jeudi, décembre 1, 2022
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Le combat des Iraniennes est universel – Rama Yade

Rama Yade, ancienne Secrétaire d’Etat aux des droits de l’homme, participait le 27 février, à la veille de la Journée Mondiale de la Femme, à une conférence intitulée « Engagement pour la parité : les femmes unies contre l’intégrisme islamiste », en présence de nombreuses personnalités politiques, des intellectuels, figures éminentes et des activistes du mouvement pour l’égalité venus de 26 pays de quatre continents.

Voici le texte de son intervention :

Chers amis, Au moment même où les Iraniens votent, une propagande indécente s’est abattue sur la France, l’Europe et les pays occidentaux : le mythe savamment orchestré d’une révolution féministe en Iran et par la grâce des mollahs et de Rohani.

Je veux ici dire que c’est faux : s’il y a une révolution iranienne en Iran, elle est ici au Conseil national de la Résistance iranienne. Car pour les 35 millions de femmes iraniennes, il n’y a pas de modération, elles veulent être des citoyens à part entière et aujourd’hui elles sont des citoyennes à part.

Entendez par vous-même : sur les 2 000 personnes exécutées sous le seul mandat de Rohani, on compte 57 femmes, et souvent en public.

La discrimination systématique, méthodique, institutionnalisée, concerne même la vie quotidienne. Et tout cela commence très tôt : c’est à 9 ans qu’elles sont responsables pénalement. Si plus tard elles veulent faire des études, elles ne peuvent pas dans certaines universités publiques étudier l’ingénierie ou les mathématiques.

C’est fort dommageable si on a à l’esprit que l’Iran a produit Maryam Mirzakhani, la première femme à gagner la médaille Fields, la plus prestigieuse récompense dans le domaine des mathématiques. Et si elles veulent travailler, certaines lois exigeraient des entreprises qu’elles embauchent des hommes plutôt que des femmes et des personnes mariées plutôt que des femmes non mariées.

Si elles veulent voyager, elles doivent demander l’autorisation du mari. Il y a quatre mois, la capitaine de l’équipe iranienne de football féminin en salle a été interdite de voyage en Malaisie parce que son mari – par ailleurs journaliste sportif – n’était pas d’accord.

Une militante iranienne des droits de l’homme s’est interrogée récemment : imaginez si les homologues de Monsieur Rohani à l’Assemblée générale des Nations Unies, Angela Merkel et Dilma Rousseff, avaient dû demander l’autorisation de leur mari pour assister à l’Assemblée générale des Nations Unies !

Et si l’homme proteste jusqu’à être violent, c’est à son épouse de prendre en charge le divorce. La participation des femmes est moitié moindre que celle des hommes. C’est le résultat d’une politique méthodique et systématique. Et pourtant, on estime que le taux d’alphabétisation des femmes et celui de l’inscription des filles à l’école primaire avoisine les 100 %.

Mais elles ne se laissent pas faire les femmes iraniennes, elles se battent, elles résistent et le paient au prix fort : au moins 50 défenseurs des droits des femmes sont actuellement en prison, elles-mêmes des femmes qui se trouvent derrière les barreaux depuis de nombreuses années, membres fondateurs d’associations, comme « 1 million de signatures », qui demandent de réformer les lois discriminatoires.

Il arrive au monde d’entendre l’appel des femmes iraniennes : l’attribution du prix Nobel de la paix en 2003 à Shirin Ebadi souligne l’importance du militantisme féminin. Et Madame Maryam Radjavi, leader de l’opposition iranienne, dont le long exil est l’illustration même des sacrifices douloureux qui accompagnent depuis tant d’années son combat.

C’est que le problème en Iran est beaucoup plus fondamental, beaucoup plus fondamentaliste. Le pouvoir iranien considère les femmes comme des sous-citoyens, voire des esclaves. Le Code civil est honteusement clair : à chaque fois qu’une femme ne remplit pas ses devoirs conjugaux envers son mari sans empêchement légitime, elle ne mérite pas de recevoir de la nourriture et un logement.

Le mari a le droit d’empêcher son épouse de s’engager dans une profession qui va à l’encontre de l’intérêt de la famille, ou encore, les femmes héritent de la moitié des hommes, ou encore, l’enfant mineur sera sous la garde de son père ou de son grand-père paternel. Tout en haut dans l’ordre légal, la Constitution interdit même à une femme de devenir Président. Mme Radjavi, il faudra changer ça je crois ! Parce que vous comprenez, « le cerveau féminin est plus petit que le cerveau des hommes » et cela il faudra l’expliquer à Maryam Mirzakhani !

Radjavi, Mirzakhani, Ebadi, ces femmes d’exception sont la fierté de l’histoire de la lutte des femmes en Iran et derrière elles, une génération qui n’en peut plus d’attendre. Elles sont l’avant-garde de la Résistance iranienne où elles ont été les premières à protester contre le port du voile obligatoire dans les premiers jours du régime, les premières à être emprisonnées, les premières à être torturées et même exécutées, les mêmes à aller en clandestinité.

Ces femmes, y compris des petites filles, ont brisé tous les tabous, fait tous les sacrifices et entrainé les hommes dans ce combat. Ces femmes, célèbres ou anonymes, ne sont pas seulement des filles, des sœurs, des épouses, des mères, des grands-mères, elles sont des héroïnes. Leur combat n’est pas iranien, il est universel. Elles ne le mènent pas seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour nous. Alors hommage leur soit aujourd’hui rendu.

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