bagdad, 9 septembre – Dans la vive escalade  d’une querelle portant sur des combats frontaliers, une délégation officielle iranienne à une conférence diplomatique a averti dimanche que si le gouvernement irakien n’était pas en mesure d’arrêter des combattants de passer en Iran et d’y mener des attaques, les autorités iraniennes réagiraient par les armes.

La délégation iranienne, menée par un vice-ministre des Affaires étrangères, Mohammad R. Bagheri, a aussi accusé les Etats-Unis de soutenir des groupes soupçonnés de lancer des attaques depuis le territoire irakien dans le nord du Kurdistan.

M. Bagheri n’a pas dit précisément que l’Iran entrerait en Irak militairement, mais ses déclarations, formulées en termes diplomatiques, ont clairement soulevé la possibilité que les forces iraniennes pourraient traverser la frontière pour y poursuivre des combattants. Malgré la prudence de sa formulation, beaucoup de ces précautions n’ont probablement pas été perçues par des centaines de familles du côté irakien éloignées de leurs villages par des semaines de bombardements intermittents de l’Iran.

Des centaines de Kurde ont manifesté dimanche contre ces bombardements à Erbil, la capitale provinciale du nord. Ils se sont réunis devant le Parlement kurde pour demander que le gouvernement du nord et les Nations Unies interviennent.

De hautes autorités iraniennes ont avoué en privé à leurs contreparties irakiennes que le bombardement venait en réponse aux attaques de guérilla d’un groupe opposé au gouvernement iranien qui a des bases du côté irakien de la frontière. À la conférence dimanche, au ministère des Affaires étrangères irakien, M. Bagheri n’a pas directement parlé du bombardement, mais a dit aux responsables de 16 nations, de la Ligue des pays arabes, de la Conférence islamique et des Nations unies qu’il était temps pour l’Irak de prendre des mesures.

“Le soutien aux actions militaires et politiques d’éléments terroristes en Irak contre des pays voisins est considéré comme une attitude dangereuse que nous ne tolérer, et comme un facteur principal dans la sécurité chaotique et l’instabilité dans la région”, a dit M. Bagheri aux délégués rassemblés, d’après une traduction arabe de ses déclarations faites en persan. “Nous attendons du gouvernement irakien qu’il résolve cette question.”

Plus tard, interrogé dans un briefing sur le bombardement, M. Bagheri a dit que le gouvernement iranien "affrontera et les arrêtera (…) les terroristes qui veulent entrer sur le sol iranien”.

“Nous avons une longue histoire de résistance contre les groupes terroristes”, a dit M. Bagheri. “Nous avons fait beaucoup de sacrifices à cause de cela et nous savons comment combattre ces groupes.”

Les commentaires de M. Bagheri vont probablement attiser les tensions dans un passé sanglant de guerre Iran-Irak, qui a duré presque toutes les années de la décennie 1980 et a commencé par un différend frontalier dans le sud. Peut-être par dessein, ses paroles ont semblé particulièrement détonantes parce qu’elles ont été dites lors d’une conférence pour promouvoir l’harmonie dans la région.

Cette conférence a été organisée par le ministère des Affaires étrangères irakien, dirigé par Hoshyar Zebari, un Kurde qui a combattu  le gouvernement de Saddam Hussein en commandant de guérilla, souvent essentiellement allié à l’Iran. Mais lors d’une réunion diplomatique à Téhéran la semaine dernière, M. Zebari a qualifié le bombardement d’aveugle et de disproportionné par rapport à la menace en Iran.

Dimanche, M. Zebari a reconnu que des attaques transfrontalières avaient lieu, mais les a qualifiées de peu fréquentes et plus d’ennui que de menace réelle. Cependant, M. Zebari a reconnu que c’était  au gouvernement irakien de maîtriser les groupes.

“Mais en même temps nous voulons que ce bombardements arrêtent ou se terminent parce qu’ils causent beaucoup de problèmes et que nous ne voulons pas voir le climat de confiance compromis par ces actes ininterrompus,” a dit M. Zebari.

Le groupe ayant revendiqué les attaques, Pezak ou Pejak pour son acronyme, serait principalement composé de Kurdes iraniens voulant l’autonomie des Kurdes en Iran. Interrogé plus particulièrement sur ce groupe, M. Bagheri a déclaré publiquement ce que des autorités iraniennes ont affirmé en privé pendant des mois : que les Etats-Unis soutiennent le groupe.

Il s’agit d’un soutien, a dit M. Bagheri, s’inscrivant dans la politique de « deux poids deux mesures » de la politique américaine, étant donné que les Etats-Unis ont accusé à plusieurs reprises l’Iran d’exporter des bombes de bord de route mortelles en Irak et d’y soutenir des groupes armés. Ces armes et ce soutien, pensent les autorités américaines, ont mené directement à la mort de soldats américains et irakiens et d’autres forces de sécurité.

Mis au courant dimanche en fin de soirée des accusations de M. Bagheri, un porte-parole du Pentagone, le lieutenant colonel Jonathan Withington, a déclaré : “Je ne suis pas au courant d’un soutien" au Pejak.

Tandis que les déclarations de M. Bagheri semblaient répondre directement aux critiques de M. Zebari à Téhéran, leur timing précis n’avait rien d’une coïncidence, tombant le jour précédant le rapport crucial sur les progrès en Irak délivré au Congrès par le général David H. Petraeus, le haut commandant en Irak et Ryan C. Crocker, l’ambassadeur américain en Irak. L’Iran s’oppose durement à la présence américaine en Irak.

Pour toutes les accusations lancées par les Irakiens et les Iraniens, la conférence, suivie par ce journaliste à l’invitation du ministère des Affaires étrangères, a offert un aperçu extraordinaire d’une dynamique régionale qui a lieu généralement à huis clos.

À une réunion en mars, M. Zebari avait réussi à faire venir les Etats-Unis et l’Iran à la même table pour discuter de l’Irak. Avec les représentants de la Syrie, de la Jordanie, de l’Arabie Saoudite, du Koweït, du Bahrayn et d’autres nations, les Etats-Unis et l’Iran se sont de nouveau assis à la même table, aussi loin l’un de l’autre que la géométrie de la table le permettait.

Et la glace entre les deux nations se faisait sentir. “En fait, c’est à cause de notre grand amour pour l’Irak, que nous avons consenti à venir ici et à nous asseoir à une table avec nos ennemis,” a dit M. Bagheri.

La délégation américaine, conduite par Patricia A. Butenis, le chargé d’affaires ici, tandis que M. Crocker est à Washington, n’a pas répondu à cette déclaration. Mais la dynamique dans la pièce est devenue clairement visible quand M. Zebari a proposé de créer "un secrétariat" pour garder la trace des problèmes irakiens examinés dans les réunions.

Quand il est apparu que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avaient renforcé la proposition de M. Zebari, la Syrie, la Jordanie, l’Arabie Saoudite, le Bahrayn et d’autres ont rapidement pris la parole pour enterrer la proposition. La conférence s’est terminée avec le problème non résolu.

*Ahmad Fadam a contribué à l’article depuis Bagdad et un employé irakien du "New-York Times" dans le nord de l’Irak.

 

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