mardi, février 7, 2023
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« J’espère que ma mort apportera la vie à mon peuple en Iran » Mohammad-Ali Hadj Agha’i

CNRI – Le 24 janvier 2011, Mohammad-Ali Hadj Agha’i et Jaffar Kazemi, deux prisonniers politiques Moudjahidine du peuple étaient pendu par le régime des mollahs en Iran, pour délit de filiation, à savoir s’être rendu à Achraf en Irak pour y voir un parent. Achraf abrite 3400 membres de la principale opposition démocratique aux mollahs, les Moudjahidine du peuple d’Iran. Tous deux anciens détenus politiques des années 80, ils avaient à nouveau été arrêtés en décembre 2009 lors des manifestations de l’Achoura.  En janvier 2011, Mohammad-Ali Hadj Aghaï a écrit cette lettre poignante au Secrétaire général de l’ONU. Elle ne sortira de prison qu’après son exécution. Elle révèle une grandeur âme exceptionnelle. 

Lettre de Mohammad Hadj Agha’i à Ban Ki-moon

Au nom de Dieu et du peuple du monde

Respectable Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies,

Je vous prie d’accepter mes salutations et celles de mes compagnons de cellule. Je vous écris d’Iran, du bloc cellulaire 350 de la prison d’Evine. Il est minuit passé. Tout le monde dort, sauf quelques uns. Certains ne peuvent pas dormir parce qu’ils ont dormi durant la journée. Une personne qui est près de moi voudrait dormir, mais ne le peut pas. Mon ami Mohsen Dokmechi a perdu 20 kg en deux mois en raison de sa maladie. Il souffre d’un cancer et a besoin de traitement et de soins spéciaux, mais on le laisse mourir dans un coin de la prison.

Monsieur Ban Ki-moon,
Je ne peux pas dormir à cause de la douleur. Mais ce n’est pas une douleur physique ou personnelle qui me garde éveillé, mais la douleur historique du peuple de mon pays et la douleur de la cruauté et de l’injustice que nous subissons.

Vous êtes à la tête d’une organisation qui est chargée de protéger les droits fondamentaux des peuples et si un peuple ne peut pas trouver refuge dans son propre pays, il cherche de l’aide auprès de vous. Par conséquent, dans la 6e décennie de ma vie, après être passé par la douleur, l’agonie et l’injustice, je m’adresse à vous pour vous demander d’être notre voix et de transmettre notre message au monde.

Je m’appelle Mohammad-Ali Hadj Agha’i. J’ai été condamné à mort par le juge de la 28e branche du tribunal révolutionnaire de Téhéran. Le juge Moghisseh est celui qui sévèrement torturé et interrogé mes amis et moi-même dans les années 80 et maintenant, non seulement il m’a condamné à mort, mais aussi plusieurs de mes amis.

Respectable Secrétaire général,
Mes mains n’ont jamais été salies par le sang d’un autre et je ne crois pas dans des mesures violentes ou armées. Quand ils m’ont arrêté, je ne portais même pas une pierre ou un bâton. De ma vie, personne ne m’a vu commettre d’acte violent. Pour quel crime moi et ceux qui sont comme moi, devons-nous être exécutés? Est-ce un crime d’avoir des croyances et des idéaux différents? N’est-ce pas un droit que celui de protester ou de critiquer?

M. Ban Ki-moon,
J’ai été emprisonné pendant six ans dans les années 80 et cela a détruit ma famille. Ma vie s’était arrêtée. Mais maintenant, je suis arrêté, jugé et condamné à mort pour le cas précédent, ce qui en soi est injuste. Dans quel pays une personne est-elle reconnue coupable d’une infraction en raison de son passé? Après ma sortie de prison (dans les années 80), j’ai pu organiser ma vie et ma famille en travaillant très dur, mais là encore, ils ont privé ma famille de ses droits les plus minimes et de cette manière, ils nous ont infligé une autre injustice.

Mon fils unique, dont les deux plus jeunes frères sont décédés de maladies et d’autres problèmes dans leur jeunesse, n’est pas autorisé à louer un magasin pour gagner sa vie afin de subvenir aux besoins de sa mère. Mon fils a été en mesure de survivre à la maladie et à d’autres problèmes et il est le seul espoir et soutien de sa mère.
 
Respectable Secrétaire général,
Dans le monde d’aujourd’hui, où l’on parle des droits des animaux, qu’avons-nous fait pour mériter d’être privés de nos droits minimums ? Pourquoi en une année et demie après mon arrestation, je n’ai pas pu voir une seule minute mon avocat ? Pourquoi au bout de sept mois, ma famille n’a pas eu le droit d’avoir un avocat ? Pourquoi …

M. Ban Ki-moon,
Voilà plusieurs nuits que je passe la nuit à penser que ce sera la dernière. Je ne sais pas si cette lettre vous parviendra jamais. Peut-être que lorsqu’elle passera les murs de la prison et vous parviendra, je ne serai plus en vie. Mais cela n’a pas d’importance. Je ne vous écris pas cette lettre pour moi-même, car je ne suis pas le premier ni  le dernier à être exécuté, mais pour un peuple qui subit l’injustice. J’espère que ma mort lui apportera la vie, que mon emprisonnement lui apportera la liberté, que l’injustice qui me frappe lui apportera la justice et que l’insécurité de ma famille lui apportera la sécurité.

Avec l’espoir d’un monde rempli de liberté, de justice et de sécurité

Janvier 2011 – Prison d’Evine