lundi, novembre 28, 2022
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Le régime en Iran : une superpuissance régionale ou une théocratie sur la fin ?

Par Mohammad Mohadessine*

Paris – L’euphorie récente sur le résultat de prochains pourparlers entre Washington et Téhéran, prévus le 28 mai à Bagdad, a donné aux partisans radicaux de la conciliation avec les mollahs iraniens une lueur d’espoir.

Aussi illusoires soient-elles, ces espérances révèlent une compréhension brouillée de la situation en Iran et de la nature de la politique étrangère et intérieure des mollahs iraniens.

Il s’agit de répondre à une question fondamentale pour percer le brouillard qui enveloppe la politique de l’Iran : assistons-nous à l’apparition d’une puissance régionale ou au déclin d’une théocratie archaïque ?

Pour ceux qui sont déconcertés par le récent charivari de l’Iran, cette question peut sembler étrange. C’est néanmoins garanti. Il suffit de rappeler qu’il a fallu à peine une année au chah – "la Lumière des Aryens" – pour s’effondrer après avoir été salué comme “un îlot de stabilité” par le président Jimmy Carter au Nouvel An à Téhéran en 1978.

Derrière le rideau de fumée et la stratégie de la corde raide de l’Iran, se trouvent les dures réalités que l’élection de Mahmoud Ahmadinejad et le défi nucléaire de Téhéran, l’ingérence en Irak, l’hostilité viscérale à la paix au Moyen-Orient et la montée de la répression dans le pays, sont tous les affres d’un régime aux abois.

Les apologistes sans scrupules de Téhéran, continuent cependant de projeter l’image d’un Etat stable et puissant. L’argument familier c’est que les mollahs donneraient inévitablement la priorité à leurs intérêts pragmatiques et abandonneraient leur agressivité, qu’ils ont tout intérêt à un Irak stable, unifié et que la rhétorique radicale appartient à la faction extrémiste d’Ahmadinejad et ne représente pas le régime dans son ensemble. Cette logique mène à une politique : n’importe quel acte de fermeté rassemblerait les Iraniens autour des radicaux et affaiblirait la position des pragmatiques et des réformateurs dans le pays. Ainsi, l’alternative la plus acceptable serait de se rapprocher des mollahs par le dialogue ce qui encouragerait ce régime à changer d’attitude.

C’est une erreur de chercher des leçons de l’histoire dans ce raisonnement. Dans le cas de l’Iran, un régime idéologique érigé sur la doctrine du Velayat-e-Faghih (la suprématie du jurisprudent religieux) est par définition incapable d’engager une réforme et d’apporter la prospérité. Cela explique pourquoi malgré les demandes croissantes pour des services de base et un minimum de droit pour la population iranienne, les gouvernements successifs en ont été incapables. Au contraire, l’élite au pouvoir a échoué à faire le moindre investissement dans les infrastructures industrielles et agricoles, dans la communication et les transports, a négligé de rationaliser une bureaucratie paralysante, a fait la promotion d’une culture de corruption et a écrasé des institutions démocratiques et l’opposition.

La décision du guide suprême Ali Khamenei de propulser un obscur, mais impitoyable, commandant des gardiens de la révolution à la présidence en 2005 était une tentative judicieuse, mais obligée, d’empêcher le régime dans son ensemble de s’enfoncer dans l’abîme. Les effets paralysant des divisions internes, le séisme géopolitique régional qui a vu la chute du gouvernement irakien à l’ouest et des Taliban à l’est et, par dessus tout, la déferlante du mécontentement populaire ont fait comprendre au Guide suprême et consorts qu’ils devaient serrer les rangs et étayer leur défense pour survivre.

Sur le front nucléaire et de l’Irak, Khamenei a foncé à toute vapeur, sachant que plus son régime aurait des chances de résister aux vents du changement mieux cela vaudrait.

Pendant quatre ans de négociations nucléaires, Téhéran a défié au moins 12 ultimatums le sommant d’arrêter son programme d’enrichissement, y compris les résolutions du Conseil de sécurité 1696, 1737 et 1747. Il a aussi rejeté un paquet très généreux de mesures incitatives des pays 5+1 en juin 2006, qui comprenaient notamment une reconnaissance du droit de l’Iran de développer un programme nucléaire civil, la fourniture d’installations d’eau lourde, des assurances à plusieurs niveaux pour fournir le combustible nucléaire, le soutien à l’Iran pour adhérer à l’Organisation mondiale du commerce, la permission d’acheter des appareils de vols de première nécessité et des pièces de rechange et finalement une série de garanties de sécurité. Pour leur part, les Etats-Unis ont annoncé être prêts à changer leur politique de 28 ans de rupture de contact et d’engager des négociations directes et étendues avec Téhéran en échange d’une suspension de ses activités d’enrichissement d’uranium.

On aurait pu supposer que si les mollahs avaient renforcé leur emprise du pouvoir et gagné un degré de permanence, ils auraient saisi cette occasion en or et accepté les négociations. Cela aurait été d’autant plus plausible que la coalition menée par les Etats-Unis avait éliminé les deux ennemis de Téhéran, Saddam Hussein et les Taliban, et mis en cage sa principale menace interne, son opposition, les Moudjahidine du peuple (l’OMPI).

Cependant, les problèmes que l’administration américaine a rencontrés en Irak et au Congrès contrôlé par les Démocrates, ainsi que la lâcheté extrême des Européens face au caractère récalcitrant de Téhéran n’ont rien fait pour persuader les mollahs d’adoucir leur position agressive. Profondément conscient de la vulnérabilité de leur régime, les dirigeants religieux ont catégoriquement refusé de négocier. Nulle part n’est-ce apparu aussi évident que dans des déclarations du Guide suprême en mars 2006. "N’importe quel pas en arrière sera suivi d’autres coupes de poison. Notre chemin est un irréversible", avait souligné Khamenei.

Le refus inflexible de Téhéran de résoudre l’impasse nucléaire confirme l’avis partagé par plusieurs comme quoi pour les dirigeants iraniens se doter d’armes nucléaires est une décision stratégique et un acte clé qui permettrait au régime de s’emparer de l’hégémonie dans cette partie du monde. Le général Mohsen Reza’i, secrétaire actuel du puissant Conseil de discernement des intérêts de l’Etat et ancien commandant du Corps de gardiens de la révolution, avait déclaré l’été dernier que "si nous acquérons la technologie nucléaire, en peu de temps l’occident se réveillera et nous considèrera comme une superpuissance régionale."

Aucune de ces mesures, cependant, n’offre de solutions durables à la crise dont souffre la clique dirigeante : la crise de légitimité. En effet, le régime iranien, plus faible que jamais en 28 ans de pouvoir, se trouve dans une impasse internationale et intérieure, sans porte de sortie. Le livre “Les éléments conceptuels de base et les documents du Quatrième Plan de Progression”, publié par l’organisation de la Gestion et du Plan qui est composée d’anciens et d’actuels représentants gouvernementaux, reflète l’inquiétude et le désespoir des mollahs : “la République islamique est engloutie dans des crises internes et externes, qui ont été provoquées par le fossé grandissant entre l’Etat et les citoyens. Cela constitue, le plus grand défi politique alors que la société iranienne est en plein bouleversement social majeur. »

Quelles sont les options ?

L’occident, dans sa recherche de commerce lucratif avec Téhéran, n’a épargné aucun effort pour se rapprocher du prétendu pragmatique Hachemi Rafsandjani, devenu président après la mort de Khomeiny et étreindre son successeur Mohammad Khatami. Cette politique, doublée du "dialogue critique," de "l’engagement constructif" et du "dialogue des droits de l’homme" qui ont successivement échoué, a été justifiée sous le prétexte de renforcer l’illusion des modérés. Le plus important au cours de ces 16 années de conciliation, a été d’entraver la seule opposition efficace et organisée à Téhéran, les Moudjahidine du peuple, en les taxant de terrorisme. Un autre élément capital de cette politique repose dans l’accord de l’Union européenne, à la demande de Téhéran, d’abandonner son initiative traditionnelle de résolutions de condamnation à la Commission des droits de l’homme de l’ONU et l’arrêt du mandat du représentant spécial qui contrôlait la situation de droits de l’homme en Iran depuis le milieu des années 1980.

Cette politique a rapporté des milliards aux Européens et a permis aux mollahs rusés de faire des progrès géants dans leurs ambitions nucléaires et de propager leur intégrisme au Moyen-Orient. Les Iraniens, en attendant, ont souffert tant en perte de niveau de vie que de liberté dans le pays et à l’étranger.

Avec cette politique erronée, l’alternative n’est pas une intervention militaire étrangère qui ce ne serait ni faisable, ni désirable avec des répercussions régionales et catastrophiques. Cela dit, engager des pourparlers sans fin, un euphémisme pour la complaisance, rendrait la guerre inévitable donnant à Téhéran l’occasion de maîtriser l’art de fabriquer la bombe atomique. De même, la suggestion que l’occident devrait faire appel à des Iraniens lambdas, issus de la société civile et d’ONG n’est pas plausible parce que dans un environnement répressif, aucun canal de communications ne pourrait être établi sans être contaminé par l’appareil de sécurité de l’Etat.

En quelque sorte, les partisans de cette approche appliquent naïvement le modèle de l’Europe de l’Est à une théocratie médiévale qui ne tolère même pas que ses propres factions internes fassent un pas de travers. Toutes ces ouvertures durant les huit années de la présidence de Mohammad Khatami – promues comme l’ère de la renaissance islamique – ont lamentablement échoué. Une telle initiative sous l’extrémiste Ahmadinejad serait un frein et reviendrait à gaspiller des ressources qui pourraient être utilisées beaucoup plus efficacement ailleurs.

Une troisième voie, qui nécessite de faire appel à l’opposition démocratique organisée de Téhéran comme catalyseur du changement, offre la seule approche efficace et viable. L’expérience a montré que pour qu’un bouleversement populaire se transforme en un mouvement de masse, semblable à celui qui a renversé le chah, il doit tourner autour d’un noyau d’opposition organisée qui peut mobiliser et le faire progresser contre une théocratie bien plus impitoyable que son prédécesseur et avec la propension d’écraser massivement toute opposition. Commentant les manifestations il y a deux ou trois ans, un diplomate européen basé à Téhéran a fait une observation remarquabl. "La colère refoulée est toujours là, sous la surface. Mais pour qu’elle prenne sérieusement, vous avez besoin d’un catalyseur, vous avez besoin d’une cause, vous avez besoin d’une organisation et d’une direction. C’est une grande tâche," a-t-il dit.

Pour le permettre au peuple iranien, il faut donc mettre fin à la politique d’entraver la principale opposition permettant à ce mouvement d’utiliser tout son potentiel pour instaurer un changement en Iran. En posant les chaînes d’une marque terroriste sur la principale composante de la Résistance iranienne, l’OMPI, l’administration Clinton et  l’Union européenne ont fait exactement l’opposé, cette politique aidant à maintenir le statu quo en privant le mouvement démocratique en Iran d’un catalyseur hautement organisé et efficace. Au lieu d’engendrer un “ changement d’attitude”, il a facilité l’émergence de la faction la plus radicale et belliciste dans l’élite dirigeante et a rendu vulnérables l’Occident et le Moyen-Orient au régime iranien et à l’intégrisme islamique.

Parce qu’il soutient un islam modéré et tolérant et qu’en même temps, il prône régime laïc, démocratiquement élu et républicain, ce mouvement a non seulement rompu avec l’ordre ancien, mais il conserve aussi l’avantage unique et inégalé d’être l’antithèse de la théocratie intégriste des mollahs. Avec une femme musulmane, Maryam Radjavi, comme Présidente élue, la Résistance iranienne constitue pour les religieux misogynes un formidable défi politique, culturel et idéologique et a ravivé chez les Iraniens dans le pays et à l’étranger l’espoir d’un changement démocratique.

En annulant en décembre dernier  la marque de terroriste collée aux Moudjahidine du peuple, la Cour européenne de Justice a rendu cette étiquette illégale et illégitime. L’occident devrait maintenant avancer rapidement pour rectifier une erreur politique colossale. Il ne pourrait pas se permettre de laisser échapper cette occasion en continuant un dialogue stérile avec Téhéran.

* Mohammad Mohadessine est président de la commission des Affaires étrangères du Conseil national de la Résistance iranienne

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