vendredi, janvier 27, 2023
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L’éditorial du Wall Street Journal: Les maîtres du programme nucléaire de l’Iran

L’éditorial du Wall Street Journal : Téhéran a gardé intact le noyau de son équipe de chercheurs en armements nucléaires. La semaine dernière, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et l’Iran ont publié une déclaration conjointe dans laquelle Téhéran s’est engagé à informer l’Agence à propos de « tout travaux et expérimentation effectués en Iran sur les explosions à grande échelle. »

En un mot : la militarisation, la dimension la plus secrète du programme nucléaire de l’Iran. Le fait que Téhéran a bien voulu aborder ce sujet sera salué par les partisans des négociations en cours comme un signe que ces négociations commencent à produire des résultats.

Jusqu’à présent, le régime iranien avait rejeté les preuves présentées par l’AIEA concernant les travaux effectués en Iran dans le domaine du nucléaire militaire et les avaient qualifiées de « documents fabriqués ». Nous allons croire aux divulgations sincères sur la militarisation du programme nucléaire de l’Iran que lorsque nous les aurons vues. De surcroit, nous avons obtenu un nouveau rapport plausible des Moudjahidine du Peuple (OMPI), un groupe d’opposition iranienne, suggérant que Téhéran a gardé intact le noyau de son équipe de chercheurs en armements nucléaires.

Les tentatives de la République islamique pour développer une bombe atomique datent de la fin des années 1980, lorsque le régime a installé à Téhéran un centre de recherche en physique nucléaire sous la responsabilité du Ministère de la Défense, selon les agences de renseignements occidentales. Durant les années 1990, selon l’AIEA, le régime avait regroupé ses chercheurs en armements nucléaires dans une entité appelée «Plan AMAD » et dirigée par Mohsen Fakhrizadeh, un ingénieur, titulaire d’un doctorat en physique nucléaire et membre de haut-rang du Corps des gardiens de la révolution islamique (pasdaran).

Le Plan AMAD consistait à se procurer des technologies à double usage, développer des détonateurs nucléaires et réaliser des expériences sur les explosions nucléaires par la compression des matières fissiles, selon les agences de renseignements occidentales. D’après l’AIEA, l’apogée des activités du Plan AMAD était dans les années 2002 et 2003, lorsque l’actuel président, Hassan Rohani, dirigeait le Conseil supérieur de la sécurité nationale de l’Iran, avant de devenir le négociateur en chef dans les pourparlers nucléaires avec l’Occident.

A la suite des révélations de l’OMPI en 2002 à propos de deux sites nucléaires en Iran et après l’invasion de l’Irak en 2003 par les Etats-Unis, les mollahs ont apparemment senti la chaleur monter et vers la fin de 2003, ils ont stoppé leurs activités dans le cadre du Plan AMAD. Or, M. Fakhrizadeh et ses scientifiques n’ont pas cessé leurs travaux sur la bombe atomique. L’ancien inspecteur en armement de l’ONU, David Albright, nous a confirmé que « Fakhrizadeh a continué ses activités dans l’industrie militaire où il pouvait travailler sur les armes nucléaires. » Une grande partie des travaux, en particulier sur la modélisation théorique de l’explosion atomique, a été déplacé dans des universités liées au Ministère de la Défense, notamment l’Université technique de Malek Ashtar, basée à Téhéran.

M. Fakhrizadeh a continué à superviser ces activités disparates et très cloisonnés, désormais sous l’égide d’une nouvelle entité, appelée « Organisation des recherches innovantes de la défense, connue aussi sous le nom de « SPND » (son acronyme en persan). L’OMPI a révélé l’existence de la SPND pour la première fois en 2011. Par la suite, ce groupe d’opposition a présenté de nouveaux détails sur la biographie de M. Fakhrizadeh et a publié la première photographie de cet homme de 56 ans. L’Iran a refusé les demandes de l’AIEA qui avait souhaité rencontrer M. Fakhrizadeh pour lui poser un certain nombre de questions.

L’OMPI a également publié la liste des noms de 100 chercheurs travaillant à la SPND. L’OMPI affirme que la SPND n’a pas jamais été dissoute et que le régime de Téhéran a gardé intact le noyau de son équipe de chercheurs en armements nucléaires. L’OMPI précise que le régime iranien a récemment déplacé le siège de la SPND de l’avenue Mojdeh à Téhéran vers l’avenue Pasdaran, probablement pour éviter que les activités de la SPND soient détectées par l’AIEA. L’OMPI ajoute que le nouveau siège de la SPND est situé dans un quartier où il y a plusieurs bâtiments liés au Ministère de la Défense, notamment : un club des gardiens de la Révolution, l’organisation sportive du ministère de la Défense et l’hôpital militaire Chamran.

Selon l’OMPI, pour cacher à l’AIEA la délocalisation de la SPND, certaines activités logistiques de l’Université Malek Ashtar ont été transférées vers l’ancien site de la SPND. L’objectif du régime était d’éviter la fermeture du site, et en cas d’inspections de l’AIEA, pouvoir affirmer que ce site a toujours eu ses activités actuelles. Il ne faut pas s’attendre à ce que le régime iranien change d’attitude et fasse un nouveau geste avant la date boutoir de 25 août 2014, mentionnée dans la déclaration conjointe de l’AIEA et de l’Iran.

Le fait que l’AIEA et les puissances occidentales se tournent maintenant vers la question du programme nucléaire militaire de l’Iran est un signe montrant les avancées considérables de ce programme. Henry Sokolski, du « Center d’éducation sur la politique de non-prolifération » et un ancien directeur de la non-prolifération au Pentagone, nous a confié : « Il y a eu des inquiétudes à propos du programme nucléaire militaire de l’Iran à cause des testes effectués en Iran dans ce domaine… Il y a un danger moral lorsque vous ne faites pas attention à la production de matières fissiles. »

En d’autres termes, après avoir fait des concessions dans le domaine d’enrichissement de l’uranium et avoir  autorisé la République islamique de développer une capacité d’enrichissement de pointe, l’Occident tente maintenant de prévenir la militarisation du programme nucléaire de l’Iran, le dernier verrou contre la nucléarisation de ce pays. La diplomatie de M. Rohani et son ministre des Affaires étrangères, Javad Zarif, est destinée à rassurer les occidentaux qui sont très sensibles à l’égard de la question de militarisation du programme nucléaire de l’Iran.

Cet effet palliatif a été renforcé par le dernier rapport trimestriel de l’AIEA, publié la semaine dernière, dans lequel l’Agence a indiqué que l’Iran a fortement réduit son stock d’uranium enrichi à 20%  et après la mise en application de l’accord provisoire de novembre 2013 n’a pas procédé à enrichissement de l’uranium au-dessus du seuil  de 5 %. Le rapport souligne également que la République islamique est désormais disposée à aborder à un niveau technique le sujet de « possibles dimensions militaires du programme nucléaire de l’Iran », notamment les travaux effectués sur des détonateurs spécifiques et des essais explosifs de forte puissance.

Compte-tenu de l’attitude du régime iranien dans le passé et compte-tenu des nouvelles informations révélées par l’OMPI, on peut pronostiquer que M. Fakhrizadeh continuera à faire son travail, comme il l’a fait jusqu’à maintenant. « Le serpent peut changer de peau, mais garde sa nature », dit un vieux proverbe persan.

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