
Dans des entretiens distincts accordés à la chaîne *Real America’s Voice* (RAV) fin octobre, ces deux soutiens de longue date de la Résistance iranienne ont analysé les conséquences d’un conflit militaire, les perspectives d’un nouveau soulèvement national et les alternatives politiques au système en place. Tous deux ont rejeté l’idée selon laquelle l’Iran devrait choisir entre le régime actuel et un retour à la monarchie Pahlavi.
Torricelli : Un régime affaibli n’est pas un régime vaincu
Le sénateur Torricelli a déclaré que le pouvoir en place avait fait preuve d’une résilience supérieure à ce que beaucoup prévoyaient face aux pressions militaires et économiques. Il a toutefois mis en garde contre toute interprétation de cette survie comme un signe de force.
« Ce n’est pas parce qu’il ne s’est pas effondré qu’il n’est pas affaibli », a-t-il déclaré, faisant valoir que la campagne américaine prolongée a porté préjudice à l’économie iranienne ainsi qu’aux forces de sécurité intérieure.
Il a soutenu qu’affaiblir l’appareil coercitif du régime pourrait créer des opportunités pour la résistance populaire, tout en insistant sur le fait que la pression extérieure, à elle seule, ne saurait permettre une transition politique durable.
« En fin de compte, le régime ne tombera que si la population — le peuple iranien lui-même — se soulève contre lui et y met fin », a-t-il affirmé.
Le sénateur Torricelli a désigné le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme l’élément central permettant au régime de réprimer toute contestation. Il a appelé au maintien de la pression sur cette organisation et a critiqué certains aspects de la stratégie militaire de Washington, notamment ce qu’il a qualifié d’incapacité à sécuriser le détroit d’Ormuz avant le déclenchement du conflit.
L’ancien sénateur a également exhorté les démocrates et les républicains à maintenir une position commune pour empêcher le régime d’acquérir l’arme nucléaire, tout en mettant en garde contre un retrait américain précipité. Il a plaidé pour la poursuite des pressions politiques et économiques, tout en écartant la nécessité d’une invasion terrestre américaine.
Contestation de l’idée selon laquelle l’Iran n’aurait aucune alternative
Abordant l’avenir de l’Iran, le sénateur Torricelli a réfuté l’idée selon laquelle les seules options seraient le maintien du pouvoir clérical, le chaos ou la restauration de la monarchie.
Il a souligné que les institutions professionnelles iraniennes, la diaspora et l’opposition organisée constituent des ressources potentielles pour une transition politique. Il a notamment salué l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) ainsi que le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI).
Évoquant Maryam Radjavi et le réseau d’opposition, le sénateur Torricelli a déclaré : « Ils ont élaboré des plans pour gouverner. Ils disposent du personnel nécessaire pour gouverner. Ils ont des personnes qualifiées. »
Il a également mis en avant les réseaux de résistance présents au sein même de l’Iran, affirmant que la traque des membres de l’OMPI par le régime témoigne du fait que ce dernier les perçoit comme une menace politique.
« Bien sûr qu’il existe une résistance, et bien sûr qu’il existe une opposition », a-t-il affirmé, rejetant ce qu’il a qualifié de « faux récit » selon lequel il n’existerait aucune alternative crédible.
Stevenson : Les Iraniens ne veulent pas remplacer un turban par une couronne
Dans un entretien distinct, Struan Stevenson a prédit qu’un nouveau soulèvement national suivrait les manifestations de janvier 2026, soulignant le rejet persistant du pouvoir clérical par la population.
« Le prochain soulèvement est inévitable, et il surviendra bientôt », a-t-il déclaré.
Il a soutenu que la révolution de 1979, qui a renversé le chah, demeure pertinente dans les débats sur l’avenir de l’Iran. « Ils ne veulent pas remplacer le turban par une couronne », a-t-il affirmé, insistant sur le fait que le futur système politique doit être choisi par les Iraniens eux-mêmes, et non imposé par un quelconque prétendant politique.
Stevenson a vivement critiqué Reza Pahlavi, fils du chah déchu, remettant en question sa capacité à représenter une alternative viable et contestant l’ampleur du soutien dont il bénéficierait en Iran. Ses propos viennent contrecarrer les efforts des partisans de Pahlavi visant à le présenter comme un dirigeant de transition.
Un reportage, diffusé durant l’intervention de Stevenson, est revenu sur le soulèvement de janvier, la répression meurtrière menée par le régime et les exécutions qui ont suivi. Il a également rappelé les exactions commises par le SAVAK, le service de renseignement de l’ancienne monarchie, établissant ainsi un lien entre l’exigence de rendre des comptes et l’opposition à un rétablissement du régime royal.
Bien que le sénateur Torricelli se soit davantage concentré sur la politique américaine et Stevenson sur la perspective d’une reprise des contestations internes, tous deux ont estimé que le peuple iranien jouait un rôle déterminant dans l’avenir de l’Iran. Leurs entretiens ont présenté la résistance organisée — plutôt qu’une intervention extérieure isolée ou une légitimité fondée sur une autorité héritée — comme l’élément central de toute transition visant à mettre fin au pouvoir du clergé.

