mercredi, février 8, 2023
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La mort du lac Oroumieh révèle un problème plus vaste en Iran

CNRI – Los Angeles Times:  Lac Oroumieh, Iran – Un spectacle étrange et de désolation accueille les visiteurs sur la rive aride de ce qui fut autrefois un vaste lac au nord-ouest de l’Iran. Des bateaux rongés par la rouille reposent coincés dans une boue noire et profonde. Des chiens errants flairent la pourriture laissée sur les bancs des plages ou dans les bungalows abandonnés.

 

 

Le lac Oroumieh a jadis compté parmi les plus grands lacs salés du monde: 145 km de longueur sur 55 km de largeur. Aujourd’hui il n’est que l’ombre affligeant de lui-même. Les vastes espaces qui furent autrefois des havres de vacances, se sont transformées en des étendues de boue asséchée par le soleil, si solide que « les camionnettes et les tracteurs peuvent y parcourir des kilomètres », affirme Hojjat Jabbari, un expert travaillant au Département de l’environnement dans la ville d’Ouroumieh.

 

Au cours des deux dernières décennies, affirment les experts, une combinaison toxique de pratiques d’irrigation effrénée et de gaspillage, la construction de barrages sur les affluents, la sécheresse prolongée et le réchauffement climatique, ont accéléré le déclin de ce lac légendaire, cité dans les récits historiques de divers civilisations depuis des millénaires.

 

Aujourd’hui, ajoutent l’expert de l’agence environnementale de l’Iran, le lac Ouroumieh, situé sur une vaste plaine bordée de montagnes escarpées, ne contient plus que 5 % de l’eau qu’il contenait il y a tout juste 20 ans. Ce déclin rapide fait partie d’un problème beaucoup plus vaste auquel doit faire face la république islamique, dont la plus grande partie est déjà désertique. Certains analystes suggèrent que l’eau devra bientôt être rationné dans la capitale, une mégapole de 12 millions d’habitants.

 

En janvier, le quotidien centriste Shahrvand révélait que sur les plus de 700 villes iraniennes, 517 sont « au bord de la crise de l’eau », avec la perspective d’une pénurie d’eau potable, surtout durant la saison chaude. Ces dernières années, plusieurs grandes rivières iraniennes se sont asséchées, tout comme Hamoun le troisième plus grand lac de l’Iran, au sud-est du pays.   » L’Iran est en train de devenir un désert inhabitable. Mais ne pensez pas que cela arrivera demain. C’est déjà arrivé! », a alerté l’ancien ministre de l’Agriculture Issa Kalantari dans la presse locale.

 

Avec les préoccupations économiques et de sécurité qui dominent le discours officiel, la sensibilisation à l’environnement a été lent à s’affirmer en Iran. La République islamique a terminé en 83e position sur les 178 pays classé récemment par le Environmental Performance Index, qui suit les différents indicateurs de l’environnement, la santé publique et la vitalité des écosystèmes.

De graves pollutions atmosphériques à Téhéran et d’autres villes obligent régulièrement la fermeture des écoles et des établissements publiques.

 

Selon les experts, de futures pénuries d’eau sont susceptibles de se faire sentir encore plus intensément dans le secteur agricole de l’Iran, qui représente environ 13 % de la production du pays et près d’un quart de ses emplois. Les écologistes avertissent par ailleurs que les sels toxiques provenant des rives desséchées du lac Oroumieh risque souiller durablement les terres agricoles des environs.

 

Dans certains cas, la politiques de l’eau et les effets des pénuries ont alimenté des protestations populaires de grande envergure, un développement que les autorités appréhendent avec angoisse. Les manifestants en sont venus à en découdre avec la police à Varzaneh dans la province d’Ispahan pendant plus d’un mois de protestations l’an dernier, contre le détournement de l’eau par le gouvernement vers d’autres régions.

 

En 2011 , la police a arrêté des dizaines de personnes mobilisées pour sauver le lac Oroumieh, une source de fierté pour les 3 millions qui vivent dans son voisinage, dont une grande majorité d’Azéris (turcophones). Selon les autorités, les manifestants ont été arrêtés pour avoir manifesté sans permis, mais militants soupçonnent le régime d’hostilité envers la population azérie.

 

Il y a vingt ans, le lac Oroumieh était encore une destination populaire pour les vacanciers. Les touristes étaient émerveillés par la multitude de flamants roses, de pélicans et d’autres oiseaux des rivages. Ils se baignaient dans ses eaux salées et s’enveloppaient de sa légendaire boue noire, réputé pour ses vertus médicales pour guérir les articulations. Certains l’appelaient la version iranienne de la Mer Morte.

 

 » Je me souviens ma défunte grand-mère nous dire que personne n’était ne risque la noyade, que c’est impossible de sombrer dans l’eau salée», se rappelle Ameneh Saïdi , 33 ans, secrétaire à Téhéran , qui venait régulièrement en vacances au bord du lac avec sa famille. «Nous avions l’habitude de rester jusqu’aux premiers heures de la matinée, s’amusant et se baignant. « 

 

Aujourd’hui on peut atteindre en véhicule les quelque 100 petites ilots qui furent autrefois le trait de caractère du lac et un havre pour la faune et les humains. Les écologistes sont divisés sur la possibilité d’inverser le sort du lac Oroumieh. Mohammad Darvish, un officiel de l’ Agence nationale de l’environnement, est optimiste.  » Cela peut prendre 10 ans, mais le lac salé pourra être sauvé », a-t-il estimé dans une interview. « Si la pluie et les chutes de neige sont bien gérées, nous pouvons canaliser assez d’eau pour faire revivre le lac. »

 

Cependant, le gouvernement central, à court d’argent, ne montre aucun signe d’enthousiasme pour se lancer dans une campagne massive et coûteuse pour restaurer l’ancienne gloire du lac. Beaucoup d’Iraniens semblent déjà résignés à sa disparition.

 

Pour certains, la mort du lac Oroumieh sert d’allégorie noire pour illustrer le sombre avenir qui attend la jeunesse iranienne, instruite mais sans perspectives. Une récente pièce de théâtre à Téhéran, « Dans la terre Salée », compare « le lac mourant » à l’espoir évanescent de voir rebondir l’économie moribonde du pays, malgré les promesses de jours meilleurs par le président Hassan Rohani, élu l’an dernier.

 

En contemplant le bassin noirci du lac Oroumieh à partir de ses lugubres rivages, il est difficile d’imaginer qu’il renaîtra bientôt de ses cendres. Les pélicans et autres oiseaux qui jadis animaient son beau paysage, se sont déplacés vers des demeures plus hospitalières, laissant derrière eux un paysage repoussant et spectral.

 

« Pour le moment, les oiseaux migrateurs prennent refuge dans les zones humides », explique Jabbari, le scientifique local qui nourri toujours l’espoir de voir un jour l’Oroumieh flétri, retrouver sa vitalité d’antan. « Ils volent sur le lac mourant chaque jour de moins en moins. »