CNRI – « Je doute fort que le gouvernement irakien décide d’assurer convenablement la sécurité des résidents de Liberty, il me semble plus efficace d’exiger le retour à Achraf qui reste leur seule terre d’asile et qui de plus leur appartient, immobiliers comme mobiliers », a déclaré Michel Joli, secrétaire général de France-Libertés-Fondation Danielle Mitterrand au siège de l’ONU à Genève, le 28 février.
Il s’exprimait dans une conférence internationale sur les responsabilités de l’ONU vis-à-vis des habitants du camp Liberty, organisée notamment par France-Libertés mais aussi le MRAP, Association Internationale des droits humains des Femmes WHRIA, et International Educational Developpment. L’invité d’honneur était Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne.
Voici les moments forts de l’intervention de Michel Joli :
Je prends la parole aujourd’hui dans la continuité de Danielle Mitterrand et avec le plein accord de Gilbert Mitterrand, le nouveau Président de France-Libertés qui regrette beaucoup de n’avoir pu venir lui-même aujourd’hui s’associer à vos protestations.
Depuis des années et fidèle à son engagement pour la défense et la promotion des droits de l’homme, la fondation France-Libertés-Danielle Mitterrand souhaite s’exprimer, une fois encore, sur son indignation quant au sort réservé en Irak aux réfugiés d’Achraf et de Liberty et en Iran à leurs familles, proches et partisans.
Les événements de ces derniers mois, que vous connaissez tous, ne peuvent que nous mobiliser dans l’indignation. Nous connaissons la dégradation des conditions de vie dans le camp Liberty. En raison d’une évidente mauvaise volonté des autorités irakiennes concernant l’accès aux soins, l’approvisionnement en eau et en énergie, le traitement des effluents, la prévention des inondations, tout est laissé, si j’ose dire, à l’abandon, à la souffrance et au désespoir.
Mais cela n’est rien en considération de l’attaque surprise, officiellement sans responsable identifié, le 9 février dernier, par un commando qui, vous le savez, a tué sept personnes et occasionné cent blessés.
Au temps de l’occupation de ce camp par les Américains, des murs de béton protégeaient chaque maison, ils ont été retirés, vous avez vu le film. Pourquoi ? Pour faciliter la tâche aux snipers sans doute, il doit bien y avoir une raison.
Les dénonciations de ce coup de force ont été nombreuses. Monsieur Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies, monsieur Antonio Guterres, chef du Haut commissariat aux Réfugiés, et les ONG comme France-Libertés qui se sont adressées le 10 février au secrétaire général des Nations Unies.
Soyons clairs : le camp de Liberty est devenu une prison. Un lieu de privation de libertés, un lieu insalubre, un lieu de vie inhumain. C’est un constat largement partagé, quoique contraire aux conclusions de la MANUI. La MANUI qui semble avoir perdu toute aptitude à l’indignation. Enfin, nous avons vu aujourd’hui que certains avaient le courage de s’indigner publiquement.
Mais comme je doute fort que le gouvernement irakien décide d’assurer convenablement la sécurité des résidents de Liberty, il me semble plus efficace d’exiger le retour à Achraf qui reste leur seule terre d’asile et qui de plus leur appartient, immobiliers comme mobiliers. La sécurité dont on nous a parlé tout à l’heure qu’offre le camp d’Achraf permettra sans doute de transformer le statut de prisonnier en statut de réfugié, et le statut de réfugié en statut d’exilé.
Les ONG engagées dans la défense des droits de l’homme ont interpellé monsieur Ban Ki-moon le 10 février dernier sur quatre points essentiels que vous connaissez.
Chaque jour parviennent dans les deux camps des récits tragiques d’arrestations arbitraires, d’emprisonnements, de tortures et d’exécutions de citoyens iraniens dont le seul crime est d’être parent, ami ou allié des Moudjahidine du Peuple d’Iran.
Un nouveau fléau s’abat ainsi sur les réfugiés, celui d’une insupportable responsabilité : « Je suis la cause de … la mort de mon frère, de ma sœur, de ma mère ou de mon cousin. » Le but recherché est de détruire l’estime de soi et la confiance en l’avenir qui animent chaque réfugié et le tiennent debout. La répression des familles est une manœuvre de persécution à distance qui vise à désagréger une personne vivante et confiante en la transformant en simple prétexte, celui de la mort, là-bas, très loin, d’un frère, d’une sœur, d’un parent, d’un ami, d’un allié. C’est une nouvelle torture qui s’exerce deux fois : là-bas et ici.
Décidément, on aura tout essayé pour vaincre la résistance des Moudjahidine du Peuple d’Iran, y compris de leur faire croire qu’ils sont les bourreaux d’eux-mêmes par le seul fait de leur existence.
En ce début d’année 2013, il faut souhaiter que vienne le jour tant attendu de la délivrance, de la paix, de la sécurité individuelle et collective, et de la dignité retrouvée. Les tortures prendront fin, les familles seront réunies et les martyrs disparus, frères, sœurs, parents, amis et alliés reviendront pour sécher les larmes des vivants.
Je souhaite de tout cœur que ce jour appartienne à l’année 2013.

