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Le juge argentin chargé de l’enquête sur l’attentat fait pression sur l’Iran

Par Kevin Gray

Reuters, Buenos Aires, 15 novembre (Reuters) – Le procureur argentin réclamant l’arrestation des anciens dirigeants iraniens pour l’attentat à la bombe de 1994 contre le centre juif de Buenos Aires, a déclaré mercredi que la réaction de Téhéran avait été jusqu’à maintenant « agressive » et marquée par des « insultes ».

 

La semaine dernière, le juge de ce pays sud-américain a demandé la publication de mandats d’arrestation contre l’ancien président iranien Akbar Hachemi Rafsandjani et huit autres individus impliqués dans l’explosion du 18 juillet 1994 qui a fait 85 morts lorsqu’un camion bourré d’explosifs a détoné devant le bâtiment de l’Association mutuelle isrélienne d’Argentine (AMIA).

Les juges argentins accusent l’Iran d’avoir orchestré cet attentat.

Téhéran a nié à plusieurs reprises toute implication et déclaré que ces mandats faisaient partie d’une « conspiration américano sioniste » et d’une « propagande contre le gouvernement iranien ».

Le chargé d’affaires iranien en Argentine a annoncé que les dirigeants iraniens allaient demander à Interpol d’ignorer les mandats.

Dans une interview avec Reuters, le procureur Alberto Nisman a appelé les autorités iraniennes à coopérer avec l’enquête.

« S’ils sont innocents comme ils l’affirment, ils devraient venir et innocenter leurs noms », a-t-il dit. « Jusqu’à maintenant, je n’ai entendu que des insultes. Ils ont réagi avec un comportement agressif. Personne n’a dit ‘Ecoutez-moi, je veux répondre à ces accusations’ ».

Personne n’a été condamné pour l’attentat de l’AMIA malgré une longue enquête ponctuée d’erreurs judiciaires et d’accusations de dissimulation de l’implication du gouvernement. Les dirigeants argentins, israéliens et américains ont toujours rejeté la responsabilité de cet attentat sur le Hezbollah soutenu par l’Iran.

Rafsandjani était président au moment de l’attentat et plusieurs de ses hauts conseillers, dont l’ancien ministre du Renseignement, Ali Fallahian, ainsi que l’ancien chef de la sécurité du Hezbollah sont recherchés par les autorités argentines.

En avril, la Suisse a publié un mandat d’arrêt international contre Fallahian dans le cadre de l’enquête sur le meurtre d’un dissident iranien en 1990.

ACCUSATION CONTRE LE HEZBOLLAH

Nisman a déclaré que les preuves rassemblées par les autorités argentines servant de base aux mandats indiquaient que le complot terroriste avait été orchestré par les hauts dirigeants iraniens, dont Rafsandjani, lors d’une réunion le 14 août 1993 dans la ville sainte de Machhad.

Il a déclaré que l’attentat avait le soutien des officiels de l’ambassade d’Iran à Buenos Aires et avait été perpétré pat le Hezbollah, citant le témoignage d’anciens hauts responsables du gouvernement d’Iran et de dissidents iraniens qu’il n’a pas identifiés.

Une grande partie de l’enquête était également basée sur des appels téléphoniques, des transactions bancaires et des données de l’immigration, selon Nisman.

« Le motif était la décision de l’Argentine de suspendre puis d’arrêter de fournir à l’Iran de la technologie nucléaire », a-t-il affirmé.

Sous la pression du gouvernement américain, l’Argentine a interrompu son approvisionnement en matériel nucléaire destiné à l’Iran en 1990.

L’enquête sur l’AMIA a attiré l’attention de la Maison Blanche, qui a recommandé samedi aux gouvernements d’aider l’Argentine dans ses efforts pour capturer les dirigeants iraniens.

La plupart des analystes et experts juridiques sont d’accord sur le fait qu’il est très improbable que l’Iran réponde aux requêtes de l’Argentine.

Lorsqu’on lui a demandé si le refus de l’Iran de coopérer signalait la fin de l’enquête, Nisman a répondu : « S’ils ne se rendent pas, alors nous devrons nous tourner vers d’autres options ».

« Nous ne céderons pas tant que ces gens ne coopéreront pas avec l’Argentine et ses exigences », a-t-il ajouté.