CNRI – « Ce jour-là, pour protester contre un marchandage honteux avec les mollahs dans la confusion et le danger de l’expulsion vers l’Iran, plusieurs personnes se sont immolées par le feu. Une femme à Londres et une autre à Paris ont perdu la vie, et d’autres personnes ont été gravement blessées. Je suis l’une de ces personnes », a déclaré Marzieh Babakhani à Paris le 18 mai.
Elle s’exprimait à la Maison de la Chimie lors d’une conférence de soutien à la Résistance iranienne. En effet une majorité de députés de toutes les tendances politiques parlementaires appelle le gouvernement français à reconnaître la résistance contre la dictature religieuse en Iran et à envisager d’établir un dialogue avec le Conseil national de la Résistance iranienne.
La conférence tenue à l’initiative du Comité parlementaire pour un Iran laïc et démocratique a réuni pour l’occasion de nombreux députés, Mme Radjavi, présidente élue de la résistance iranienne, Me Henri Leclerc, avocat émérite et président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, Jacques Attali, économiste, écrivain et ancien conseiller de François Mitterrand, Sid Ahmed Ghozali, ancien premier ministre algérien, Aude de Thuin, créatrice du Women’s Forum et François Colcombet, magistrat et ancien député.
Voici le témoignage de Mme Babakhani :
Je suis venue apporter mon témoignage comme victime du raid de la police le 17 juin 2003 à Auvers-sur-Oise contre les bureaux du CNRI et les domiciles de quelques réfugiés iraniens. Une attaque fondée sur l’accusation de terrorisme qui au bout de huit ans a été annulée par la justice. Ce jour-là, pour protester contre un marchandage honteux avec les mollahs dans la confusion et le danger de l’expulsion vers l’Iran, plusieurs personnes se sont immolées par le feu. Une femme à Londres et une autre à Paris ont perdu la vie, et d’autres personnes ont été gravement blessées.
Je suis l’une de ces personnes. Je m’appelle Marzieh Babakhani je suis née en 1962 à Téhéran je suis brûlée à 47%, mais mon cœur brûle aussi de la souffrance d’avoir vu ma famille et mes amis exécutés et de savoir aujourd’hui les résidents d’Achraf en danger. La première fois que j’ai subi la violence de l’injustice c’est quand j’avais onze ans. La police secrète du chah, la Savak, a attaqué notre maison pour arrêter mon frère parce qu’il était dans l’opposition.
Une autre fois, c’était pendant la première année de pouvoir de Khomeiny. J’ai été expulsée de mon lycée parce que je soutenais les Moudjahidine du peuple. Une autre fois, c’est quand j’ai vu les photos des exécutés dans les journaux et que j’ai reconnu des camarades de classe de 16 et 17 ans. Une autre fois encore, c’est quand j’ai appris l’exécution de mes frères Taghi, 21 ans, et Mehdi, 25 ans. J’ai appris aussi que mon père avait été arrêté et que ma mère était à la rue.
Comme j’étais recherchée, j’ai quitté l’Iran par le Pakistan et je suis venue en France. Mais je n’ai jamais arrêté de penser aux malheurs de l’Iran et j’ai mis toute ma vie au service de la liberté de mon pays.
Le 17 juin 2003 quand j’ai été arrêtée, je n’avais pas peur pour moi. Mais le lendemain, le monde tout à coup est devenu noir parce que j’ai entendu que les personnes arrêtées allaient être expulsées en Iran. Le mollah Khatami, le président du régime, demandait l’expulsion. Quelques heures avant, à la prison de Cergy, un officier de police m’avait dit la même chose. Le 18 juin pour montrer ma colère et ma protestation, je me suis immolée par le feu devant le siège de la DST.
A cette époque, Mme Radjavi était en prison et beaucoup plus tard quand je suis sortie du coma à l’hôpital, on m’a dit qu’elle était tout à fait opposée à mon geste et qu’elle avait envoyé un message depuis la prison. Aujourd’hui alors qu’en Tunisie, en Egypte et dans d’autres pays beaucoup de jeunes s’immole par le feu pour protester, on comprend beaucoup mieux ce geste. Parce que, quand l’injustice est trop forte, il ne reste pas d’autre moyen de protester.
Malheureusement, durant ces années sous l’influence du régime iranien, certains services de renseignements m’ont accusée de choses graves. Ils ont essayé de salir mon geste parce qu’ils voulaient cacher leur crime et leur marchandage honteux. Ils disaient que d’autres avaient décidé pour moi cet acte de protestation. C’était pour moi inacceptable. Les premiers jours où je suis sortie du coma, les inspecteurs de la DST sont venus me voir. Au lieu de m’interroger, ils me lançaient ces accusations et ces insultes. Croyez-moi, la douleur de ces insultes était plus forte que la douleur des blessures. J’ai senti qu’ils me sacrifiaient pour la deuxième fois.
A présent, le juge d’instruction courageux de Paris a annulé toutes les accusations de terrorisme contre la Résistance iranienne. Alors ceux qui sont derrière ce complot doivent répondre : pourquoi ont-ils sacrifié des personnes comme moi ? Mais, je ne regrette pas mon geste.
Le feu qui a brûlé mon corps, est une petite partie du feu qui brûle tous mes compatriotes à cause du fascisme religieux. Mais je ne suis pas venue pour protester contre le passé. C’est mon inquiétude qui grandit tous les jours depuis le massacre du 8 avril à Achraf qui m’a fait venir. Car ma mère et ma sœur sont à Achraf où elles risquent la mort.
Je suis venue pour faire entendre leur voix et demander à la France de prendre la tête d’une initiative internationale pour protéger Achraf. Et à vous chers amis, je vous demande de poursuivre vos efforts pour cette question humanitaire urgente.

