mercredi, février 8, 2023
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Le rôle clé des pasdarans dans l’économie iranienne a été sous-estimé (Mehdi Abrichamtchi)

CNRI – Le nouveau numéro d’Iran Libération vient de paraître. Il publie une interview de Mehdi Abrichamtchi. Le président de la commission de la Paix du Conseil national de la Résistance iranienne prépare un livre sur le corps des gardiens de la révolution, les pasdarans. Il explique la place nouvelle que tient  cet organe dans l’économie iranienne, pour pourvoir aux besoins commerciaux, technologiques et financiers du programme nucléaire.

Iran Libération :  Pour quelle raison Washington a-t-il mis les gardiens de la révolution dans la liste noire? Quel est le rôle des pasdarans au sein du régime des mollahs ?

Mehdi Abrichamtchi : Le Guide suprême des mollahs, Ali Khamenei a lourdement investi dans le CGR comme organe principal de la survie du régime. Après l’arrivée à la présidence d’Ahmadinejad, des officiers de haut rang du CGR ont été choisis sur ordre de Khamenei pour occuper certaines des plus hautes fonctions politiques. Le régime iranien est dirigé par des commandants supérieurs du CGR et leur rôle ne cesse de croître.
 
Ils ont fait une percée dans le gouvernement d’Ahmadinejad, comme vous pouvez le voir: 14 membres du gouvernement avec des ministres, des vice-ministres, des présidents, et des conseillers  ; 14 gouverneurs provinciaux sont des commandants du CGR. En plus d’Ahmadinejad, au Conseil suprême de sécurité nationale, le plus haut organe de décision du régime,  le Secrétaire du CSSN, Saïd Jalili est aussi du CGR. Sur  les six secrétariats, trois sont contrôlés par des commandants du CGR.

A la radio et la télévision d’Etat et au Conseil de discernement, les commandants du CGR occupent des positions clés. Les chefs de la fondation des Déshérités et des Martyrs, qui sont des conglomérats financiers, sont du CGR.

Iran Libération : Quel role rôle jouent les pasdarans dans l’économie du régime iranien et purquoi les USA ont-ils visé les pasdarans sous cet angle?

Mehdi Abrichamtchi :  Le rôle du CGR dans l’économie iranienne a été largement sous-estimé par l’occident. Au fil des ans, le CGR a créé des ressources financières qui ne tombent pas sous le contrôle du gouvernement. En plus des revenus financiers, cela fournit de vastes moyens pour couvrir les activités du CGR à l’étranger, comme les relations avec des groupes inféodés dans d’autres pays.

Les activités économiques du CGR dans une  première phase englobent la construction des barrages Karkheh et Gatvand, la construction des ports pétrochimiques Aslouyeh et Pars, de travaux routiers et l’installation d’oléoducs et de gazoducs. Mais les activités s’étendent à tous les domaines économiques sur le plan intérieur et international.

Les contrats économiques du CGR se sont multipliés après l’arrivée d’Ahmadinejad au pouvoir. Aujourd’hui, le CGR a pris le contrôle de certains des secteurs les plus lucratifs de l’économie iranienne. Il a le contrôle de plus de 57 % des importations du pays et de 30 % des exportations non-pétrolières, faisant ainsi un bénéfice d’environ quatre milliards d’euros par an sur ces activités.

Son rôle dans l’économie iranienne a également augmenté. En juillet 2006, deux milliards de dollars des réserves gouvernementales ont été transférés sur le compte de la Base Khatam Al-Anbia (BKA) du CGR pour la signature de nouveaux contrats. Il faut savoir qu’en un mois en 2006, la BKA a signé trois grands contrats avec le gouvernement pour des champs pétroliers et gaziers d’une valeur de sept milliards de dollars.

Les activités économiques du CGR ne sont jamais rapportées au gouvernement, ni au Parlement. Elles sont directement contrôlées par Khamenei. De la même manière, aucun rapport n’est publié sur le statut financier du CGR et son budget est maintenu secret. Il n’y a qu’une société sous la supervision d’Ali Khamenei, qui s’appelle Hessan et qui contrôle les avoirs et les comptes du CGR.

Ainsi en réalité, une majeure partie des 40 milliards de dollars de commerce annuel entre l’UE et le régime iranien se fait avec le CGR, ses filiales et ses sociétés écrans. Quand l’UE fait des affaires avec l’Iran, dans la plupart des cas, elle traite avec le CGR, qui est le principal bénéficiaire du côté iranien. 

Selon les mêmes rapports confidentiels, le CGR dirige plus de 500 petites et grandes entreprises qui ont ouvert des branches dans les pays du Golfe Persique, comme les Emirats arabes unis et Dubaï et dans d’autres pays du Moyen-Orient, d’Asie central, d’Asie du Sud-est, d’Europe, d’Amérique latine et d’Afrique.

Pour les seuls Emirats Arabes Unis, il y a 483 sociétés écrans qui travaillent pour le CGR. Elles sont impliquées dans diverses activités allant de l’importation d’appareils électroménagers, aux usines de voitures (comme l’usine Bahman sous licence du japonais Mazda), la conclusion d’un contrat de projets dans des champs pétroliers et gaziers, la contrebande de pétrole d’Irak, la gestion de ports illégaux pour des importations et des exportations spécifiques, la fourniture d’équipements techniques pour le nucléaire et les projets de missiles, les travaux de BTP, la construction de barrages, de ports, etc.

Iran Libération: Vous avez parlé de la contrebande du pétrole iranien par les pasdarans. Auriez-vous d’autres détails sur les ramifications de ce trafic?

Mehdi Abrichamtchi : Je voudrais révéler que le réseau du CGR en Irak du sud fait la contrebande de 500.000 barils de pétrole par jour. C’est une des principales ressources de revenu pour les filiales du CGR et les groupes terroristes en Irak.

Nous avons identifié certaines sociétés associées au CGR, en voici une liste partielle:  
– La société Razmandegan,
– La société Razmjou,
– L’institut Kossaran,
– La société de Construction nationale,
– La société d’Assurance de Coopération du CGR,
– La société du CGR Bassidj Ghorb impliquée dans des projets de construction de barrage, les bases de construction connues comme Ghorb dans l’armée de l’air du CGR, la marine, la force terrestre et l’état-major commun,
– La société de Coopération du CGR présidée par Shafi’a Zadeh, un officier de CGR,
– L’Institut Ta’min Aghlam, présidé par un officier de CGR nommé Bakhchi, et qui travaille dans la surveillance de la Société de Coopération de CGR,
– L’agence  de voyage Javan Seir Isaac qui travaille sous contrôle de la Force  Qods. Elle est impliquée dans le déplacement des touristes dans les diverses villes en Iran, en Irak, en Turquie et en Syrie.
– L’institut Maskan à Téhéran,
– La société Koucha Ghodrat qui est impliquée dans des installations industrielles, de centrales électriques et pétrochimiques, la société de développement et de commerce iranien impliqué dans les activités de commerce extérieur et intérieur.
– La société Negar Nasr,
– Le groupe industriel Bahman (Mazda),
– La société Chahriyar qui est une agence de tourisme travaillant dans la région du Kurdistan irakien et qui est dirigée par la base Ramezan du CGR.
– La société Atlas, présidée par Ali Ghanbari est associée à la base Chahid. Elle s’occupe d’activités commerciales dans d’autres pays, comme le Liban.
– La Société maritime Atlas, présidée par Zabihollah Nikou’i, un officier du CGR et son vice-président, lui aussi officier du CGR, qui s’appelle Massoumi.

Selon des études disponibles, un tiers des importations de l’Iran se fait par le CGR par le biais des marchés noirs, des activités économiques secrètes et des ports illégaux. Le CGR a donc établi 60 ports illégaux sur les côtes sud de l’Iran. Certains commandants clés du CGR engagés dans ses activités commerciales sont le général Mohammad Khoda Bakhchi, coordonnateur  de la base de construction Khatam Al-Anbia; le mollah Hojjat Piri, coordonnateur en second de la base de Construction Khatam Al-Anbia; le général Abdolreza Abed Zadeh, vice-commandant de la base de Construction Khatam Al-Anbia, l’ingénieur Sardari, chef de l’équipe technique de la base de Construction Khatam Al-Anbia; le mollah Ismail Sa’adat, représentant de Khamenei à la base de Construction Khatam Al-Anbia.