lundi, février 6, 2023
AccueilActualitésActualités: Terrorisme & intégrismeIran-Suisse : Un ex-agent des ayatollahs entendu

Iran-Suisse : Un ex-agent des ayatollahs entendu

Le juge d'instruction suisse Jacques AntenenCNRI – Le quotidien suisse La Liberté a publié le 7 avril un article sur le terrorisme du régime iranien:

Le juge Jacques Antenen, qui enquête sur l’assassinat de Kazem Radjavi, a entendu un témoin clef. Mesbahi a identifié à Genève les banques présumées où s’effectuaient les transactions du terrorisme iranien.

Abolghassem Mesbahi est connu de tous les services d’intelligence occidentaux. Cet ancien agent de la VEVAK (police sécrète) sous Khomeiny, réfugié en Allemagne depuis 1997, est un témoin clé dans les affaires liées au terrorisme iranien des années 1980. Il a été auditionné à plusieurs reprises par les polices allemande, française, suisse et argentine. Les juges de Buenos Aires cherchent en effet à établir un lien entre les comptes en Suisse de l’ex-président Carlos Menem et le terrorisme iranien.

A chaque fois, ses dires se sont révélés crédibles. Il serait aujourd’hui la seule personne en mesure d’établir l’existence d’un compte bancaire genevois de 200 millions de dollars qui aurait contribué à alimenter près de 400 opérations meurtrières dans le monde dirigées par l’Iran. Domicilié à Genève entre 1985 et 1987, il était chargé de ces transactions financières pour son pays. Le juge vaudois Jacques Antenen vient enfin de le faire venir en Suisse dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat en 1990 à Coppet (VD) du défenseur iranien des droits humain Kazem Radjavi.

Plaque noire à l’entrée

Le 9 février dernier, Mesbahi, surnommé le témoin C., a identifié deux établissements genevois au bord du Rhône. Selon lui – il opérait alors sous le nom de Reza Abdollah – ledit compte numéroté se trouvait dans une banque située dans l’un de ces deux édifices. « Près de l’entrée était accrochée une plaque noire sur laquelle étaient inscrits en blanc banque, Luxembourg et un troisième mot dont je ne me souviens plus », affirme-t-il dans sa déposition.

Trois personnes auraient détenu la signature du compte : l’ex-président Ali Rafsandjani, Ahmed Khomeiny (le fils de l’ayatollah) et Ali Fallahian, l’ancien ministre de l’intérieur, chef des services secrets. Mesbahi a aussi identifié un bureau au premier étage dans lequel il était reçu par un certain Shahrokh  Sharif, employé suisse d’origine iranienne. « Environ 35 ans, 1,70 m, cheveux noirs, svelte, pas de lunettes ni de barbe. »

Malgré ces identifications très précises, des zones grises persistent d’une part, personne à Genève ne semble connaître Shahrokh Sharif. D’autre part, aucune société au nom de Luxembourg ne semble avoir existé dans les édifices précités. « Pour l’instant, la seule certitude que nous avons, c’est l’emplacement physique des bâtiments, commente Stéphane Radjavi, le fils de Kazem. C’est déjà un début de piste. Si un jour on arrivait à établir l’existence du compte et des trois signatures, on pourrait ensuite faire des recherches pour déterminer quelles opérations bancaires concrètes ont été effectuées ».

L’assassinat financé

Peut-être alors, la justice vaudoise pourra-t-elle prouver que l’assassinat de Kazem Radjavi a été financé à partir de ce compte. Où les juges argentins pourront-ils établir qu’y auraient été prélevés les 10 millions de dollars destinés à l’ex-président Menem. Cette somme aurait servi à étouffer l’enquête à Buenos Aires sur l’attentat contre le centre juif AMIA en 1994, le plus meurtrier de l’histoire du pays avec 86 morts et plus de 200 blessés. Les juges des deux pays, parfaitement conscients que leurs intérêts convergent sur ce témoin crucial, ont entamé une étroite collaboration judiciaire.

Les magistrats argentins avaient d’ailleurs lancé plusieurs demandes d’entraide judicaire à la juge genevoise Christine Junod, chargée depuis 2001 du dossier Menem. Ils demandaient entre autres la convocation à Genève du témoin iranien. Pour des raisons mystérieuses, la justice genevoise n’a pas pu donner satisfaction aux demandes argentines. Et Christine Junod a classé le dossier Menem en 2004 avant de changer de fonction.