jeudi, décembre 1, 2022
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L’anxiété quant aux intentions de l’Iran se répand au Moyen-Orient

THE SACRAMENTO BEE – By Shahin Ghobadi – PARIS, 12 janvier – Le 31 décembre 1977, dans notre maison de classe moyenne dans l’ouest de Téhéran, je regardais le dîner officiel que le chah donnait en l’honneur du Président Jimmy Carter. Pour moi, qui avait appris quelque chose sur le système politique américain en tant que touriste curieux en Amérique, au cours de l’été précédent, le discours de Carter était intéressant.

Quand Carter a qualifié l’Iran d’ « îlot de stabilité dans l’une des régions du monde les plus en proie à des troubles », j’ai regardé d’un air interrogateur mon oncle, qui était de retour en Iran après des années en Californie : « Il parle de quel pays? Les Américains ignorent-ils vraiment ce qui se passe en Iran? »

Mon oncle a tenté de me convaincre que le président de la nation la plus puissante du monde savait manifestement des choses qu’un adolescent iranien ne savait pas. Après une vive discussion, aucun de nous n’a été convaincu.

Cet automne là, j’avais été témoin de manifestations antigouvernementales de lycéens et d’étudiants. Je n’oublierai jamais la première fois que j’ai entendu crier « A bas le chah » dans les rues du centre de Téhéran.

Trente-trois ans plus tard, militant politique opposé aux mollahs, je continue de suivre la politique américaine. Bien que je n’arrive toujours pas à comprendre, je suis sûr que les responsables politiques américains sont dans une confusion totale lorsqu’il s’agit de l’Iran.

Au tout début de mon séjour à Washington, en juillet 1985, je me suis rendu au Capitole. Lors d’une séance de la sous-commission des Affaires du Proche-Orient de la Chambre des Représentants, Richard Murphy, alors sous-secrétaire d’Etat au Proche-Orient, déclaré aux députés qu’il souhaitait fournir des renseignements non sollicités sur l’organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI), la principale organisation d’opposition iranienne. Il a formulé plusieurs allégations contre l’OMPI, notamment son implication dans le terrorisme. Sidéré, j’ai chuchoté à mon collègue, « Est-ce que tu t’attendais à ça? »

L’année suivante, après les révélations du scandale de l’Iran-Contra, il est apparu clairement que cataloguer l’OMPI faisait partie d’un plan délibéré du Département d’État dans le but de complaire aux mollahs au pouvoir.

Avançons rapidement de vingt-cinq ans.

L’anxiété sur les intentions de l’Iran se répand au Moyen-Orient. L’inquiétude ne se limite pas aux efforts de l’Iran pour acquérir des armes nucléaires, mais également à ses violations brutales et systématiques des droits de l’homme, son soutien aux groupes intégristes et islamiques et ses tentatives d’ingérence dans les affaires de l’Irak et d’autres pays.
Parmi les défis en matière de politique étrangère qui se présentent aux États-Unis en 2011, l’Iran est en tête.

L’administration Obama a tenté de relancer la politique iranienne avec un nouveau tour de politique de complaisance qui  a échoué. Déjà vu. Une fois encore, il a été démontré que l’idée selon laquelle des négociations directes pourraient offrir un intérêt était un mirage.

Très peu de personnes pensent que les sanctions imposées à Téhéran par le Conseil de Sécurité de l’ONU ou même le nouveau train de sanctions coordonnées par les États-Unis et l’Union Européenne peuvent causer un changement de politique majeur. 
En tant qu’ancien Secrétaire à la Sécurité Intérieure, Tom Ridge a souligné lors d’un séminaire international sur l’Iran à Paris le 22 décembre, que le temps n’est pas un allié quand il s’agit d’empêcher le régime tyrannique en Iran de devenir une puissance nucléaire. Frances Townsend, une ancienne conseillère de la Maison Blanche sur le contre-terrorisme, a mis en évidence que la politique dite  d’endiguement sur l’Iran est un écran de fumée pour la politique ratée de complaisance.

Mais l’alternative à la complaisance n’est pas l’intervention militaire.

Comme l’a réaffirmé Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, la crise iranienne possède une solution iranienne : un changement démocratique réalisé par les Iraniens et leur résistance organisée. Les soulèvements en Iran en 2009 et 2010 ont prouvé sa crédibilité. Mais les États-Unis devraient au moins supprimer les restrictions qu’ils ont placées sur l’OMPI dans le cadre de leurs relations avec Téhéran.

Tous les participants à la conférence de Paris, notamment l’ancien ministre de la Justice américain Michael Mukasey, s’accordaient à dire que les États-Unis avaient mis l’OMPI sur la liste noire dans le cadre d’accords avec Téhéran. C’est une énorme erreur morale et politique. Comme l’ancien maire de New-York Rudi Giuliani le notait, le fait que « l’OMPI soit qualifiée d’organisation terroriste est tout simplement honteux ».

L’OMPI a cessé les opérations militaires en 2001 et s’est volontairement désarmée en 2003. Neuf organes de sécurité américains confirment que plus de 3 400 membres de l’OMPI au camp d’Achraf, en Irak, n’ont aucun lien avec le terrorisme.

L’OMPI a en fait été les yeux et les oreilles du monde en révélant le programme clandestin d’armes nucléaires des mollahs pendant huit ans.

Plus de 110 membres de la Chambre des Représentants ont demandé dans une résolution bipartite la radiation de l’OMPI de la liste noire. Cela s’est produit suite à une décision de la cour d’appel du District de Columbia en juillet renvoyant l’affaire au Département d’État pour une révision.
Cette inscription n’est pas abstraite. Elle a facilité les choses au régime pour réprimer et tuer les manifestants désignés comme « Mohareb » (ennemis de Dieu) et a fourni une excuse pour faire pression et réprimer les résidents d’Achraf. Ali Saremi, un prisonnier politique iranien de premier plan et militant  de l’OMPI a été pendu comme Mohareb à Téhéran le 28 décembre.

Alors que des millions de personnes crient pour la liberté en Iran, en supprimant l’étiquette de terroriste du groupe d’opposition le plus organisé, les États-Unis pourraient permettre à la dynamique de la politique iranienne de jouer. C’est exactement ce qui ébranle les mollahs.

AU SUJET DE L’AUTEUR

Shanin Gobadi est un membre de la commission des Affaires étrangères du Conseil national de la Résistance iranienne, coalition de groupes d’opposition iraniens. Les lecteurs peuvent lui envoyer un mail à [email protected].

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