
CNRI – Rama Yade, vice-présidente du parti Radical, est intervenu dimanche lors de la présentation des Vœux de la Résistance iranienne à Pontoise, organisé par le Comité Franco-iranienne du Val-d’Oise. Le rassemblement coïncidait avec la marche républicaine à la mémoire des victimes de Charlie Hebdo à travers la France. Voisi le texte de l’intervention de l’ancienne secrétaire d’État et militante des droits de l’homme:
« A l’origine, nous étions rassemblés pour célébrer la nouvelle année et tracer les perspectives de nos combats communs. Et personne n’imaginait que ce mois de janvier serait endeuillée de si brutale manière. 17 personnes sont mortes sous le coup d’une violence terroriste aveugle à Paris.
En les assassinant, ce sont nos valeurs, et au premier rang desquelles la liberté d’expression que ces terroristes ont voulu frapper. Mais voilà, le peuple français, par millions, s’est levé en ce jour si spécial pour dire son attachement à ces valeurs. Et le soutien de la communauté internationale dont les dirigeants sont présents ici à Paris en nombre est d’un exceptionnel réconfort.
Le vôtre, Madame Radjavi, m’a particulièrement touché car vous savez le prix de la liberté, que vous payez quotidiennement. Votre voix, votre indignation sont particulièrement précieux en ces temps douloureux. Ce combat dans lequel la France s’engage, vous y êtes engagée depuis des années.
2014 a été marqué par l’émergence de l’Etat islamique, Daech, au cours d’un Moyen Orient qui, à nouveau, s’embrase, après l’espoir soulevé par le printemps arabe. Les crimes commis par ce califat sont innommables. Extermination de populations réduites à l’errance, enlèvements et viols de femmes, rapts… La France est concernée non seulement parce qu’elle est engagée militairement dans la coalition internationale, mais parce que dans les rangs de Daech on compte beaucoup de jeunes Français, le plus grand contingent d’Européens de djihadistes. Ils sont français.
Les terroristes qui ont frappé Paris cette semaine se sont revendiqués de Daech. C’est une donnée majeure, importante qui interroge sur ce qui se passe en France. Jamais la situation au Moyen Orient n’a autant pesé sur le destin de la nation française.
Et dans un tel contexte, quelles solutions avons-nous ? Faut-il bombarder Daech ? Sans aucun doute et c’est le rôle de la coalition militaire internationale. Mais cela ne suffira pas. Daech est enrichi par le pétrole. Il faudra donc épuiser ses ressources. Daech enlève les femmes. Il faudra les interventions humanitaires et militaires pour leur venir en aide. Daech tue impunément, il faudra traduire un jour ses responsables, s’ils s’en sortent, devant la Cour Pénale Internationale.
Surtout, il faut que la communauté internationale arrête de jouer avec le feu. Daech n’est pas sorti de nulle part. C’est aussi le résultat d’un jeu diplomatique dangereux. Quand, en août 2013, Bachar el-Assad a gazé sa population, la communauté internationale aurait dû intervenir. La France y était prête. Pourquoi ne pas avoir réagi ? Pourquoi avoir abandonné la rébellion syrienne à son malheur ? Pourquoi avoir fait de l’Iran un interlocuteur, un allié, un acteur de la solution diplomatique ? Comment, en moins de deux mois, a-t-il été possible de faire des deux grands ennemis de la coalition, la Syrie et l’Iran, ses deux meilleurs alliés ? Par quel retournement absurde, dangereux, est-ce qu’on en est venu à commettre une telle faute ? les conséquences de ce choix seront lourdes et dangereuses et sont déjà visibles.
Alors, quelles solutions ?
J’en vois deux. D’abord, nous ne devons pas nous compromettre avec l’Iran sous aucun prétexte. L’Iran a inspiré le fondamentalisme religieux depuis 1979. Par ses alliances diplomatiques, ce pays a contribué à l’embrasement actuel du Moyen Orient. Et c’est une profonde erreur de penser qu’il peut être une voix pour éliminer Daech.
Ensuite, nous devons aider, soutenir et appuyer ceux qui luttent pour un islam démocratique et tolérant. Car les crimes actuellement commis ne sont pas le fait de musulmans mais d’extrémistes psychopathes qui salissent cette religion. La foi, ce n’est pas l’assassinat, ce n’est pas la torture, ce n’est pas l’égorgement, ce n’est pas l’exécution. La foi, c’est la tolérance, la pudeur, la piété, la paix. Et nous devons soutenir le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat partout où c’est possible. En particulier de la part de la France qui, avec ce puissant principe qu’est la laïcité, a montré au monde que cette séparation entre l’Eglise et l’Etat est le gage d’une démocratie pacifique.
Vous faites partie également, en tant que résistance, de ces combattants pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
C’est aussi l’opportunité, cet événement, l’occasion de dire combien votre action en tant que résistance iranienne est importante.
Madame Radjavi est une femme leader internationale. Son rôle est important pour les femmes, mais aussi pour les principes démocratiques. Le message que vous portez mérite d’être soutenu par tous ceux qui luttent pour la promotion des droits de l’homme.
Je voudrais maintenant dire un mot amical à l’attention d ceux qui, au camp Liberty, se battent, continuent à se battre. Beaucoup d’entre eux ont été victimes du régime iranien. Tous ont subi les exactions du régime iranien. En particulier les femmes, qui sont mères, qui sont épouses, qui sont filles, qui ont prouvé leur courage.
Ils refusent les lois médiévales. Ils refusent les lois sexistes établies par une théocratie iranienne qui se sert de l’islam pour établir une théocratie contraire au message de tolérance de l’islam. Beaucoup de musulmans ne se reconnaissent pas dans cette loi, là. Ils sont issus de familles qui chérissent l’islam, de familles qui leur ont appris que l’islam est une religion de paix et ne doit pas être assimilé au fondamentalisme, encore moins au terrorisme.
Je voudrais enfin, malgré ce contexte international, vous souhaiter du courage, du courage pour les luttes qui viennent parce qu’il y en a encore beaucoup. Malheureusement, l’épreuve que traverse actuellement la France est douloureuse. Mais il y a une certitude, c’est que plus rien ne sera comme avant. Et j’espère de tout cœur que nous serons nombreux en tant que Français à vous soutenir dans vos combats. »


