mercredi, février 8, 2023
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Iran : Si les Gardiens de la révolution ne sont pas des terroristes, alors qui l’est ?

Par Bret Stephens*

The Wall Street Journal – Dans la matinée du 18 juillet 1994, un kamikaze dirige un fourgon sur le centre culturel juif de sept étages à Buenos Aires, en Argentine, tuant 85 personnes et blessant gravement 151 autres. En novembre dernier, le juge argentin Rodolfo Canicoba Corral a lancé des mandats d’arrêt  internationaux contre huit hommes – sept Iraniens et un Libanais – recherchés en relation avec cet attentat. Parmi eux se trouvent l’ancien Président iranien Akbar Hachemi Rafsandjani, l’ancien ministre iranien des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati et trois autres hommes avec un point important en commun : Tous étaient, ou sont, des officiers supérieurs du Corps de gardiens de la révolution.

L’Al-Qaïda de l’Iran
 
Par Bret Stephens*

The Wall Street Journal – Dans la matinée du 18 juillet 1994, un kamikaze dirige un fourgon sur le centre culturel juif de sept étages à Buenos Aires, en Argentine, tuant 85 personnes et blessant gravement 151 autres. En novembre dernier, le juge argentin Rodolfo Canicoba Corral a lancé des mandats d’arrêt  internationaux contre huit hommes – sept Iraniens et un Libanais – recherchés en relation avec cet attentat. Parmi eux se trouvent l’ancien Président iranien Akbar Hachemi Rafsandjani, l’ancien ministre iranien des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati et trois autres hommes avec un point important en commun : Tous étaient, ou sont, des officiers supérieurs du Corps de gardiens de la révolution.

C’est quelque chose que les politiciens démocrates et les décideurs politiques de l’administration Bush pourraient examiner dans leurs débats internes respectifs pour savoir si le CGR devrait officiellement être désigné organisation terroriste étrangère. Pour l’administration, qui réfléchit à la question depuis au moins le mois d’août, une désignation terroriste pour le CGR est une nouvelle façon de sanctionner l’Iran unilatéralement pour tenter d’obtenir un troisième round de sanctions internationales au Conseil de sécurité de l’ONU. Mais les Russes, les Chinois et certains Européens s’opposent vivement à la démarche, en partie parce que beaucoup de leurs affaires en Iran passent par des entreprises contrôlées par le CGR.

Quant aux Démocrates, toute la moitié de leur groupe au Sénat – y compris Hillary Clinton – a voté le mois dernier en faveur d’un amendement symbolique pour qualifier le CGR de groupe terroriste, bien qu’après que le texte original ait été délesté de sa prescription pour « combattre, contenir et repousser les activités violentes et l’influence déstabilisante » de l’Iran et de ses agents en Irak. La Sénatrice Clinton a défendu son vote comme un moyen « d’entrer dans cette discussion sur la manière de traiter l’Iran ». Mais le reste du camp démocrate pour la présidentielle a trouvé à redire, avec John Edwards soulignant que « nous ne pouvons pas céder d’un pouce à ce président, pas un pouce ».

Il y a certainement beaucoup à dire sur les conséquences qui pourraient découler d’une découverte défavorable de fait sur le CGR. Mais il y a aussi la question des faits eux-mêmes. Après l’attentat de 94 – qui est survenu deux ans  après l’attentat contre l’ambassade israélienne à Buenos Aires, faisant 22 morts – l’administration Clinton n’ pas perdu de temps pour désigner du doigt ce qu’elle considérait alors comme le suspect le plus probable. « Je suis très affligé que certains de nos alliés (…) ne reconnaissent pas la pleine responsabilité de l’Iran dans des attaques du Hezbollah à travers le monde », avait dit à l’époque le Secrétaire d’Etat Warren Christopher.

Il est aussi devenu très vite apparent que les deux attaques avaient été coordonnées par l’ambassade d’Iran en Argentine. En 1998 un transfuge iranien aux Etats-Unis, nommé Ahmad Reza’i, a confirmé que « l’attentat contre l’ambassade israélienne à Buenos Aires a été planifiée à Téhéran ». Il a ajouté que la décision avait été prise par M. Rafsandjani et ses hauts conseillers (lors d’une réunion le 14 août 1993 dans la ville iranienne de Machad) et que les poseurs de bombes avaient été formés pour cette mission au Liban par des officiers du CGR.

M. Reza’i était particulièrement bien placé pour connaître les faits : Son père, le général Mohsen Reza’i, était le commandant du CGR à l’époque et le jeune Reza’i avait accompagné son père au Liban pour assister à la formation. Ahmad Reza’i serait depuis retourné en Iran, bien qu’on ne sache pas si ce retour ait été volontaire ou sous la contrainte. Quant à Mohsen Reza’i, il figure parmi les huit dont l’arrestation est recherchée par le juge Corral en relation avec l’attentat de 1994.

Le deuxième officier du CGR impliqué dans l’attentat de 1994 est Ahmad Reza Asghari (alias Mohsen Randjbaran, qu’il ne faut pas confondre avec Ali Reza Asghari, un ancien commandant du CGR qui a déserté ou a été enlevé par un service secret étranger en Turquie l’année dernière). Selon le rapport définitif de l’Argentine sur l’attentat, M. Asghari – officiellement le troisième secrétaire de l’ambassade iranienne jusqu’à son brusque départ de l’Argentine le 1er juillet –  était présent le 14 août 1993 à la réunion de M. Rafsandjani. M. Asghari est décrit dans le rapport  comme "responsable d’activer les réseaux clandestins d’Iraniens en Argentine."

Il y a ensuite Ahmad Vahidi, qui a aidé à surveiller l’opération depuis Téhéran. Selon l’analyste iranien Alireza Jafarzadeh, M. Vahidi a fondé "le Corps du Liban" du CGR dans les années 1980, ce qui signifie qu’il est responsable de l’attaque contre la garnison des Marines américains qui a fait 241 morts parmi les militaires américains. Il a ensuite été nommé premier commandant de la force Qods du CGR, avec la supervision des « opérations d’extra-territoriales », y compris en Europe et en Amérique latine. En 2003, le Washington Post annonçait que « le commandant en second de Ben Laden, Ayman Zawahiri, avait utilisé ses relations de longue date avec M. Vahidi, alors commandant de la Force Qods, pour négocier un havre sûr pour certains leaders de Al-Qaida pris au piège dans les montagnes de Tora Bora, en Afghanistan, en 2001, selon un responsable d’un service secret européen. »

Aujourd’hui, M. Vahidi est vice-ministre de la Défense en Iran. M. Reza’i père  s’est présenté à la présidentielle en 2005, mais a abandonné à la dernière minute pour ouvrir la voie à Mahmoud Ahmadinejad. Jusqu’au début de l’année, il était secrétaire du puissant Conseil de discernement des intérêts de l’Etat . On ne sait  pas où se trouve M. Asghari, bien que son nom soit apparu comme délégué dans une conférence de l’ONU à Genève en 2002, où il a été inscrit comme premier secrétaire du ministère des Affaires étrangères iranien au service des affaires économiques internationales.

C’est donc la manière dont la République islamique traite ses terroristes superstars. Quant aux Argentins, après une douzaine d’années d’enquêtes gâchées tintées d’allégations de corruption à un haut niveau, le président Nestor Kirchner a repoussé les menaces iraniennes et dénoncé Téhéran le mois dernier à  l’Assemblée générale de l’ONU. Son courage sur ce front est d’autant plus remarquable qu’il est connu comme un des alliés les plus fiables d’Hugo Chávez en Amérique du Sud.

On en revient aux Etats-Unis. Sans aucun doute le Département d’Etat a ses raisons d’objecter à une désignation de terroriste, de même que M. Edwards a ses raisons d’attaquer le président et Mme Clinton, à tout moment. Mais dans la question du CGR, la vérité mérite au moins « un pouce », quelle que soient les conséquences. C’est le genre de choix que seul un politicien – ou peut-être un diplomate – pourrait ne pas voir.

*Mr. Stephens est membre du conseil de rédaction du "Wall Street Journal". Sa chronique paraît le mardi.