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Les Etats-Unis tournent le dos au camp d’Achraf

Les dissidents iraniens ne sont pas des terroristes, mais font face au mauvais traitement en Irak

Par Le Général DAVID PHILLIPS
 
Columbia Daily TRIBUNE – 4 mars 2012 – Aucune administration présidentielle ne souhaite de crise au cours d’une année électorale, jusqu’ici 2012 découvre l’administration Obama foncer tête baissée dans une épreuve de force majeure avec l’Iran.

Téhéran annonçait justement qu’il commençait à enrichir l’uranium sur un site souterrain à Ferdow, près de Qom, signe inquiétant de la production d’armes nucléaires. Après avoir menacé de fermer le détroit d’Ormuz et d’étrangler l’approvisionnement mondial de pétrole, Téhéran a annoncé en plus qu’une autre manœuvre militaire est prévue dans le golfe Persique. Et, parmi les autres provocations, un ancien marine américain d’origine iranienne a été condamné à mort pour espionnage.

Les Etats-Unis ont répondu en resserrant les sanctions économiques contre l’Iran, en ciblant la banque centrale. Nos alliés européens envisagent un embargo pétrolier qui semblait farfelu il y a six mois.

Les sanctions infligées par eux-mêmes ne sont clairement pas suffisantes. L’objectif des sanctions est d’augmenter la pression interne à changer de cap exercée sur les dirigeants de Téhéran. Mais Téhéran ne reculera pas. Mise à part une invasion alliée, qui après l’Iraq n’est ni utile ni accessible, quelles options restent?

En Iran, il y avait des groupes d’opposition qui ont lutté contre le chah, puis le régime islamiste. Le plus efficace et organisé de ces groupes est les Moudjahidines du peuple, ou l’OMPI. Il est un allié idéal pour les États-Unis et d’autres démocraties voulant changer le régime totalitaire de Téhéran. Malheureusement, en 1997, en guise de geste de bonne volonté envers le régime iranien, les Etats-Unis ont désigné ce groupe de dissidents comme des terroristes.

Le Royaume-Uni et l’Union européenne ont radié l’OMPI de la liste des organisations terroristes, après les décisions prises par leurs plus hautes juridictions qui ont rejetées tout lien de l’OMPI avec le terrorisme. Le 16 juillet 2010, la Cour d’appel DC ordonna que le ministre qui avait commis l’erreur de ne pas radier l’OMPI révise sa décision. Dans une initiative bipartisane, près de 100 membres du Congrès ont demandé la radiation d’OMPI, ainsi que l’avait fait un groupe éminent des plus hauts responsables de la sécurité nationale des quatre dernières administrations.
 
J’ai vécu avec les gens du camp d’Achraf pendant plus d’un an. J’ai travaillé avec eux pendant beaucoup plus. Peu de gens les connaissent bien. Mes renseignements sont de première main, découlant d’observations et d’expérience personnelles, et c’est sans souillures pour les politiques, la propagande, les ouï-dire et les mensonges. Jamais les faits ne m’ont montré, pour le policier militaire que j’étais depuis plus de trois décennies, que les résidents du camp d’Achraf étaient des terroristes.
 
Les résidents d’Achraf sont des médecins, des avocats, des artistes, des écrivains et des musiciens. Ils comptent parmi les universitaires de l’UCLA, de l’Ohio, du Michigan, du Kentucky et de Florida. Un tiers des résidents d’Achraf ont étudié à l’étranger. Un autre tiers a été emprisonné sous le chah puis sous le régime de l’ayatollah Khomeiny. Ils ne proviennent pas de groupes de personnes sans emploi mécontentes de personnes qui n’ont pas de cause. Les gens du camp d’Achraf ont une cause: la liberté, la démocratie, la tolérance et l’égalité. Leur dirigeante, Maryam Radjavi, est croit fermement en un Iran laïc et non-nucléaire.
 
Le gouvernement américain a promis de protéger les 3.400 résidents d’Achraf quand ils ont remis leurs armes en 2003. J’étais là pour en témoigner. J’ai donc été le témoin d’enquêtes de fond faites sur chaque membre de l’OMPI du camp d’Achraf. J’ai attendu arme au poing, l’élément de preuve qui pourrait justifier rationnellement pourquoi ils ont continué à être détenus. Cette preuve ne s’est jamais matérialisée, car elle n’existait pas.

En dépit de notre promesse écrite de les protéger, nous avons laissé les dissidents souffrir aux mains des troupes irakiennes opérant sous l’encouragement, si ce n’est sous le commandement absolu, du régime iranien. De multiples attaques à la roquette lors des dernières semaines, associée à la torture psychologique menée par des ravisseurs irakiens et iraniens, a supprimé non seulement ce soldat, mais d’innombrables autres soldats américains qui ont servi au camp d’Achraf. Depuis que nous avons tourné le dos à ces résidents, 47 d’entre eux ont été tués et plus de 1.000 blessés.

Maintenant le régime du premier ministre Nouri al-Maliki, en complicité avec le régime de Téhéran, veut fermer le camp d’Achraf. Pour montrer leur bonne volonté, 400 habitants ont récemment déménagé au camp Liberty au nord-est de l’aéroport international de Bagdad. Le camp Liberté est un nom intéressant pour ce qu’il est réellement: une prison. Lorsque le camp Liberty a été remis au gouvernement irakien, il était entièrement fonctionnel, muni d’installations bien entretenues capables de gérer des milliers de personnes. Ce n’est plus le cas. Les caravanes, les salles à manger, les cuisines, les douches – tout a été pillé. Il ne répond plus les normes minimales d’habitation, comme cela est devenu évident maintenant que les résidents d’Achraf ont déménagé là-bas. Le gouvernement irakien refuse fermement de nous permettre de faire des constatations par nous-mêmes. Je suis bénévole pour aller en Irak, en tant qu’ancien général qui connaît le camp Liberty et qui sait ce qu’il faut pour héberger et cantonner des milliers de personnes. Je dirai s’il est capable de faire vivre des milliers de personnes. Sinon, les Etats-Unis doivent intervenir avant que le gouvernement irakien crée une catastrophe humaine.

Il est temps de retirer l’OMPI de la liste des organisations terroristes étrangères. Non seulement c’est logique avec nos valeurs en tant que nation, mais cela leur donnera aussi la capacité de mobiliser les Iraniens à l’intérieur du pays et à l’étranger pour apporter un changement démocratique en Iran lequel est attendu depuis longtemps. Il est temps, maintenant, d’agir.

 
David Phillips, ancien général de brigade, est l’ancien chef de l’École de politique militaire de Fort Leonard Wood et ancien commandant de toutes les opérations de police en Irak, qui comprenait la protection du camp d’Achraf.