lundi, janvier 30, 2023
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« La question d’Achraf a eu la qualité unique de créer un bipartisme à Washington rarement vu sur un autre point » – Ruth Wedgwood

CNRI – « La Responsabilité de Protéger, est à la base un idéal de l’ONU. C’est pourquoi la mission même de l’ONU a pour obligation fondamentale d’enquêter sur les circonstances dans lesquelles les habitants et les résidents d’Achraf n’ont pas été correctement traités. Encore une fois, il ne suffit pas d’avancer la souveraineté de l’Irak comme excuse pour renier ce genre d’obligation », a déclaré Ruth Wedgwood le 2 décembre à Bruxelles.

Cette éminente juriste américaine qui occupe une chaire de droit international et de diplomatie à l’université John Hopkins, experte en règlement et politique du maintien de la paix à l’ONU, membre du Conseil de relations étrangères et ancien membre du comité  consultatif du Département d’Etat, s’exprimait lors d’un symposium dans la capitale belge sur les obligations de la communauté internationale vis-à-vis d’Achraf. Etaient rassemblées des sommités du monde politique et juridique international, et l’invitée d’honneur était Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne.

Voici les points forts de son intervention:

J’ai été invitée à parler de la responsabilité de protéger qui est un terme technique, mais aussi un emblème d’une idée plus large. Il pourrait ne pas être familier à ceux d’entre vous qui n’ont pas, comme je l’ai fait, fréquenté la communauté des Nations Unies. Mais c’est un concept qui a eu une grande attraction à la fin des dix années de mandat du Secrétaire général Kofi Anan, et qui a connu des interprétations différentes. Cependant l’idée à sa base est encore importante.

L’idée que la souveraineté donnée par Dieu n’est pas dénuée d’obligations. Que l’on ne peut être insouciant de la population dont on représente les intérêts ; qu’il n’y a pas de nation pouvant vraiment revendiquer le pouvoir d’abuser de sa propre population. Et dans ce petit livre marron, qui est peut être toujours en vente à la librairie des Nations Unies, dans ce qu’on appelle un « groupe de haut niveau » qui a été transmis par Kofi Annan en 2004, l’idée de la responsabilité de protéger sa population, l’ensemble de sa population, y compris les étrangers qui vivent dans le pays, comme des personnes protégées, a été annoncé par un panel d’hommes et de femmes d’Etat extrêmement importants : Sadako Ogata, qui est haut commissaire pour les réfugiés; Robert Badinter, qui était l’ancien président du «Conseil Constitutionnel» français ; Garren Evens, qui était le ministre australien des Affaires étrangères ; Amr Moussa, qui était l’ancien Secrétaire général de la Ligue arabe et l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Égypte; Salim Salim, l’ancien premier ministre de Tanzanie, l’ancien premier ministre russe Primakof, Nafiss Sadagh, ancien envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies, et Bran Scowcroft, ancien conseiller de sécurité nationale aux États-Unis.

Dans le rapport, la chose la plus dramatique qu’ils aient fait, je pense, c’est de dire que la R2P est un slogan qui devrait se graver dans le cœur humain. La responsabilité de protéger marie les préoccupations des droits de l’homme avec la puissance souveraine de l’État. Et il ne comporte pas la moindre idée d’une catégorie exclue d’apatrides, de personnes sans statut. Il dit que la souveraineté est conditionnelle. Mais elle est plutôt conditionnée à la volonté de prendre soin des intérêts du peuple que vous gouvernez, qu’ils soient citoyens ou résidents étrangers. Et je pense que c’est ce qui est en grande partie en jeu ici dans la situation du camp d’Achraf.

Le gouvernement Maliki peut dire ce qu’il veut, néanmoins par les actions du gouvernement irakien et la protection fournie précédemment par les Américains et leurs alliés militaires de l’intervention, les résidents du camp d’Achraf ont reçu la promesse d’une protection contre les mauvais traitements. Et ce n’est pas une promesse qui peut être désavouée par hasard ou tout simplement comme cela, simplement parce que cela convient à un gouvernement particulier de coalition en Irak. Elle ne peut certainement pas être désavouée pour la convenance de céder au régime voisin de M. Ahmadinejad, qui pourrait aimer avoir une plus grande influence en Irak, comme il cherche à le faire aussi au Liban, en Syrie et dans toute la région, souvent avec de très mauvais effets.

J’imagine qu’il y aura une prochaine visite des Nations Unies au camp d’Achraf, du moins en Irak, de la MANUI dirigée par M. Ad Melkert. Certes, l’idée de la R2P, la Responsabilité de Protéger, est à la base un idéal de l’ONU. C’est pourquoi la mission même de l’ONU a pour obligation fondamentale d’enquêter sur les circonstances dans lesquelles les habitants et les résidents d’Achraf n’ont pas été correctement traités. Encore une fois, il ne suffit pas d’avancer la souveraineté de l’Irak comme excuse pour renier ce genre d’obligation.

On ne discute pas beaucoup de R2P au Capitole, et je ne suis pas sûr que de nombreux membres du Congrès parlent le langage du droit international. Mais je dois mentionner que la question d’Achraf a eu la qualité unique de créer un bipartisme à Washington rarement vu sur un autre point. Vous avez Dona Rohrabacher, républicain de Californie, vous avez Ileana Ross-Lehtinen, républicaine éminente de la commission des Affaires étrangères de la Chambre, vous avez Bob Filner, démocrate de Californie, président de la commission Anciens Combattants des de la Chambre; Brad Sherman président de la sous-commission des affaires étrangères sur le terrorisme de la Chambre … Il y a des gens qui d’ordinaire ne pourraient pas coopérer autant sur toutes les questions. Mais sur ce point, peut-être parce qu’il y a une très grande communauté irano-américaine en Amérique qui se soucie de ses frères à l’étranger, peut-être à cause de points communs sur cette question. Il ya eu beaucoup d’unité de voix et d’examen au Congrès pour essayer de pousser le Département d’Etat à prendre une part très active et la meilleure façon de le faire a été d’appeler la personne pour une audience et lui demander ce qu’elle a fait ces derniers temps, ou n’a pas fait … Et il ya eu bien sûr une volonté de créer une voix internationale suffisante pour faire impression sur le régime irakien et le régime iranien.

Une chose qu’il me faut dire, à propos du caractère emblématique de la politique, comme le meurtre de Neda, la jeune femme à la manifestation à Téhéran. Il arrive souvent que des régimes pugnaces et oppressifs puissent créer des symboles ayant une attraction forte qui dépasse de loin ce que le régime voulait faire. Et ils ont très bien pu l’avoir fait ici. Créer le symbole d’un blocus autour du camp d’Achraf, en refusant de permettre la livraison de produits de base, va créer un symbole qui sera, je pense, au grand détriment de la stabilité du régime de Téhéran. On peut lire aujourd’hui divers rapports sur les propos sans ambages tenus entre les dirigeants arabes de la région, et ils sont tous préoccupés par la tentative de Téhéran de devenir une sorte d’hégémonie régionale.

Donc je pense que le camp d’Achraf est devenu plus grand que la simple foi des gens là-bas. Tout comme l’humanisme est à la base de mon inquiétude sur la responsabilité de protéger.

R2P fait l’objet de débats à l’ONU depuis un certain temps maintenant. Certains se sont inquiétés de le voir devenir un possible prétexte d’intervention humanitaire armée, d’autres se sont inquiétés de le voir interférer avec la capacité des gouvernements ordinaires à régir leurs activités quotidiennes. Mais il y a encore un engagement de base, même à l’assemblée générale qu’une certaine idée de l’exigence fondamentale selon laquelle un gouvernement tient compte de la nécessité humaine de ses propres citoyens et des étrangers qui sont des résidents. Le sommet des chefs d’Etat de 2005 l’a fait, et l’Envoyé spécial du Secrétaire général a mené de vastes consultations à l’Assemblée générale et dans le monde pour donner corps à cette idée. Et c’est vraiment l’idée de souveraineté du peuple, pas des gouvernements, y compris des gens qui étaient là sur invitation.

Donc, la tentative en ce moment du régime irakien de forcer les résidents, soit dans un camp de prisonniers, où ils seraient dans des conditions de vie intolérables, ou les forcer à quitter le pays, est une des question posée à la R2P. Et les États-Unis, bien qu’ils se soient retirés comme puissance occupante ou force libératrice, sont néanmoins toujours présents dans le pays avec une grande force pour aider le gouvernement irakien à rester stable. Cela nous prouve que la R2P est une obligation qui ne s’étend pas  seulement aux Irakiens, mais puisque nous sommes là-bas, aussi aux Etats-Unis.

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