Irak : Un consensus international sur le départ de Maliki, la mise en place d’un gouvernement national inclusif et la tenue d’élections libres
Au moment où la communauté internationale est largement parvenue à la conclusion que la destitution de Maliki et la mise en place d’un gouvernement national inclusif forment la seule solution à la crise actuelle en Irak, le régime iranien a rassemblé toute ses forces pour le sauver.
1. Le gouvernement américain a reconnu que c’est Maliki qui est la cause principale de la crise actuelle.
AP a rapporté le 19 juin que ceux qui travaillaient à la destitution de Maliki « ont reçu un énorme coup de main du président Barack Obama. Le leader américain a cessé d’appeler Nouri al-Maliki à démissionner, en disant « il ne nous revient pas de choisir les dirigeants de l’Irak ». Mais, ses commentaires soigneusement rédigés, disaient tout sauf ça. « Seuls les dirigeants qui peuvent gouverner avec un programme inclusif, seront en mesure de réunifier véritablement le peuple irakien et de l’aider à traverser cette crise », a déclaré Obama à la Maison Blanche. »
Le Secrétaire à la Défense américain Chuck Hagel, lors d’une audition au Sénat, le 18 juin, a déclaré : «Le gouvernement actuel en Irak n’a jamais tenu ses engagements de former un gouvernement d’unité avec les sunnites, les Kurdes et les chiites. » Et le général Martin Dempsey, le chef d’état-major interarmées des Etats-Unis, a déclaré à l’audition qu’ « il est déçu par le siège des militants en Irak (…) Les dirigeants irakiens n’ont pas réussi à s’unir pour le bien de leur peuple. »
Le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney a déclaré le même jour que Maliki n’avait pas fait assez « pour un gouvernement d’unité et que le gouvernement a contribué à la situation et à la crise que nous avons aujourd’hui en Irak. »
2- L’ancienne Secrétaire d’Etat Hilary Clinton a déclaré sur CNN le 18 juin que « Maliki a évincé un grand nombre de commandants qui étaient les plus capables (…) je sais que le commandant de la Force Qods est à Bagdad actuellement, en réunion avec Maliki, ses conseillers et ses partisans. Ils veulent faire pour lui ce qu’ils ont fait pour Assad, à savoir (…) envelopper Maliki dans l’étreinte iranienne, peut-être même utiliser leurs propres troupes en Irak, comme ils l’ont fait en Syrie. »
3- Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, a déclaré le 20 juin que la France espère voir un gouvernement d’unité nationale en Irak qui peut être formé avec ou sans Nouri al Maliki, et que ce dernier a non seulement refusé l’unité avec les groupes sunnites, mais qui les a mêmes pris en chasse.
4- Cette même perception prévaut à la Chambre et au Sénat américains comme quoi tant que Maliki est au pouvoir cela ne peut aggraver la crise.
Le sénateur Feinstein (Dém-CA), président de la commission spéciale du Sénat sur le renseignement, a dit au secrétaire à la Défense : «Franchement, le gouvernement Maliki doit partir si vous voulez une réconciliation. »
Et le sénateur McCain (Rép-AZ) a exhorté Obama à « dire très clairement à Maliki que son temps est terminé »
5- Des généraux américains ayant été impliqués en Irak depuis 2003 sont du même avis. Le général Petraeus, ancien directeur de la CIA et ancien commandant des forces américaines en Irak, a reconnu la nécessité d’ « un gouvernement pour tout le peuple étant représentatif de tous les éléments de l’Irak et sensibles à tous. » Il a ajouté : «Les États-Unis ne peuvent pas être la force de frappe aérienne des milices chiites, ou d’un combat entre arabes sunnites et chiites. »
Le général Garner, premier gouverneur civil de l’Irak après l’occupation de ce pays a déclaré : « nous avons tourné le dos aux sunnites, qui nous ont aidés en 2007-2008. Ensuite, nous avons soutenu Maliki en 2010 en sachant parfaitement qu’il allait priver les Kurdes de leurs droits, persécuter les sunnites et qu’il était vraiment une marionnette des Iraniens. »
6. Des pays de la région sont également du même bord sur la situation. Reuters rapportait le 16 juin :
« Dans la déclaration du gouvernement, Riyad a déclaré qu’il était nécessaire de « préserver la souveraineté de l’Irak et de rejeter toute ingérence extérieure dans les affaires intérieures de Bagdad ». Il a aussi appelé à la « formation rapide d’un gouvernement de consensus national « . La crise « n’aurait pas lieu d’être s’il n’y avait pas eu la politique sectaire et d’exclusion pratiquée en Irak ces dernières années et qui a menacé sa sécurité, sa stabilité et sa souveraineté», écrivait l’agence de presse officielle en citant le ministre de l’Information SPA Abdulaziz Khoja.
« Plus tôt lundi, le ministre des Affaires étrangères du Qatar accusait le sectarisme « exigu » du gouvernement du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki à Bagdad d’être à l’origine de la crise.
« Le 18 juin, le roi Abdallah de Jordanie a souligné « la nécessité de préserver l’unité et la stabilité de l’Irak par un processus politique regroupant toutes les composantes du peuple irakien sans exception ». «
7. Des dirigeants irakiens insistent également sur les mêmes faits. L’ayatollah Sistani, le chef religieux chiite suprême, a critiqué Maliki pour la première fois via son représentant le 20 juin et a appelé à «la formation d’un gouvernement actif bénéficiant d’un soutien national étendu pour corriger les erreurs du passé et ouvrir un nouvel horizon à tout le peuple irakien pour un avenir meilleur ».
Le Président de la région du Kurdistan irakien Massoud Barzani a déclaré le 18 juin: « cela fait longtemps que je préviens que la situation en Irak est au bord d’un précipice en raison d’une politique erronée et d’exclusion de ceux qui ont accaparé tout le pouvoir à Bagdad. Et ces mêmes personnes sont directement responsables de cette situation (…) Depuis 2003, nous nous opposons à ce que les sunnites soient marginalisés. »
L’ancien Premier ministre irakien Iyad Allawi a déclaré à VOA (Voice of America) : «Nous devons établir un gouvernement d’unité nationale ; un gouvernement de reconstruction ; un gouvernement a double responsabilité. Tout d’abord, une réconciliation immédiate dans le pays (…) Deuxièmement, la mise en place d’institutions non-confessionnelles pour enfin se transformer en un gouvernement crédible qui engloberait tous les Irakiens indépendamment de leurs croyances religieuses et de leurs origines ethniques (…) Malheureusement, les États-Unis ont livré l’Irak à l’Iran. En 2010, les États-Unis et l’Iran se sont opposés au vainqueur des élections pour former le gouvernement, et qui était le parti Iraqiya – composée de chiites et sunnites. Nous avions là une véritable opportunité, mais nous l’avons ratée. »
8. Dans ces conditions, le régime iranien fait tout son possible politiquement et militairement pour sauver Maliki. Ali Akbar Velayati, conseiller de l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré à VOA le 20 juin : « l’Iran a offert une assistance privilégiée à l’Irak. Toute aide que le gouvernement de Nouri Maliki, en tant que représentant légal de l’Irak, demandera, nous nous sentons obligés de le la lui donner sans aucune restriction (…) L’Iran a entraîné l’armée syrienne et peut faire la même chose en Irak. » Velayati a dit connaitre Maliki depuis 30 ans et que par rapport à d’autres, il est le leader le plus capable en Irak et qu’en tant que tel que tous les groupes devraient l’aider.
9. Khamenei a ordonné à la Force terroriste Qods d’employer ses ressources de commandement pour réprimer le peuple irakien et sauver le Premier ministre irakien. Khamenei a déclaré que l’hégémonie sur l’Irak revêt une importance stratégique pour l’Iran, que la « gouvernance chiite» dans ce pays joue un rôle déterminant dans la survie de son régime et que la « défaite de Maliki serait un revers stratégique pour le système de la République islamique ».
Ghassem Soleimani, commandant de la sinistre Force Qods, ainsi que 200 gardiens de la révolution iraniens (pasdaran), officiers de divers grades, sont stationnés en Irak pour surveiller les événements de près. Ces éléments, ainsi que des agents irakiens à la solde du régime iranien comme Asa’ib Ahl al-Haq et Kata’eb Hezbollah, inspectent différents endroits de Diyala et de Salahedine.
Nous avons déjà répété à maintes reprises que le régime iranien et sa marionnette de Premier ministre Maliki, sont les principales sources des problèmes en Irak et par le génocide des sunnites, la répression barbare des opposants et la propagation de la corruption d’Etat, ils ont laissé le pays en ruines et poussent à une guerre confessionnelle interne. Nous avons aussi rappelé que des élections menées par Maliki ne seraient ni libre ni équitable. Nous avons appelé à la fin de l’ingérence du régime iranien en Irak, au départ du pouvoir de Maliki, à la formation d’un gouvernement inclusif, et la tenue d’élections sous la supervision des Nations Unies. C’est la volonté du peuple irakien depuis longtemps et elle a été malheureusement ignorée. Maintenant qu’il est clair que toute solution nécessite le départ de Maliki, les Etats-Unis et l’UE doivent cesser de lui apporter la moindre assistance, ne pas le laisser prolonger la guerre et le massacre génocidaire de son propre peuple en utilisant l’aide occidentale.
Struan Stevenson, eurodéputé
Président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak
Président de l’Association euro-irakienne de la liberté (EIFA)

