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La sale guerre psychologique du régime iranien contre une résidente du Camp Liberty

« Je suis une victime, ils veulent nous tuer ici. »

CNRI – Akram Habibkhani, habitante du camp Liberty, a adressé une lettre à la Haut Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU : «J’ai été l’objet d’une sale guerre psychologique du ministère du Renseignement iranien qui s’inscrit dans un complot tous azimuts contre les résidents d’Achraf et de Liberty pour justifier les mesures répressives à leur encontre. »

Lettre de Mme Akram Habibkhani :

9 juin 2013
Honorable Navi Pillay
Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme

Chère Madame la Haut Commissaire :
Vous souhaitant tout le succès possible pour faire progresser les droits humains au niveau international.

Je m’appelle Akram Habib Khani, j’ai 55 ans, et je suis diplômée de l’Université de Machad en Iran. Je suis membre de l’OMPI et je vis actuellement dans le camp Liberty en Irak.

J’ai fait récemment l’objet d’une sale guerre psychologique menée par le ministère du Renseignement en Iran et c’est la raison pour laquelle je vous écris. Je suis certaine qu’à votre titre d’autorité la plus élevée en matière de droits humains et en tant que femme, vous comprendrez ma situation.

J’ai commencé mes activités politiques en 1977 en tant que partisan de l’OMPI et après la chute du chah je suis devenue militante à plein temps de cette organisation. Depuis 1981, en raison de la répression barbare des mollahs contre les opposants, en particulier les membres de l’OMPI, et des exécutions de masse, j’ai aussi été menacée d’arrestation et de torture. Par conséquent, j’ai dû plonger dans la clandestinité. Au bout d’un certain temps, beaucoup de mes amis partageant les mêmes idées et étudiants à l’université de Machad ont été exécutés et j’ai été obligé de quitter l’Iran. Afin de rejoindre mes camarades pour libérer ma patrie, je me suis rendue en France et avec mon ex-mari Esmaeil Vafa Yaghmaei que j’avais épousé en 1979, j’ai obtenu le statut de réfugiée en France. Plus tard, en 1986, je suis partie avec lui en Irak dans les bases de l’OMPI afin de continuer mon combat.

Pendant la première guerre du Golfe et le blocus intense de l’Irak qui a rendu les conditions de vie très difficiles, avec le consentement de mon mari, j’ai envoyé mon fils Amir en Suède pour y vivre dans une famille iranienne honorable qui avait accepté sa tutelle pour lui sauver la vie.

Depuis notre départ en Irak, vu les âpres conditions de la lutte et de la vie en Irak, M. Yaghmaei avait des problèmes pour y rester et il a commencé à faire pression sur moi pour quitter les rangs de la lutte, quitter l’Irak et retourner à une vie normale. J’ai essayé de supporter les pressions et l’OMPI m’a conseillée de ne pas briser mes liens familiaux. Même pour améliorer la situation, l’OMPI nous a ramenés en France. Au bout d’un moment, j’ai de nouveau demandé à retourner en Irak.

Mon ex-mari qui ne pouvait plus continuer la lutte dans les conditions complexes et difficiles en Irak a été envoyé en Europe par l’OMPI sur sa propre demande. Cependant, résolue à poursuivre mes activités pour mes idéaux, je n’étais plus prête à retourner en Europe.

Enfin, il y a vingt ans, en 1993, j’ai officiellement demandé le divorce et je n’ai pas eu de correspondance avec lui depuis. Lui aussi a vécu en Europe et s’est remarié ; il a fondé une nouvelle famille.

En 1997, mon fils Amir Yaghmaei, à sa propre demande et sur la proposition écrite de son père, est venu au camp d’Achraf où je vivais. Ni moi, ni l’OMPI n’avions envie qu’il vienne en Irak, mais en raison de son insistance et celle de son père, nous avons accepté.

Quelques années plus tard, Amir a renoncé à l’idée de vivre en Irak et s’est adressé aux forces américaines puis a été transféré dans un camp appelé TIF avant d’être transféré en Suède.

Aujourd’hui, vingt ans après notre divorce absolu, Esmaeil Yaghmaei a essayé de publier de fausses informations sur moi en disant que je m’étais « suicidée ou [que j’étais] morte dans des circonstances suspectes » ou bien que j’avais des problèmes avec l’OMPI, mais que l’on empêchait la diffusion des nouvelles. Ces mensonges sont généralement publiés dans les sites internet affiliés au Vevak.

Pour justifier ses allégations sur mon suicide éventuel, il a mis en avant le suicide de ma sœur aînée en le qualifiant de nouvel incident causé par ma situation et les pressions exercées sur moi et le fait qu’elle était loin de moi. Or ma sœur s’est suicidée il y a 10 ans ; elle était une des victimes du régime misogyne en Iran.

Quelques jours après la publication de mes photos et de la nouvelle suspecte de ma mort, Esmaeil Yaghmaei a publié un article intitulé « Message à Mme Akram Habib Khani ». Tout en m’insultant copieusement, il écrivait : « J’ai émis cette hypothèse que toi aussi tu as pris tes distances avec les positions de l’OMPI après tant d’années ou en d’autres termes que tu abandonnes la lutte. » Il poursuit en annonçant bassement sa volonté de me «sauver» !

Sous le prétexte de cette fausse nouvelle, Esmaeil Yaghmaei a publié des photos personnelles de moi et diffusé beaucoup de mensonges et d’insultes contre l’OMPI. Les articles de M. Yaghmaei ternissent mon image et sont une torture psychologique pour moi. Ses fausses allégations sont aussi criminelles et légalement passibles de poursuites.

Il y a dix ans, d’une manière similaire, son frère Abolghassem Yaghmaei, un élément du Vevak et chargé de l’association Nejat affiliée au Vevak dans la ville de Yazd, est venu à Achraf pour me « sauver ». Il voulait m’encourager à retourner en Iran et à céder au fascisme religieux au pouvoir en mon pays, mais j’avais refusé de le rencontrer.

La diffusion de ces fausses informations a sérieusement inquiété ma famille, d’autant plus que le Vevak avait déjà donné de fausses informations sur la mort de ma mère et d’autres membres de ma famille qui ont fait tomber ma mère gravement malade. Maintenant, vous pouvez imaginer lorsque ces mensonges sont propagés par mon ex-mari en abusant de mon fils sur les sites internet, quel effet cela aura sur ma famille et ma mère âgée et malade.

Chère Madame la Haut Commissaire,

Ce n’est pas la première fois que des hommes qui ont renoncé à la lutte, ont poussé leurs épouses à les rejoindre. Par exemple Mme Leyla Ghanbari et Mme Mahine Nazari, membres de l’OMPI, ont été poussés dans les années 90 à renoncer à la lutte par le Vevak via leurs ex-maris.

Cependant, la scène à laquelle je suis confrontée est bien différente : elle s’inscrit dans une intrigue tous azimuts contre l’OMPI et en particulier contre les résidents d’Achraf et de Liberty par le Vevak qui s’est intensifiée ces dernières semaines. Le régime iranien tente de justifier les mesures répressives du gouvernement irakien et les siennes contre Achraf et Liberty en diffusant ces mensonges. Auparavant, le Vevak et ses agents irakiens au camp d’Achraf nous ont torturés psychologiquement pendant 667 jours avec plus de 300 haut-parleurs 24/24H en nous appelant à capituler aux mollahs. Maintenant, cette sale guerre psychologique prend une nouvelle forme avec ces mensonges.

Il n’est pas nécessaire de dire que l’OMPI est une organisation composée d’hommes et de femmes qui se sont rassemblés volontairement pour lutter contre les mollahs misogynes au pouvoir en Iran et instaurer un Iran démocratique fondé sur les droits humains et l’égalité des sexes. Personne n’a rejoint ce groupe ou n’y est resté contre sa volonté. C’est une réalité qui a été prouvée au cours de nombreux entretiens privés avec chacun d’entre nous, y compris moi-même au camp d’Achraf et au camp Liberty par les différentes agences américaines de renseignement, le CICR et le HCR et toute personne ayant le moindre bon sens le reconnaîtra.

La direction de l’OMPI à diverses occasions a appelé les habitants, moi y compris à quitter le camp et à s’adresser aux forces américaines et aux forces irakiennes tout en recevant une aide financière de l’OMPI, si elle ou il ne peut supporter la difficile situation des camps d’Achraf et de Liberty.

Madame Pillay,
Votre intervention personnelle est nécessaire pour condamner et désamorcer ce genre d’intrigue contre les résidents d’Achraf et de Liberty, en particulier les femmes, dans ces camps. Les complots directs et indirects du régime iranien à notre encontre à Achraf et Liberty via des individus comme Esmaeil Yaghmaei préparent le terrain à la répression des habitants et à leur torture psychologique. Ces deux points entrent dans le cadre de votre responsabilité de Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Alors que Martin Kobler dans une partialité extrême en faveur du gouvernement irakien ignore les violations de nos droits humains et provoque cette guerre psychologique contre les habitants avec des mensonges fabriqués, votre intervention est encore plus urgente.

Je vous remercie d’avance, Madame la Haut Commissaire, pour l’attention que vous porterez à cette question.

Respectueusement,
Akram Habibkhani

Copie à :
– Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU
-António Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés
– Alejo Vidal Quadras, vice-président du Parlement européen
– Ileana Ros-Lehtinen présidente de la sous-commission du Moyen-Orient du Congrès américain
–  Struan Stevenson, président de la délégation du PE pour les relations avec l’Irak