mercredi, février 8, 2023
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Iran : Son plan destructeur secret

Par Eli Lake
 
The New York Sun – L’Iran soutient aussi bien les terroristes sunnites que chiites dans la guerre civile en Irak, selon des documents secrets saisis par les Américains en Irak. L’annonce que les forces américaines ont capturé des Iraniens en Irak a fait beaucoup de bruit le mois dernier, ce que l’on sait moins en revanche, c’est que ces Iraniens avaient avec eux des documents donnant aux Américains un aperçu des activités de l’Iran en Irak.

Un haut responsable du renseignement américain a déclaré que ces nouveaux documents, authentifiés par la communauté du renseignement, confirmaient le fait que « l’Iran travaille en étroite collaboration aussi bien avec les milices chiites qu’avec les groupes djihadistes sunnites ». Cette source a bien pris la peine de souligner que les projets iraniens ne s’étendaient pas à une collaboration avec les groupes baathistes luttant contre le gouvernement de Bagdad. Mais elle a affirmé par contre que ces documents montraient plutôt comment la Force Qods (branche des Gardiens de la Révolution d’Iran soutenant le Hezbollah chiite, le Hamas sunnite et les escadrons de la mort chiites) travaillait avec des hommes ayant des liens avec Al Qaïda en Irak et Ansar al-Sunna.
 
Un autre haut responsable américain ayant pris connaissance des informations découlant des arrestations a affirmé que celles-ci contenaient des preuves tangibles. « Nous avons trouvé des plans d’attaque, des numéros de téléphone de voyous sunnites, un grand nombre d’éléments répondant aux questions que l’on se posait sur ce dont ces hommes étaient capables », a-t-il dit.
 
Un des documents confisqués pendant les raids, selon deux hauts responsables américains et un Irakien, est une analyse de la guerre civile en Irak et de la nouvelle stratégie de la Force Qods.
 
Selon la source irakienne, cette étude est l’équivalent de celle de l’ « Iraq Study Group », en référence à la commission américaine bipartite qui a fourni des recommandations stratégiques de guerre suite aux élections du 7 novembre en Amérique. Le document conclut, selon ces sources, que les voisins sunnites de l’Irak vont intensifier leurs efforts pour aider les groupes insurgés et qu’il est impératif pour l’Iran de redoubler d’efforts pour conserver son influence parmi eux, ainsi que parmi les milices chiites.
 
Des traductions brutes de l’étude et de la stratégie iraniennes, ainsi qu’un résumé des informations collectées, ont été largement distribués au sein de la communauté politique et ont des chances d’influencer le président Bush pour son discours sur la guerre qu’il doit prononcer dans les prochains jours, selon les deux membres du gouvernement de Bush.
 
L’annonce que l’élite de la Force Qods iranienne soit en contact et coopère secrètement avec les djihadistes sunnites qui ont attaqué le 22 février la mosquée d’or de Samarra (un des lieux saints les plus vénérés par les chiites) pourrait ébranler l’alliance que les chiites au pouvoir en Irak ont forgée ces dernières années avec Téhéran. Plusieurs experts irakiens pensent que c’est cet attentat qui a fait sombrer l’Irak dans la phase actuelle de guerre civile.
 
La haut commandant de la Force Qods, connu sous le nom de Chizari selon l’article paru dans le Washington Post le 30 décembre, a été capturé dans un site appartenant à Abdul Aziz Hakim, leader chiite que le président Bush avait cité le mois dernier, désireux de forger une nouvelle coalition dirigeante qui exclurait l’ecclésiastique chiite fauteur de troubles,  Moqtada al-Sadr.
 
Selon un haut responsable irakien, les deux commandants de la Force Qods étaient en Irak sur l’ordre du gouvernement irakien, qui avait réclamé plus de contacts iraniens au moment où le gouvernement se plaignait des activités des escadrons de la mort chiites. Les négociations faisaient partie de l’effort irakien visant à établir de nouvelles règles entre Bagdad et Téhéran.  Cet arrangement a été conclu par le président irakien, Jalal Talabani, lorsqu’il était à Téhéran à la fin du mois de novembre.
 
Alors que l’Iran soutient ouvertement les milices chiites irakiennes responsables d’attaques contre des soldats américains, le lien entre la Force Qods et les insurgés sunnites est encore sombre.
 
En 2003, les forces de la coalition ont saisi un document décrivant l’intention de l’Iran de soutenir les insurgés des deux camps, mais son authenticité a été contestée.
 
Des rapports du renseignement américain suggèrent que des opérations d’import/export menées par des terroristes sunnites à Falloudjah en 2004 ont bénéficié de matériels envoyés par les Gardiens de la Révolution.
 
« Nous avons vu beaucoup de choses auparavant, mais c’était très compartimenté et elles suggéraient un lien entre l’Iran et les groupes sunnites », a affirmé un haut officier militaire.
 
Michael Rubin, ancien expert de l’Iran pour le Pentagone qui a également travaillé en tant que conseiller à la Coalition Provisional Authority, a déclaré hier : « Il existe un grand nombre d’informations suggérant que l’Iran ne se limite pas aux Chiites, mais cette idée a été contestée ».
 
Il a ajouté : « Lorsque des documents comme ceux-ci sont découverts, habituellement les responsables du renseignement confirment leur authenticité mais avancent qu’ils ne prouvent rien parce qu’ils ne reflètent pas une décision de mettre ces informations en application ».
 
Wayne White, ancien haut expert de l’Irak et l’Iran au département d’Etat qui a quitté le gouvernement en 2005, a déclaré qu’il était peu probable selon lui que la Force Qods soutiennent des terroristes sunnites qui visent des dirigeants politiques chiites et des civils, mais il a souligné qu’il n’en savait rien.
 
« Je n’ai aucun doute sur le fait que la Force Qods est présente et active en Irak », a-t-il dit. « Mais c’est tout. J’ai eu la preuve que Moqtada al Sadr était en contact avec des insurgés arabes Sunnites dans l’ouest de l’Irak, mais je n’ai jamais eu la preuve que l’Iran en était informé. »
 
M. White a ajouté : « Le problème que nous avons tous est que les gens font constamment des analyses suggérant que l’acteur va agir de façon prévisible ou rationnelle en se fondant sur une analyse générale ou leur idéologie. Parfois les gens ne le font pas ».
 
« Un exemple d’approche à même de brouiller l’analyse du rôle de l’Iran est l’idée que l’Iran ne puisse jamais traiter avec des militants arabes sunnites. Mais ils ont pourtant laissé des centaines d’agents d’Al Qaïda s’échapper d’Afghanistan via leur territoire en 2002 », a-t-il expliqué.