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L’Irak, l’OMPI et le retrait des forces américaines

Human Events, 4 septembre – Par James Zumwalt – Pendant 17 années, avant l’invasion américaine en Irak, un "lion" a sillonné la frontière irano-irakienne, et a effectué de temps à autre des incursions en territoire iranien, avant de revenir vers son asile sûr en Irak. Sa proie était la force d’élite des mollahs iraniens, le corps des gardiens de la révolution islamique. Le lion a fait des prouesses et chassé des proies de plus en plus grandes, en taille et en importance.

Mais pendant l’invasion de l’Irak en 2003, les forces américaines ont attaquées le lion, lui ont enlevé ses griffes et l’ont mis en cage, dans le but de calmer celui qui a le plus peur du lion, c’est-à-dire le régime de Téhéran. Les anti-guerres exigent avec insistance un retrait rapide des troupes américaines de l’Irak, mais ils ne se soucient guère du destin que peut avoir ce lion après un tel départ. Nous ne devons pas ignorer que dans l’éventualité d’un retrait des forces américaines, ce lion aurait une fin tragique et probablement nous assisterions à un autre holocauste dont nous serions responsables.

Ce "lion" c’est l’organisation des Moudjahiddines du peuple d’Iran (OMPI), également connu sous le nom de Moudjahidin-e-Khalq ou "MEK". C’est un groupe idéologique, fondé en 1965 par des étudiants de l’université de Téhéran. Ils étaient à l’époque opposés au régime du chah, mais ils étaient également opposés aux interprétations intégristes de l’islam. Après la révolution de 1979 en Iran et l’avènement du régime brutal de l’ayatollah Khomeiny, l’OMPI a bénéficié d’un large soutien populaire. En 1981, une manifestation pacifique de l’OMPI contre la brutalité du régime de Khomeiny a été sévèrement réprimée par le régime et cette date a marqué le début d’une longue période de répression et de graves violations des droits de l’homme en Iran. Les forces de sécurité du régime, sur ordre de Khomeiny, ont ouvert le feu sur un demi million de manifestants dont beaucoup ont été arrêtés puis exécutés dans les prisons. La réponse de l’OMPI à cette violence a été violente aussi. Il y a eu de nombreuses attaques contre des pasdarans et des agents du régime iranien impliqués dans la torture et l’exécution des opposants de Khomeiny. A la suite des persécutions exercées contre les membres de l’OMPI, ceux-ci se sont enfuis vers la France.

Cependant, le séjour de l’OMPI en France a été de courte durée. En 1986, à la suite d’un marchandage entre Paris et Téhéran au sujet de la libération des otages français détenus par le Hezbollah au Liban, le gouvernement français a ordonné à l’OMPI de quitter le pays. Devenu sans-abri, l’OMPI a transféré ses membres vers Irak où malgré leur nationalité iranienne, ils étaient tolérés par Saddam Hussein. Depuis 1979, l’OMPI poursuit un seul objectif : provoquer un changement de régime en Iran afin d’y instaurer un gouvernement respectueux des droits individuels. I’OMPI a été capable de constituer une impressionnante armée de libération qui lors de combats livrés aux pasdarans leur a confisqué plusieurs centaines de chars, de véhicules blindés et d’équipements militaires.

Sur la question de déterminer si le lion a été dans le passé amical ou pas envers les États-Unis, il y a eu des cafouillages lorsque – à la demande du régime iranien – sous Clinton, le département d’État a inscrit le nom de l’OMPI sur sa liste des organisations terroristes. Il y a eu diverses accusations contre l’OMPI, notamment l’accusation d’avoir participé aux attaques terroristes contre des citoyens américains travaillant en Iran à l’époque du chah, d’avoir coopéré avec Saddam pour réprimer les soulèvements de 1991 survenue à la suite de la guerre du Golfe, et ainsi de suite.

Un groupe indépendant, représenté par l’ancien membre du Congrès des États-unis, Dick Armey, a évalué ces allégations et après avoir examiné les preuves selon lesquelles le gouvernement américain a pris cette décision, a trouvé que cette décision "a été une erreur fondamnetale". Dick Armey a affirmé que non seulement l’OMPI n’était pas une organisation terroriste, mais qu’elle était "une organisation démocratique qui pendant plus de 40 ans a travaillé pour apporter la démocratie et la liberté en Iran … à plusieurs reprises, l’OMPI a été sacrifié et a servi de gage dans les relations américano-iraniennes et franco-iraniennes". Ironiquement, le gouvernement américain a placé l’OMPI sur sa liste des organisations terroristes en 1997, pour montrer sa "bonne volonté à l’égard de l’Iran", un pays dont le régime est le plus grand parrain du terrorisme d’État. Clairement, le régime iranien qui a peur de l’OMPI, a réussi à mener une campagne de propagande efficace pour présenter l’OMPI comme une organisation terroriste. Alors que l’OMPI est sur cette liste depuis 10 ans, les États-unis viennent juste d’envisager d’y placer aussi le Corps des gardiens de la révolution iranien dont "la Force Qods" est impliquée dans des attentats terroristes commis en Irak.

Il y a une différence fondamentale entre les croyances de l’OMPI et celles des mollahs iraniens : l’OMPI croit au droit de l’homme à exercer son libre arbitre, alors que les mollahs sont totalement opposés à ce droit. Autre élément qui constitue un contraste flagrant : dans le point de vue des islamo-fascistes au pouvoir en Iran, la femme doit être soumise à la volonté de l’homme, alors qu’au sein de l’OMPI les femmes occupent les positions supérieures dans les instances politiques et militaires.

En 2003, il y a eu des négociations secrètes entre Washington et Téhéran, initiées par ce dernier, immédiatement près la chute de Bagdad, au moment où le régime iranien craignait à la fois les États-unis et l’OMPI. Ces négociations dont le contenu a été révélé récemment, étaient concentrées sur l’OMPI. Lors de ces négociations, Washington s’était engagé à empêcher toute attaque de l’OMPI contre le régime iranien et en contrepartie, Téhéran avait promis de ne pas se mêler des affaires irakiennes. Ce pacte secret a conduit aux attaques américaines contre les bases de l’OMPI lors de l’invasion de l’Irak. L’OMPI n’a procédé à aucune représailles contre les forces américaines et ceci est peut-être un élément révélateur de la nature et des caractéristiques de ce lion. Ainsi, alors que les États-Unis avait respecté ses engagements, le régime de Téhéran, de son côté, n’a respecté aucun de ses promesses.

Pour montrer sa bonne volonté, l’OMPI a finalement accepté d’être désarmée, elle a aussi accepté que les déplacements de ses membres soient restreints. L’OMPI a rendu tout son armement aux forces américaines, elle a accepté que ses membres soient interrogés par divers services de renseignements américains afin d’établir s’ils ont été ou pas impliqués dans des activités terroristes (à l’issue de ces investigations, aucune charge n’a été retenue pas même contre un seul membre de l’OMPI). Et finalement, l’OMPI a accepté d’être mise dans une cage. Ses membres ne peuvent se déplacer qu’à l’intérieur du camp Achraf situé dans la province de Diyala. Par la suite, les membres de l’OMPI se sont vus attribuer le statut "de personnes protégées" en vertu de la Quatrième Convention de Genève.
 
Mais cette protection est assurée par ceux qui ont dans le passé trahi le lion, c’est-à-dire par les autorités américaines. Seule une poignée des membres de l’OMPI peuvent se déplacer en dehors de leur camp et tous leurs mouvements s’effectuent sous étroite surveillance et protection des forces américaines. Entre temps, l’OMPI a gagné le soutien des chefs de tribus dans la province de Diyala en Irak. Cette province était jadis considérée comme une des plus violentes, mais elle est aujourd’hui considérée comme une des plus calmes. L’OMPI est également protégée par les tribus locales. Le régime de Téhéran a peur de la présence de l’OMPI en Irak car le lion a unifié les Irakiens modérés et a été efficace dans la conduite de médiations entre les Américains et les sunnites irakiens. La contribution très positive de l’OMPI à la paix et à la stabilité de la région a été récemment reconnue dans une pétition signée par plus de cinq millions d’Irakiens.

Si à cause des critiques des anti-guerres, les États-unis retirent leurs troupes d’Irak, qu’arrivera-t-il à l’OMPI ? Ces "personnes protégées", dont le statut a été reconnu par les instances internationales, ne seront protégées que si une force d’occupation est présente en Irak. Cela signifie que si les forces de la Coalition se retirent d’Irak, les membres de l’OMPI perdront leur statut de "personnes protégées". Interrogée sur une telle éventualité, la Secrétaire général de l’OMPI, Madame Mojgan Parsai, lors d’une interview accordée en mai 2007 à la chaîne de Télévision Fox News affirmait : "Si les Américains se retirent d’Irak avant que la démocratie ne soit instaurée, cela signifie qu’ils veulent laisser l’Irak aux mains des mollahs de Téhéran qui sont les parrains du terrorisme. Par contre, si un gouvernement démocratique arrive au pouvoir en Irak, alors dans ce cas, il ne devrait avoir aucun problème avec le retrait des forces américaines de l’Irak".

C’est sûr que le premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki – qui est étroitement lié aux mollahs iraniens – ne fera rien pour aider l’OMPI. Par ailleurs, le départ des milliers de membres de l’OMPI vers les pays voisins de l’Irak est difficilement envisageable car ces pays ont déjà beaucoup du mal à absorber les vagues successives de réfugiés venus d’Irak. Mais une chose est sûre : dès que le régime iranien en trouvera l’occasion, il lancera des attaques contre les membres de l’OMPI pour les exterminer. Ces attaques seront lancées soit directement par les pasdarans, soit par des milices chiites irakiennes soutenues par l’Iran.

Une autre possibilité c’est que nous rendions à l’OMPI les armes que nous lui avons confisquées. Ainsi, l’OMPI pourrait se défendre lorsque les forces américaines se retireront d’Irak. Et évidemment c’est ce que nous devons faire pour éviter que les membres de l’OMPI soient tous massacrés par le régime iranien. Il faudrait donc déterminer le timing de la restitution de leurs armements. On ne sait pas si ces armes ont été entretenues de façon régulière. Une épée non utilisée qui n’a pas été aiguisée perd son efficacité. Il en est de même pour l’armée de l’OMPI qui pendant plusieurs années n’a pas eu accès à ses armes ni à ses équipements et qui n’a donc pas pu s’entraîner. Il faut donner à cette armée la possibilité à se préparer au combat de sa vie, et il faut que cette armée dispose d’assez de temps pour se préparer.

S’il y a une quelconque "grande négociation" avec l’Iran avant que les forces américaines quittent l’Irak, la protection des membres de l’OMPI est un point qui doit être réglé car cela fait partie de nos responsabilités. Si lors d’une telle négociation, nous laissons tomber les membres de l’OMPI, cela signifie qu’au moins 3000 d’entre eux qui vivent dans le camp Achraf seront ainsi condamnés à mort.

Le sort de l’OMPI est un des multiples points qui doivent être réglés préalablement à tout retrait des forces américaines. Les politiciens qui prônent un retrait rapide des forces américaines ignorent les multiples conséquences d’un tel retrait. Dans un tel cas de figure, notamment beaucoup d’Irakiens qui ont été loyaux aux Américains payeront le prix d’avoir misé sur le mauvais cheval.

Puisque les forces américains le protègent aujourd’hui, le lion dort ce soir. Mais demain, au cas où ces forces de protection se retireront, ce lion privé de ses griffes pourrait facilement être égorgé et sacrifié comme un agneau.

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