
CNRI — Le prisonnier politique iranien Arzhang Davoodi, a envoyé une lettre ouverte depuis sa prison à la représentante de la politique étrangère de l’Union européenne Federica Mogherini dénonçant son voyage samedi à Téhéran dans le but de rétablir les liens économiques avec le régime.
M. Davoodi est incarcéré dans la tristement célèbre prison de Gohardacht (Rajai Shahr) à Karaj, au nord-ouest de Téhéran.
Ce qui suit est une traduction française de la lettre de M. Davoodi à la Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité :
« Chère Federica Mogherini,
En tant que l’un des plus anciens prisonniers politiques en Iran qui a toujours respecté la déclaration universelle des droits de l’Homme avec ses obligations, dès le début, j’ai toujours exercé mes activités politiques en conformité avec ces valeurs. Depuis 2003, je suis l’homme qui a passé son temps dans différentes prisons d’un régime médiéval et qui a été en exil pendant des condamnations injustes, les condamnations pour la lutte pacifique pour atteindre la liberté, la démocratie, les droits et la justice.
Je vous avise que, bien que nous, les Iraniens, avons beaucoup de respect pour les invités, et en particulier les femmes dans nos maisons, les dirigeants de ce faux gouvernement n’accordent pas de valeur à la vie des gens, et encore moins aux droits individuels et sociaux des citoyens. Je crois que le voyage [en Iran] par chaque haut fonctionnaire des pays développés y compris le voyage d’une dame distinguée comme vous — qui dirige l’élaboration des politiques étrangères de l’Union européenne — n’établit pas la liberté et la démocratie dans ce pays affligé.
Votre voyage agace aussi les prisonniers politiques et non politiques, et cela afflige particulièrement les militants politiques. Je note que dans les gouvernements autoritaires, les dirigeants méprisent les libertés civiles et les droits de citoyenneté et se soustraient à leurs responsabilités internationales. Ces dirigeants autoritaires ne peuvent pas résoudre les problèmes intérieurs et ils suscitent également des troubles intérieurs et transfrontaliers.
En fait, dans le monde d’aujourd’hui, la simple existence de ces gouvernements est elle-même le principal problème. Cependant, nous vous demandons de ne pas retenir les efforts efficaces pour prévenir la violation massive des droits de l’Homme aussi longtemps que vous êtes en Iran et au milieu de négociations formelles et informelles avec les dirigeants du régime de Khamenei et leurs partenaires. On attend de vous également une attention particulière aux prisonniers politiques opprimés afin de soulager la douleur de leurs familles.
Arzhang Davoodi
prison de Rajai Shahr, le 12 avril 2016 »
Contexte :
M. Davoodi a été arrêté en 2003 et détenu en isolement pendant de longues périodes au cours desquelles il a été torturé et où l’accès à un avocat et sa famille lui ont été refusés.
Il a été condamné en mars 2005 à un emprisonnement de 25 ans, réduit à 10 ans en appel, sur des accusations de « propagande contre le système » et « établir et diriger une organisation opposée au gouvernement » pour ses activités pacifiques, y compris diriger un centre d’éducation culturelle, selon Amnesty International. En mai 2014, il a été condamné à une peine de deux années supplémentaires, sur l’accusation d’avoir « insulté le Guide suprême. »
Arzhang Davoodi a également été condamné à mort pour ses opinions politiques et l’exercice pacifique du droit à la liberté d’expression.
Il est accusé d’avoir des liens avec l’OMPI simplement parce qu’en prison, il a insisté pour appeler l’OMPI par son nom officiel, moudjahidine, plutôt que par le terme utilisé par les autorités iraniennes, Monafeghin (hypocrites), selon un appel à l’action urgent d’Amnesty International en 2014.

