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« On ne pas compter sur la MANUI pour un rapport impartial sur le massacre d’Achraf » – Taher Boumedra

CNRI – « La réalité sur le camp d’Achraf, c’est que personne ne peut pénétrer dans le camp sans la participation active des forces de sécurité irakiennes. Quand je dis forces, je veux dire l’armée et la police », a déclaré le 12 septembre dans une réunion au Parlement britannique à Londres Tahar Boumedra.

Cet ancien directeur du bureau des droits de l’homme de la Mission d’assistance des Nations Unies en Irak (MANUI) et conseiller du Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Irak, a été trois ans en charge du dossier d’Achraf à la MANUI. Voici les moments forts et les révélations lors de son intervention :

« Dans le nord du camp il y a un bataillon d’Irakiens, qui fait partie du cinquième régiment d’une brigade armée. Ils sont là avec des BMP, des véhicules blindés de fabrication russe, qui ont été utilisés pour tirer sur les résidents.

 

A l’est, en bas de la Porte des Lions, vous avez la base qui sert de QG à l’armée irakienne à Achraf et vous avez la police. A l’intérieur du camp, il y a un poste de police qui a été désigné comme la cause de l’attaque d’avril 2011. 

Alors, si vous regardez une carte d’Achraf, tout d’abord, vous voyez que nous sommes dans le désert où tout est plat ; la seule chose qui soit élevée, ce sont les tours. Autour d’Achraf il y a ces tours de guet et au pied de chaque tour il y a deux BMP avec les canons dirigés vers les zones d’habitation.

Lorsque je me rendais à Achraf, avant d’atterrir, on survolait les alentours du camp et on pouvait voir les mouvements sur le terrain. Je peux vous dire que pas même un renard n’aurait pu pénétrer dans le camp sans être détecté par l’armée irakienne et la police.

Le 8 avril 2011, on m’avait confié la mission d’enquêter sur le terrain. Avant d’aller à Achraf tôt dans la matinée du vendredi 8 avril 2011, je me suis rendu au domicile de Fallah Fayaz, le conseiller à la sécurité nationale et président du Comité d’Achraf et responsable de toutes les affaires liées à Achraf.

Je lui ai dit, je l’ai supplié d’arrêter immédiatement l’attaque du 8 avril. Je lui ai parlé vers huit heures du matin et je savais que déjà 17 personnes avaient été tuées. Il m’a répondu les yeux dans les yeux : arrêtez de répandre des rumeurs, il ne se passe rien. Je lui ai dit d’accord, s’il ne se passe rien, est-ce que je peux prendre tout de suite l’hélicoptère pour aller à Achraf ? Il a dit non, vous ne pouvez pas. Je lui ai expliqué que c’était dans l’intérêt du gouvernement irakien de me laisser y aller parce que si rien ne se passait, je pouvais faire taire ces rumeurs en revenant et en expliquant que rien ne s’était passé. Il a dit non, vous ne pouvez pas y aller.

Finalement, j’ai pu y à aller le 13 avril 2011. Jusqu’à la dernière minute avant d’entrer dans le camp, j’ai parlé au médecin d’Achraf, le Dr Omar. Je lui ai demandé : s’il vous plaît dites-moi ce qui s’est passé. Là encore, le médecin irakien du camp d’Achraf m’a dit que rien ne s’était passé, et là je n’étais qu’à 500 mètres de 28 corps.

La raison pour laquelle je vous dis cela, c’est parce que de mon expérience, je sais que rien ne peut se passer à Achraf sans la participation directe de l’armée et la police irakiennes. Je sais aussi de l’expérience que le gouvernement de l’Irak a délibérément planifié cette opération bien à l’ avance.

Pour ceux qui suivent ces événements, la première semaine d’août de cette année j’étais à Paris et en mai de cette année aussi. J’ai dit qu’il y aurait une attaque très prochainement. Je ne je lisais dans une boule de cristal. Je le savais. Ils n’ont pas arrêté de le dire eux-mêmes : « nous le ferons.» Alors maintenant, nous savons ce qui s’est passé et nous connaissons la réalité. Les Irakiens vont essayer de diluer cette affaire en mettant en quelque sorte le blâme sur les autres et en essayant de se laver les mains de ce crime.

Je peux vous dire que les ordres ont été donnés par le gouvernement irakien et je précise, c’est le Comité d’Achraf dirigé par le conseiller à la sécurité nationale Fallah Fayaz qui en a donné l’ordre. Je fais là une allégation grave, mais je vous dis de mon expérience sur le terrain, de mon interaction avec le Bureau du premier ministre et de ce qu’ils m’ont dit eux-mêmes.

Le jour où j’ai rencontré Fallah Fayaz avec mon rapport et les photos du carnage d’Achraf, il m’a finalement dit qu’ils allaient enquêter, mais pas selon nos termes, selon les leurs. Ils ont fait une enquête conformément à leurs termes : ils ont posé les corps de certaines victimes sur la table et ont pris quelques photos de ces victimes et nous les ont présentées, à moi et à la communauté diplomatique, comme preuves que c’était les Achrafiens eux-mêmes qui s’étaient entretués.

Je leur ai dit directement : Ne pas distribuez pas ce rapport parce qu’il va nuire à votre crédibilité ; cela va saper la crédibilité du gouvernement irakien. Ce n’est pas dans votre intérêt de simplifier la situation de cette façon.

Le massacre d’avril 2011 nous a beaucoup appris, j’en ai fait le rapport, mais je n’ai pas été autorisé à faire passer le message à l’extérieur de l’Irak. J’ai dû le passer secrètement, l’exfiltrer en quelque sorte, de manière irrégulière, faire passer ce rapport à Genève. Une fois arrivé à Genève, il a été rendu public.

Je dis cela juste pour mettre un point d’interrogation sur la MANUI. Je suis désolé de le dire, sans cibler quelque individu que ce soit, mais la MANUI ne sera pas impartiale. Pourquoi ? En dehors de ce qui s’est passé l’an passé, la structure même de la MANUI ne lui permet pas d’être impartiale.

Comment les choses fonctionnent au sein de la MANUI ? Il y a deux institutions au sein de celle-ci qui sont étroitement liées au système de sécurité du gouvernement irakien : à savoir, une organisation appelée POLAD. Il s’agit des conseillers de la police chargés de mission auprès de la Mission de l’ONU, dirigés par un officier irakien. Alors Polad conseille la MANUI sur chaque question liée à Achraf.

La deuxième institution s’appelle Mylad. Ce sont des officiers de l’armée qui conseillent la MANUI. Certains appartenaient à l’ancienne coalition qui a mené la guerre en Irak. D’autres sont des Jordaniens et des Irakiens. Mylad tient ses briefings avec le chef d’état-major de l’armée irakienne à Bagdad. Sur le terrain rien ne se passe sans la contribution de Mylad et Polad. Quand vous dites Mylad et Polad, cela signifie l’appareil de sécurité irakien.

C’est pourquoi, lorsque nous demandons à la MANUI d’enquêter, je peux vous dire que ce sera dur, qu’il n’y a aucun moyen pour le Mylad de faire un rapport indépendant, impartial et transparent. Ce que nous aimerions voir, c’est une véritable partie indépendante et impartiale pour qu’elle vienne enquêter sur la situation. Le massacre de 52 personnes, comme nous l’avons vu dans ce clip, relève, selon tous les critères, d’un crime contre l’humanité.

Nous ne pouvons pas permettre à une structure de l’ONU de présenter un rapport édulcoré concluant à une sorte d’incident regrettable !  Ils diront incident ; mais ce n’est pas un accident regrettable, c’est un crime, crime prémédité commis contre des personnes protégées. J’appelle les ONG à vérifier ce que je dis.
Je voudrais également appeler les missions diplomatiques à Bagdad que je conseillais sur les questions relatives aux droits de l’homme en Irak d’habitude une fois toutes les deux semaines. Je voudrais les appeler à examiner la question sur le terrain parce que beaucoup de missions diplomatiques se cachent derrière la MANUI. Tout le monde dit qu’ils soutiennent ce que la MANUI fait, mais ils savent aussi que la MANUI ne peut pas être indépendante dans son travail et qu’elle est à Bagdad pour soutenir le gouvernement de l’Irak. Si elle refuse, sa mission sera terminée, son contrat résilié.

Dans ce cas, nous ne pouvons pas compter sur la MANUI pour présenter un rapport indépendant et impartial. Nous ne pouvons pas compter sur l’ensemble du système des Nations Unies d’enquêter sur cet incident, nous voulons une organisation impartiale, véritablement indépendante pour se pencher sur cette question parce que nous assistons à des crimes contre l’humanité. Ils se produisent et se produiront encore et encore.

Permettez- moi de dire un dernier mot : cette attaque, le massacre de 52 personnes n’est pas le dernier. Il se reproduira parce que tout l’objectif est, à terme, d’arrêter et d’extrader les personnes dont les noms figurent sur une liste des résidents et qui sont en ce moment au Camp Liberty. Alors nous allons encore assister à une autre attaque sur Liberty. Que la communauté internationale prenne cette affaire enfin au sérieux et agisse pour que tout cela s’arrête !

http://www.youtube.com/watch?v=aJSwLrC9UiU