lundi, novembre 28, 2022
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« Il ne faut rien faire qui légitime les mollahs en Iran» (Jacques Desmoulins)

Colloque parlementaire à Paris le 7 juin 2006 sur un changement démocratique en IranCNRI – Un colloque parlementaire était organisé, le 7 juin dernier, à Paris sur la situation iranienne et la volonté du pouvoir intégriste de disposer de l’arme nucléaire. L’invitée d’honneur était Madame Maryam Radjavi, Présidente de la République élue du Conseil national de la Résistance iranienne. De nombreux parlementaires étaient présents, ainsi que Madame Edith Cresson, ancien Premier ministre. Georges Hage était représenté par son attaché parlementaire, Jacques Desmoulin. Celui-ci est intervenu dans le cours du débat, après avoir excusé le doyen de l’Assemblée nationale :

Tout d’abord, ce colloque parlementaire vient à point nommé, puisque le sujet que nous traitons est au cœur de l’actualité de cette semaine, avec bien sûr la rencontre des ministres des affaires d’étrangères des membres permanents du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne le 1er juin à Vienne, l’évolution de la position des Etats-Unis et la visite du 5 juin de Javier Solana à Téhéran pour présenter de nouvelles propositions aux autorités iraniennes.

Vous évoquez Madame la présidente dans votre intervention, la politique de la carotte et du bâton. On en sait un peu plus sur le contenu de la carotte, si j’ose dire, qui relève plus du champ de carottes que de la carotte elle-même d’ailleurs. Car si nous regardons ce qui a été présenté par Javier Solana aux autorités de Téhéran, on constate qu’il est proposé le soutien au programme nucléaire civil des autorités iraniennes, l’accès aux technologies aéronautiques, la levée des sanctions commerciales en particulier de la part des Etats-Unis qui vont permettre notamment l’accès aux pièces de rechanges pour l’aviation civile iranienne, l’accès à des techniques agricoles américaines, et le soutien de la candidature de l’Iran à l’organisation mondiale du commerce, ce qui est évidemment comme une reconnaissance internationale de régime des mollahs.

En échange, mais là encore les informations qui ont pu être transmises par la presse, par l’AFP, montrent que les compensations elles-mêmes ont évolué, puisque on interdira plus désormais à l’Iran d’enrichir l’uranium sur son sol, on l’autoriserait à le faire mais, sous certaines conditions bien évidemment et sous le contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui d’ailleurs doit publier demain un état des lieux de cette politique d’enrichissement de l’Iran.

Il y a donc une évolution de la position internationale qui pose question, comme vous l’avez vous même dit madame la Présidente dans votre intervention. Sur cette situation le régime des mollahs souffle le chaud et le froid, la première réaction des autorités a consisté à dire que les propositions présentées par  M. Javier Solana était à la fois positives et ambiguës, et puis en même temps il y a des déclarations particulièrement scandaleuses en ce qui concerne Israël.

Je lisais lundi un article paru dans le quotidien italien La Repubblica, qui faisait état de déclarations de religieux iraniens, précisant que l’Iran serait prêt à couper la route de transport de pétrole, si elle n’obtenait pas satisfaction à hauteur de 40% des ressources pétrolières qui transitent par là.

Cela m’amène à deux remarques que M. Hage souhaite faire : Les enjeux et ensuite la méthode. En ce qui concerne les enjeux, le souhait des autorités iraniennes de disposer de l’arme atomique semble une évidence. Je crois qu’il y a trois raisons à cela. Il y a sans doute une raison intérieure avec la volonté d’asseoir durablement son pouvoir en Iran et en jouant sur la fibre nationale, sur le patriotisme, en même temps sur la souveraineté et sur la sécurité.
Il y a un deuxième objectif, une deuxième raison, asseoir son pouvoir dans la région, et là on sait tous ce que ça représente comme danger, si on songe au rôle que jouent les autorités iraniennes dans le conflit en Irak. Et puis je crois vous l’avez évoqué également Madame la Présidente dans votre intervention, il y a la volonté d’exporter l’intégrisme et de créer un empire islamiste mondial, en sachant que le fossé qui se creuse entre les pays pauvres et les pays riches offre un terreaux fertile à cette possibilité là. Et tous cela le film vient de nous le montrer, c’est au prix de la barbarie et d’un incroyable recul de civilisation en matière de droit de l’Homme, en matière également  de droit des femmes.

Alors certes, il y a bien des pays au monde qui souhaiterait accéder à l’arme nucléaire, mais la question se pose un peu différemment pour l’Iran. Car toute question de ce genre pourrait être examinée, encore que ce serait enfreindre l’exigence de non prolifération nucléaire, mais en l’occurrence, on n’est pas dans une logique de dissuasion. On est malheureusement avec le régime iranien dans la perspective d’un recours possible au nucléaire pour asseoir sa domination ; le nucléaire comme une sorte d’arme de la guerre sainte. Là évidemment, l’enjeu n’est pas seulement iranien ou régional, ce qui serait largement suffisant pour intervenir, mais il est planétaire.

Cela m’amène à une dernière remarque sur la méthode, au regard de cet objectif, comment se positionne la communauté internationale, comment se positionne l’Union européenne, comment se positionne la France ? Il y a bien sûr la possibilité de l’usage de la force comme le prônaient les Etats-Unis il y a seulement quelques semaines. Nous savons sur quoi ça débouche, le chaos et guerre civile en Irak sont là pour nous le montrer, d’autant que ça s’accompagne d’une installation de l’intégrisme. Ça serait sans doute la pire des solutions.

Alors il y a ce que vous avez dit, la carotte et le bâton. Je dirai la politique du donnant – donnant et on voit bien que les propositions faites par M. Solana au nom du groupe des six vont dans ce sens.

Je crois que néanmoins cette stratégie comporte des pièges. D’abord l’Iran d’aujourd’hui, son pouvoir n’offre aucune garantie durable, il n’est que de constater l’évolution permanente des positions de l’Iran sur les questions que nous traitons et notamment le nucléaire. La deuxième interrogation, et elle est majeure, c’est que toute politique de donnant-donnant, dans les termes d’aujourd’hui, fonde une respectabilité au pouvoir iranien. Or c’est précisément ce qu’il veut pour durer et prospérer. C’est donc une voie extrêmement périlleuse et dangereuse.

C’est pourquoi avec M. Hage nous partageons votre point de vue sur la nécessité d’une fermeté de la communauté internationale qui passe par des sanctions, par un embargo, ce devrait être la même chose, pour les mêmes raisons du point de vue de l’Union Européenne.

Il ne faut à ce stade ne rien faire qui légitime les mollahs, à l’inverse, je crois que le moment est venu d’aider les opposants au régime iranien à gagner plus de légitimité. Plusieurs parlementaires se sont fait l’écho de ce souci d’extraire votre organisation et le Conseil national de la Résistance de la liste des organisations terroristes et d’en faire des interlocuteurs à part entière.

Alors, M. Hage de ce point de vue et au stade des propositions que nous pourrions faire, en tant que parlementaire pour faire avancer ce débat, suggère l’idée suivante, qui je crois a au moins deux raisons de pouvoir déboucher.  Puisque la France est engagée dans les propositions qui ont été faites aux autorités de Téhéran, sans doute serait-il utile de demander un débat parlementaire sur les enjeux et la méthode poursuivis par la France, l’Union européenne, la communauté internationale, et comment la France peux faire évoluer sa position.

Je crois que nous pouvons d’autant plus le faire que Monsieur le Président, vous notiez dans votre propos d’introduction, que tous les groupes parlementaires était ici représentés, mais je note également que nous venons de décerner de prix de livre politique 2006 de l’assemblé nationale et il récompense Caroline Fourest pour la tentation obscurantiste, c’est dire si les parlementaires sont sensibles à cette question.

Donc je finirai par des propos que tenait M. Hage lorsque qu’il vous a rendu visite à Auvers-sur-Oise, il vous avait dit ceci : Lorsque je suis venu ici, certains m’ont dit, mais pourquoi vas-tu voir une organisation terroriste ? et Georges Hage avait répondu : ici je n’ai pas vu de terroristes, j’ai vu des résistants à la répression et à la barbarie , j’ai vu des combattants de la liberté. Les terroristes ne sont pas à Auvers-sur-Oise, ils sont à Téhéran et il serait temps que la communauté internationale en prenne la mesure.

Je vous remercie.

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