Achraf au Palais des Nations : Qui a la responsabilité de protection?
Les pays responsables de ces réfugiés, c’est – à – dire tous ; Tous ceux qui ont signé les traités basiques des Droits Humains.
3500 Iraniens sont en situation précaire dans deux camps : Achraf et Liberty ; sous la menace quotidienne de la police et l’armée irakienne, à la solde des Mollah d’Iran. Les pays libres se doivent d’accueillir ces familles.
Une conférence s’est déroulée le 2 mars sur ce thème au Palais des Nations à Genève. Voici l’intervention de Jean-Charles Rielle, médecin et premier vice-président du Conseil municipal de la Ville de Genève.
Il n’y a pas 36 façons de décrire un camp pourri et bien sur quand on prépare une intervention, on veut faire un certain descriptif. En tant que médecin je me suis attaché à ces conditions plus tôt. Excusez quelques répétitions, mais je pense qu’il est important de dire certaines choses.
Après le report de la date butoir du 31 décembre à la fin du mois d’avril grâce aux multiples activités internationales déployées par la résistance iranienne, nous attendions de l’ONU et du HCR qu’ils commencent les entretiens avec les Achrafiens pour déterminer leur statut de réfugié. Mais une fois de plus, à cause des obstacles posés par le gouvernement irakien et les efforts du régime iranien visant à faire échouer une solution pacifique, ces entretiens n’ont toujours pas commencé.
Coopérant étroitement avec le régime iranien, l’Irak s’est lancé dans de nouvelles intrigues liées au transfert des Achrafiens à l’intérieur de l’Irak et finalement au camp Liberty.
Le 31 janvier, M. Martin Kobler, représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Irak, a publié un communiqué disant que l’infrastructure et les installations du camp Liberty étaient conformes aux normes humanitaires stipulées dans le protocole d’accord.
Examinons en quelques mots l’état technique et sanitaire du camp Liberty et des images vous ont été projetées tout à l’heure, c’est vrai que les images sont plus fortes que tout mot que l’on peut mettre dessus.
Le déploiement des forces de police dans le camp est tel que la vie privée des gens est constamment sous surveillance et dans la pratique, il n’est reconnu aucune intimité aux résidents.
Dans plusieurs points du camp des caméras performantes ont été installées ainsi que des dispositifs d’écoute pour contrôler tous les mouvements dans le camp. Il s’agit de moyens de harcèlement et de torture psychologique qui avaient déjà été dénoncés clairement à Achraf.
Le manque d’eau et l’état hors d’usage des canalisations sont aussi une source de très grande préoccupation.
La moitié du camp est privé d’électricité. La capacité des deux générateurs existant est bien en deçà des besoins. Le carburant qui leur est nécessaire n’est pas fourni. Les habitants sont obligés dans la journée de se priver de tout appareil de chauffage. Il n’y a pas de possibilité de cuire des repas et il fait froid partout.

En plus de la pénurie d’électricité, la distribution d’eau et l’évacuation des eaux usées ne fonctionnent pas. Les égouts se déversent dans la cour. Nous avons vu les images tout à l’heure. A l’heure actuelle, le niveau des eaux de la fosse septique est monté jusqu’à un mètre des murs de la première rangée des bungalows. La situation sanitaire du camp est dangereuse. La fosse septique des forces de la police s’ouvre au beau milieu de l’espace des habitations, diffusant une terrible odeur et polluant l’atmosphère en menaçant grandement la santé des habitants.
Le fait que les fosses septiques ne soient pas vidées et que les eaux usées débordent dans le camp, crée d’énormes risques sanitaires. La plupart des toilettes sont hors d’usage et privées d’eau ou leurs canalisations sont hors d’usage.
Le 23 février la canalisation principale des égouts de Liberty s’est rompue et les eaux usées se sont déversées dans une grande partie du camp. Les habitants ont réussi à arrêter la progression des eaux à un mètre des bungalows.
Le rapport technique du 30 janvier et le communiqué du 31 janvier de la MANUI sur les infrastructures de Liberty sont totalement en-deçà de la vérité et le transfert des Achrafiens à Liberty s’avère être une mesure illégale et une violation manifeste des normes humanitaires.
Le 21 février, une consultation médicale, ça a été dit tout à l’heure mais je le répète en tant que médecin, pour un malade cancéreux n’a pu se faire à cause du retard de plusieurs heures imposé par des agents irakiens. Ce rendez-vous avait été pris depuis longtemps et les agents irakiens en étaient informés.
Je vous rappelle qu’on s’était battu sur Lausanne et sur Genève pour faire venir des blessés ici en suisse. Nous attendons encore certaines possibilités. Mais c’est vrai que ce n’est pas simple et on s’en aperçoit avec Achraf.
Pour reprendre les termes du représentant spécial, il est possible que le séjour des Achrafiens dans ce camp dure plus deux ans.
Les assurances minimales qui doivent leur être accordées sont les suivantes :
– Le transfert de tous les individus et soldats armés et des postes de police à l’entrée du camp et hors des murs.
– Le retrait total des caméras d’espionnage et des dispositifs d’écoute.
– La police ne doit rentrer dans le camp qu’avec la coordination des habitants et sans armes.
– L’accès libre et direct des habitant-e-s aux services médicaux en Irak.
– La liberté de mouvement pour les habitant-e-s.
– La mise en place d’infrastructure en bon état pour les habitant-e-s en particulier pour l’eau potable, l’électricité, les égouts et le système sanitaire.
Pour empêcher que Liberty ne soit transformé en prison, il est nécessaire de satisfaire à ces demandes. En cas contraire, et en particulier si la présence de la police devait se poursuivre dans le camp, Liberty est d’ores et déjà à présent un échec et le transfert d’autres Achrafiens est inacceptable. D’autres transferts ne pourront avoir lieu que si les 400 personnes actuelles peuvent être envoyées dans des pays tiers.
Qui est responsable de ces conditions infernales et de ce dépotoir, comme il a été dit ? Il ne s’agit pas d’un camp de réfugiés mais d’un camp d’internement.
C’est un scandale politique. Les photos que M. Kobler avaient présentées n’ont rien à voir avec la réalité. Qui est responsable d’avoir envoyé les Achrafiens dans ce dépotoir ? Il faut exiger que le responsable vienne en rendre compte, notamment devant la presse.

