samedi, décembre 10, 2022
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Le Liban, otage de l’offensive syro-iranienne au Proche-Orient

Par Antoine Basbous

Le Figaro – (extraits) – Ne nous y trompons pas : le gouvernement  [libanais] issu des élections parlementaires de 2005 n’a jamais eu les moyens de gouverner. Il est bloqué par les détenteurs du vrai pouvoir : le président de la République qui doit tout à la Syrie ; le président du Parlement et la haute administration, hérités de l’époque de l’occupation syrienne ; le Hezbollah qui constitue un État dans l’État et qui obéit aux injonctions de ses maîtres syro-iraniens. Ce dernier n’a-t-il pas pris l’initiative de déclencher la guerre des 33 jours, en juillet, et ne poursuit-il pas, depuis, son « coup d’État » sournois à Beyrouth ?

L’échec de l’occupation américaine de l’Irak rejaillit sur l’avenir du Liban. L’Iran devient plus arrogant et plus pressé d’imposer son « croissant chiite ». Il accélère son offensive au Liban à travers son allié syrien. Le guide de la Révolution iranienne, Ali Khamenei, vient de fixer les objectifs stratégiques de l’alliance : contrôler le pouvoir à Beyrouth (après Bagdad) sous prétexte de vouloir infliger une défaite à Israël et aux États-Unis au Liban. Le chef du Hezbollah a exécuté l’ordre de son chef spirituel et a retiré les ministres chiites du gouvernement, délégitimant celui-ci sur les plans constitutionnel et religieux en le qualifiant de «gouvernement de l’ambassadeur américain ». Le premier ministre Fouad Siniora a compris le message et les menaces induites qui l’accompagnent. Il s’est enfermé au siège du gouvernement avec ses ministres pour échapper aux tueurs d’État et continuer à porter la cause indépendantiste.
 
À travers ses engagements depuis 2004 et l’adoption de la résolution 1559, la communauté internationale, sous l’impulsion de Paris et de Washington, cherche à restaurer la souveraineté du Liban. Elle vote des résolutions à l’ONU et mène un effort diplomatique intense. À l’opposé, l’axe syro-iranien se renforce au Liban : envoi d’armes et de munitions ; financement du Hezbollah ; soutien illimité au président Lahoud qui verrouille l’édifice institutionnel.
 
L’axe syro-iranien a été dopé par la généreuse proposition de ¬James Baker de réhabiliter Damas et Téhéran pour stabiliser l’Irak. Faute d’avoir su ou voulu le briser, l’Amérique embrasserait demain ce qu’elle qualifiait hier « d’axe du Mal ». Damas fixe le prix de ce marché : son retour au Liban contre la stabilisation de l’Irak. Téhéran veut constituer son « croissant chiite », poursuivre son programme nucléaire et obtenir la reconnaissance de son rôle par Washington. Les vieilles méthodes des Alaouites en Syrie, éprouvées depuis trente-six ans, pourraient continuer à faire la preuve de leur efficacité.
 
Contrairement à ses homologues européens, le président Chirac a fini par comprendre combien il était vain de négocier avec Assad. Lequel se réjouit beaucoup du terme prochain du mandat du président français qui a été si longtemps compréhensif à l’égard de la dictature syrienne. Aujourd’hui, le vrai bras de fer oppose l’axe syro-iranien à la communauté arabe et internationale, avec le Liban pour théâtre. Les Libanais sont devenus la chair à canon de ce conflit qui les dépasse. La mouvance chiite radicale, qui considère l’Iranien Khamenei comme son Wali el-faghih (le vicaire du Prophète sur terre) et lui obéit aveuglément, est complètement investie dans le projet de « croissant chiite ». Le pire n’est pas derrière nous.

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