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Prédire l’avenir politique de l’Iran

Les prochaines élections en Iran peuvent signaler le début d’un processus qui remplacera les religieux au pouvoir

Par MURIEL TURNER, Commentateur extérieur de l’UPI*

UPI, Londres, 29 mai – La plupart des gens disent que prédire l’avenir est une chose difficile. Pourtant, lorsqu’on en vient à prédire l’avenir politique d’un pays, particulièrement un pays autoritaire, dictatorial, la tâche devient plutôt simple.

Oubliez la boule de cristal, oubliez la lecture dans les feuilles de thé ou le marc de café. Vous n’en avez pas besoin pour faire une prédiction correcte. Tout ce dont vous avez besoin est de regarder les manuels d’histoire et vous verrez la réponse.

Ils disent que l’histoire se répète, oui, c’est vrai. Jetez un rapide coup d’œil à l’histoire et vous saurez ce qui est réservé à l’avenir politique de l’Iran. Effectivement, l’avenir de l’Iran est facile à prédire.

Il y a les faits et ils ne mentent pas. Tout comme les autres dictatures qui sont venues et ont disparu avant lui, le régime autoritaire de l’Iran ne peut pas durer très longtemps. Certes, vous direz que les mollahs sont au pouvoir en Iran depuis 34 ans maintenant. Bien sûr, mais en ce qui concerne l’histoire, 35 ans dans le contexte plus large de l’histoire représente un très court paragraphe, juste quelques lignes dans un livre très épais.

Aujourd’hui, l’Iran pourrait bien avoir atteint la dernière phrase de ce paragraphe consacré à l’expérience désastreuse du pays avec les mollahs aux commandes. L’épitaphe sur la pierre tombale de la république islamique pourrait bien être quelque chose comme : « Ici reposent les restes de la république islamique, effondrée par l’entêtement tenace du guide suprême. »

En interdisant à Ali-Akbar Hachemi Rafsandjani de se présenter aux élections présidentielles de juin, le guide suprême de l’Iran peut bien avoir franchi le Rubicon symbolique, la ligne décisive du point de non retour. Rafsandjani est l’un des fondateurs de la république islamique en 1979. Le fait que la révolution se retourne contre ses fondateurs indique qu’elle est entrée dans sa phase terminale.

L’appel récent de l’ayatollah Ali Khamenei peut provoquer une répétition des violences de rue qui ont accompagné la précédente élection présidentielle et qui ont failli renverser le régime. Cette fois-ci, il pourrait ne pas être aussi chanceux. Si cela ne se produit pas, à la suite d’une purge interne au sommet du pouvoir, sa base deviendra beaucoup plus faible et significativement plus vulnérable.

Rafsandjani a joué un rôle déterminant pour propulser Khamenei dans la position de guide suprême. Rafsandjani a été personnellement nommé par Khamenei président du Conseil de Discernement, et en tant que membre de l’Assemblée des Experts, il dispose d’un vote pour la désignation du guide suprême et l’évaluation de ses qualifications dans le cadre de la théocratie. Par conséquent, son élimination est étonnamment scandaleuse. Elle va discréditer et délégitimer le régime dans son ensemble même aux yeux de ses plus ardents partisans.

Dans le même temps, l’opposition est plus énergique que jamais. Avec une victoire historique remportée par les Moudjahidine du peuple d’Iran, qui ont été retirés de la liste terroriste de l’Union européenne et du Département d’État américain, le plus grand groupe de résistance organisée en Iran mène le mouvement pour qualifier les élections de ce qu’elles sont réellement, une mascarade, une farce, une plaisanterie.

Ces dernières semaines, les activistes iraniens ont accéléré leurs activités appelant au vote ultime de changement de régime. Malgré la répression étendue, les graffitis et les affiches contre les élections illégitimes et le régime ont fait surface, certaines avec le portrait de Maryam Radjavi, la dirigeante charismatique de l’opposition iranienne.

Hors d’Iran, la résistance prend également de l’élan. L’année dernière, quelques 100 000 Iraniens du monde entier se sont rassemblés à Paris. Ils étaient rejoints par un groupe brillant de personnalités politiques des États-Unis, de France, d’Europe et du monde musulman ainsi que des centaines de parlementaires. Cette année, une démonstration de force plus vaste est attendue le 22 juin à Paris.

Et cette farce électorale aidera à accélérer le mouvement pour envoyer les mollahs aux confins de l’histoire où ils deviendront bientôt un mauvais souvenir. Et vous n’avez pas forcément besoin de me croire sur parole ; posez simplement la question aux anciens dirigeants de Tunisie, d’Égypte, de Libye, du Yémen et d’Irak. Où sont à présent les hommes puissants d’autrefois qui dirigeaient leur pays, tout comme le « guide suprême » le fait aujourd’hui en Iran ?

Toujours pas convaincu ? Eh bien, demandez alors aux anciens dirigeants de Roumanie, de Pologne, de Bulgarie, de l’ex-Tchécoslovaquie et du reste de l’ancienne Union Soviétique.

Le souci avec les dictateurs, que cela soit en Iran, en Syrie ou en Corée du Nord, est que chacun d’entre eux pense qu’il est invincible et qu’il réussira là où les autres ont échoué.

Mais devinez quoi ? Ils font tous la même erreur ; ils poussent un peu trop loin et atteignent un point où les gens n’ont plus peur.

Ce point est désormais atteint en Iran.

* La Baronne Muriel Turner of Camden a été vice-présidente de la Chambre des Lords britannique jusqu’en 2008. Elle est un membre éminent du Comité Parlementaire Britannique pour la liberté en Iran.)

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