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L’alerte à la bombe en France a été lancée par les mollahs iraniens pour discréditer leurs opposants

Par Jean-Philippe Caron

INTELINK, 17 août – La région du Grand Est a vécu début août un épisode rocambolesque. Selon les informations d’une source luxembourgeoise, le train Luxembourg-Bâle allait être la cible d’une attaque terroriste menée par des Iraniens… L’incroyable scénario a tenu en haleine les autorités luxembourgeoises et françaises, les Allemands, les Suisses et les Belges suivant l’affaire de près.

Mardi 7 août entre 22 et 23 heures, les policiers luxembourgeois alertent leurs homologues français : la ligne TGV entre Luxembourg et Bâle est sous la menace imminente d’un attentat à la bombe. L’attaque terroriste serait même prévue pour le mercredi 8 août. L’alerte est donnée, le dispositif est mis en place, la collaboration franco-luxembourgeoise fonctionne à merveille. Les autorités ont pris les mesures qui s’imposaient, prenant au sérieux une nouvelle alarmante venant apparemment d’une source non identifiée…

La police luxembourgeoise tiendrait son information d’un indicateur jugé fiable. Il parle de quatre hommes d’origine iranienne et d’un cinquième afghan. Le niveau d’alerte augmente des deux côtés de la frontière. De la DST aux RG, tout le monde est sur le qui-vive. Des contrôles poussés sont effectués en Lorraine, à Metz, Pagny-sur-Moselle et Nancy. Par précaution les mesures sont étendues à toute la ligne Luxembourg-Bâle.

Pendant ce temps des vérifications plus poussées amènent les enquêteurs français à un détail gênant : un des suspects en question graviterait autour de l’organisation des Moudjahidine du peuple iranien (OMPI), principaux opposants au régime iranien. La nouvelle filtre prématurément sur TF 1 qui annonce sans trop de précaution que les prétendus suspects iraniens auraient des liens avec l’OMPI.

Mais le problème pour les enquêteurs, c’est que l’OMPI n’a pas du tout le profil de terroriste.
Ce groupe est établi depuis vingt ans en France, et il jouit d’une situation de plus en plus respectable auprès des instances politiques françaises et internationales. Il y a quelques mois, un millier de parlementaires de pays d’Europe et du parlement européen se sont prononcés pour le retrait de l’OMPI de la liste des organisations terroristes. En décembre 2006, l’OMPI a bénéficié d’une décision favorable de la Cour européenne de justice qui a exigé son retrait de la liste noire. Les juges du tribunal européen de Luxembourg s’étaient prononcés pour la fin du gel des avoirs de l’OMPI, décrété en 2002 par le Conseil européen. L’organisation tente avec les parlementaires et les juristes de faire respecter cette décision sur l’ensemble des pays européens.

Les responsables s’interrogent alors : pourquoi vouloir perdre ces points avec un acte de terrorisme? D’autre part, il est de notoriété publique que ce groupe n’a jamais recouru à des actes de violence en Europe ni ailleurs dans le monde. Les enquêteurs français commencent alors à afficher leur circonspection.

Un communiqué du ministère de l’Intérieur indique dans la nuit de mercredi à jeudi, qu’ « aucun risque particulier » n’a été identifié. Prudence oblige, le dispositif de sécurité n’est pas mis en question. Peu à peu, l’affaire se dégonfle. La préfecture du Bas-Rhin indique en début de la soirée du jeudi 9 août, que les contrôles renforcés depuis la veille dans les trains et les gares du Grand-Est sont levés. Le plan Vigipirate est toutefois maintenu au niveau rouge.
Une grande question subsiste : qui avait intérêt à déclencher une alerte et à éclabousser les opposants iraniens ? La réponse est la première préoccupation des divers services anti-terroriste en Europe. Elle permettra de diriger les efforts et surtout de d’obtenir des critères d’évaluation sur les foules de renseignements qui parviennent chaque jour au QG de la lutte anti-terroriste.

Les mollahs iraniens derrière l’alerte à la bombe ?

Les relais médiatiques du régime iranien ne loupent pas l’occasion. L’information et même diffusée quasi simultanément en Iran et sur des sites Internet connus pour leur liens avec le Vevak, comme Iran-interlink ou Iran Dideban. L’information est instrumentalisé pendant plusieurs jours. Le 12 août par exemple, le site Baztab, appartenant à Mohsen Rezaï, l’ancien chef des gardiens de la révolution et actuel numéro deux du Conseil de discernement des intérêts de l’Etat, écrivait sous le titre « Bombe dans un train en France – nouvelle action des Moudjahidine du peuple » : « La télévision d’Etat française a présenté le groupuscule des Moudjahidine du peuple comme le seul suspect d’un projet d’attentat du train France-Luxembourg-Suisse qui a échoué. »

« Téhéran a tout intérêt à déclencher la suspicion concernant son opposition soit directement, en se servant de taupes auprès des services européens, soit en faisant usage du réseau (ministère des renseignements iraniens) d’anciens membres "retournés" de l’OMPI mis en place par le Vevak. Nombre de ces transfuges vendent leur service au Vevak depuis plusieurs années », explique un familier de la lutte anti-terroriste à Paris.

Selon cet expert « en cas de succès dans cette opération de désinformation, le régime iranien aurait discrédité ses opposant tout en faisait planer le spectre de la menace terroriste en Europe ». Un ancien ministre iranien des renseignements avait avoué il y a quelques années, l’existence de ces taupes dans des services étrangers.

Le Conseil national de la Résistance appelle à une mission d’enquête

Le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) qui regroupe les forces d’opposition démocratiques iraniennes, dont l’OMPI, est encore plus catégorique sur le rôle de Téhéran dans cette fausse alerte.

Le CNRI demande d’ailleurs au gouvernement français l’ouverture d’une enquête, et met en garde « contre les objectifs terroristes du régime des mollahs à travers la propagation d’informations mensongères ». Ce communiqué rappelle que « les membres et les sympathisants de la Résistance iranienne respectent minutieusement les lois de leurs pays de résidence. Les gouvernements européens, particulièrement le gouvernement et la police de France connaissent parfaitement la nature légale des activités de la Résistance iranienne ».

Mohammad Mohadessine, président de la commission des affaires étrangères du CNRI, révèle qu’avant de diffuser la menace précise dans l’Est de la France, le Vevak avait préparé le terrain en diffusant durant plusieurs semaines dans les médias de langue persane des informations comme quoi les Moudjahidine du peuple tenteraient de commettre des opérations violentes en Europe et en France. Le 27 juillet 2007, le CNRI avertissait le gouvernement français des intentions de Téhéran de diffuser ce genre de rapports mensongers.

La lettre du CNRI précisait que le régime des mollahs tentait par une campagne de désinformation de faire croire que « la résistance iranienne serait en mesure d’entreprendre des actions violentes en Europe, notamment en France. Selon nos informations, des lettres ont été envoyées à cette fin au président de la République ainsi qu’à certains membres du gouvernement ».

On aurait plutôt tendance à souffler ! Il s’agissait d’une fausse alerte. Certains pensent autrement. Là où apparaît la main de Téhéran, le casse-tête commence pour les responsables de la sécurité.

Les objectifs du régime des mollahs

La première motivation de Téhéran est évidente : mener une campagne de désinformation pour persuader les gouvernements européens de maintenir l’OMPI sur la liste du terrorisme alors que cette attribution paraît de plus en plus injustifiée.

La date de l’opération n’est pas le fait du hasard. En effet, ces jour-ci, des juges britanniques se penchent sur le cas de l’OMPI. Depuis la fin du mois de juillet à Londres, un groupe de 35 parlementaires de tous les partis, notamment un ancien ministre de l’Intérieur, assistent à des audiences en faveur de l’OMPI après avoir déposé plainte devant la Commission d’Appel des Organisations Proscrites.

Téhéran n’ignorait pas que les juges sont en phase de délibération après des débats ayant dévoilé l’absence étonnante de preuve contre l’OMPI.

Selon M. Mohadessine: « Craignant une sortie triomphante de l’OMPI de la liste noire, le régime des mollahs, selon des informations fiables, a ordonné à son ministère des renseignements de réussir par n’importe quel moyen de maintenir à tout prix l’OMPI sur la liste noire. »

Mais il existe une autre motivation beaucoup plus inquiétante. Depuis le mois de mai, la répression en Iran a pris des allures infernales avec 45 exécutions publiques en un mois. Les jeunes, les femmes, les opposants et les intellectuels sont raflés et rapidement condamnés à la mort la plus cruelle.

Parallèlement, des agressions contre des réfugiés iraniens opposés au régime ont lieu en Allemagne et en France. Six réfugiés iraniens sont blessés le 17 juin dernier à Paris lors d’une agression à l’arme blanche par des individus soupçonnés d’être des agents de Téhéran.

Depuis l’arrivée du président Ahmadinejad, le personnel du Vevak et des gardiens de la révolution en Europe a augmenté, un signe très inquiétant.

Comme à l’intérieur de l’Iran où il entre dans une phase de répression plus intense, le régime compte-il passer à des actes de terrorisme pour contraindre les occidentaux à céder au chantage dans les négociations sur le nucléaire qui piétinent avec les Européens ou sur l’Irak avec les Américains?

On voit bien que le régime iranien à toutes les raisons de brandir le spectre des attentats en Europe d’autant plus qu’il sème le trouble en les faisant endosser par son opposition.

« Ce que nous observons là sont des alertes bien précises qui s’inscrivent dans un schéma facilement lisible : acculés par les Etats-Unis – tant sur le nucléaire que la participation de Téhéran au terrorisme en Irak – rebellions internes en Iran, tant au niveau civil que militaire, policier et politique, je pense fortement que le déclin du régime des mollahs sait qu’il est non seulement en perte de vitesse, mais à bout de souffle. Seul deux solutions existent : le bombardement américain que réclame le peuple iranien lui-même ou une révolution sanglante pour la libération de l’Iran par le peuple iranien avec l’aide américaine et européenne. Cette dernière solution est déjà en marche, plusieurs hauts gradés iraniens participent en secret à des réseaux de résistance et d’appui, ils éviterons les bombes mais pas les armes ni les cordes par lesquelles passeront les mollahs, ceux-ci savent que la fin est proche », analyse un géopolitologue franco-iranien que nous avons interviewé par téléphone tôt ce matin.

Pour Jean-Paul Ney, grand reporter et directeur de recherche au Centre international de recherches et d’études sur le terrorisme « cette perspective de fin fait que l’Iran accélère son programme nucléaire. Cette menace qui pèse sur les mollahs fait qu’ils se comportent d’une manière encore plus dangereuse : ils augmentent la répression, les exécutions, les manipulations. Tout compte fait ce sont des actes suicidaires. Dans la logique même, la suite sera l’emploi des attentats en occident, comme les mollahs l’ont appliqué jadis pour faire plier l’occident…et la France ».

 
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