AccueilActualitésActualités: Iran RésistancePourquoi l'Occident n'a pas encore pleinement saisi l'équation iranienne

Pourquoi l’Occident n’a pas encore pleinement saisi l’équation iranienne

Pourquoi l'Occident n'a pas encore pleinement saisi l'équation iranienne
Des manifestants affrontent les forces de sécurité dans les rues d’Iran lors du soulèvement de 2022 contre la dictature cléricale.

Le week-end du 20 juin 2026, des dizaines de milliers d’Iraniens ont convergé vers Paris pour le plus grand rassemblement annuel de l’opposition démocratique. Un tribunal français a bloqué l’événement, invoquant des renseignements selon lesquels le régime et les héritiers monarchistes du Shah avaient tous deux menacé de s’attaquer à la manifestation.

Théocrates et monarchistes, malgré leur haine réciproque, ont toujours été alliés lorsqu’il s’agissait de s’en prendre au peuple et de réduire au silence les forces populaires qui les menacent tous deux.

Cette convergence est la clé de voûte pour comprendre la crise iranienne. Tant que les capitales occidentales ne l’auront pas saisie, chaque train de sanctions et chaque accord en coulisses produira le même résultat : un régime qui devient plus dangereux tandis que ceux capables de le changer sont affaiblis.

Là où les hypothèses occidentales ont fait défaut
La politique occidentale à l’égard de l’Iran reposait sur trois propositions. Chacune a échoué.

La théorie d’une modération interne s’est effondrée une fois de plus lorsque le propre fils de Khamenei a accédé au poste de Guide suprême. Les soi-disant modérés ne diffèrent des tenants de la ligne dure ni par leur nature ni par leurs objectifs, mais uniquement par le ton.

Le régime ne sera pas renversé par des bombardements aériens. On ne peut pas transformer une théocratie en démocratie à coups de bombes.

Quant à la politique d’apaisement déguisée en diplomatie, elle n’a rien donné. Les ambitions nucléaires, les guerres par procuration et l’exportation de la révolution sont des nécessités structurelles pour la survie du régime. Lui demander d’y renoncer revient à lui demander de se démanteler lui-même.

Il reste une possibilité, celle que la politique occidentale s’est le plus efforcée d’éviter : que le peuple iranien lui-même, à travers une résistance organisée, soit le seul agent de changement viable.

Pourquoi l’organisation est cruciale
L’image romantique d’un soulèvement spontané à la manière de la place Tahrir est dangereuse en Iran, car elle fournit un alibi à l’inaction. Les Gardiens de la révolution ne sont pas simplement une force militaire ; Ils constituent un empire économique, un État policier et une machine à imposer une idéologie. Des manifestations dépourvues de direction ne peuvent, à elles seules, démanteler cette architecture. Les soulèvements de 2017, 2019, 2022 et de janvier 2026 l’ont démontré : chacun a éclaté avec une force extraordinaire, chacun a été écrasé, et chacun a laissé le régime ébranlé mais toujours debout, avec davantage d’espoirs brisés qu’auparavant.

Ce qui change la donne, c’est l’existence d’une résistance capable d’opérer sous une répression féroce. En février 2026, 250 combattants ont frappé le quartier général du régime à Téhéran. Lors du soulèvement de janvier, les unités de résistance dirigées par les Moudjahidines du peuple (MEK) ont mené 630 opérations. Plus de cent mille membres de ce mouvement ont été tués en quatre décennies, dont trente mille lors du seul massacre de 1988. Lorsqu’on leur disait qu’un simple mot de renoncement suffirait à leur sauver la vie, ils répondaient : « Nous ne négocions pas nos idéaux avec vous. » Puis ils étaient pendus.

Ni Shah, ni mollahs
Le monarchisme n’est pas seulement irréalisable : il entretient une relation symbiotique avec le régime qu’il prétend combattre. Un journal proche du clergé au pouvoir a qualifié les monarchistes de « bénédiction » : « En semant la division au sein de l’opposition, ils ont rendu à la République islamique un service qu’aucun autre groupe n’a été capable d’offrir. » L’héritier du Shah prône ouvertement un changement avec le soutien des Gardiens de la révolution — ces mêmes forces qui ont massacré les manifestants.

Il existe un cadre pour l’après-régime : un gouvernement provisoire dont le seul mandat serait de transférer la souveraineté par le biais d’élections libres dans un délai de six mois ; la séparation de la religion et de l’État ; l’autonomie des minorités ; l’égalité des sexes comme principe structurel ; et un Iran dénucléarisé — le tout étayé par 133 révélations des services de renseignement, qui ont davantage contribué à mettre au jour le programme clandestin du régime que n’importe quelle mission d’inspection dans l’histoire.

L’heure des comptes
Le régime est plus affaibli qu’il ne l’a jamais été au cours de son histoire : son fondateur est mort, son successeur a été désavoué, ses forces supplétives sont affaiblies, son économie est en ruine et la rue bouillonne sous la pression d’une génération qui n’a plus rien à perdre. Pendant quatre décennies, les capitales occidentales ont misé sur toutes les alternatives possibles à la résistance démocratique. Chaque pari s’est soldé par un échec.

Le peuple iranien, pour sa part, a tenu ses engagements. Il a versé son sang pendant quarante-cinq ans et fait preuve d’une détermination sans faille. La question n’est plus de savoir s’il est prêt. La question est de savoir si l’Occident est prêt à cesser de leur barrer la route.