Par Allan Gerson
The Huffington Post, 31 octobre – Tous les mensonges ne sont pas importants. Nous en rejetons certains comme pas du tout importants. C’est aussi vrai dans la vie personnelle que dans les affaires nationales et internationales. Les mensonges qui sont « matériels » affectent profondément notre conduite et peuvent avoir profondément influencer la manière dont nous menons nos vies. Aux yeux de la loi, les fausses représentations de faits «matériels» sont prises très au sérieux.
Par exemple, le mariage d’une personne qui omet de déclarer qu’elle n’a jamais vraiment obtenu de divorce est automatiquement invalide. Les immigrants qui entrent frauduleusement aux États-Unis en omettant de divulguer leur identité correctement ou leur passé sont soumis à 20 années de déportation ou plus après leur entrée. Un agent de change qui vend des valeurs immobilières qui possède des renseignements importants sur la volatilité d’un titre qu’il omet délibérément de mentionner à un investisseur crédule doit répondre non seulement de responsabilité civile à l’investisseur, mais aussi de la responsabilité pénale.
Que faire si c’est le gouvernement qui omet de divulguer des faits importants qui, s’ils étaient divulgués, auraient considérablement changé votre attitude sur des questions publiques importantes? Prenez la guerre en Irak: Si le président George W. Bush avait eu une véritable connaissance (extrêmement difficile à prouver) que l’Irak n’avait pas de capacité de destruction massive et avait omis de divulguer ce fait quand il cherchait des soutiens pour faire la guerre, les familles des victimes de cette guerre pourrait – du moins en théorie – porter plainte contre le gouvernement des États-Unis pour fausse déclaration (même si en général, le gouvernement est à l’abri de poursuites, sauf dans les cas où il renonce à son immunité). Pourtant d’un point de vue moral, sinon légal, les gouvernements devraient être redevables au même titre que les personnes qui ne divulguent pas de faits «matériel». Les petits mensonges sont une chose, mais les mensonges qui changent votre perception pour aller à l’autel ou sur un champ de bataille sont tout autre chose.
Aujourd’hui, l’une des questions les plus graves qui touchent les citoyens américains est de savoir quoi faire de la montée en puissance de l’Iran en Irak et en Afghanistan, et sur les frontières d’Israël (le Hezbollah au Liban et le Hamas dans la bande de Gaza), et son exportation continue du terrorisme et du développement de la capacité de l’énergie nucléaire. L’administration Obama a essayé de faire face à ces menaces par une politique «d’engagement», même tout en poursuivant des formes plus classiques de pression politique, comme des sanctions de l’ONU. Mais, comme les documents publiés par Wikileaks le révélaient le 26 octobre, l’administration Obama a dissimulé des informations pertinentes qui, si elles avaient été révélées, auraient remis en question, si ce n’est complètement bloqué, ses démarches pour ouvrir un dialogue diplomatique avec les dirigeants de l’Iran. Elle a caché à l’opinion publique américaine la preuve de la poursuite par le régime iranien d’activités terroristes et d’autres actions contraires aux intérêts de sécurité nationale américaine. Si cette preuve avait été divulguée, le soutien à la politique de complaisance avec l’Iran (qui s’est avérée vaine au cours des 30 dernières années) se seraient asséchées et cette divulgation aurait rendu évident que les efforts de l’administration Obama ne servirait qu’à convaincre l’Iran que son comportement pouvait se poursuivre sans graves conséquences.
Par exemple, les documents WikiLeaks publiés la semaine dernière ont rendu clair, a déclaré le vice-président du Parlement européen, M. Alejo Vidal Quadras, que l’administration Obama savait que l’Iran était en train de rapidement « prendre le contrôle de l’Irak à plusieurs niveaux » même si elle a rejeté les objections lui disant de ne pas transférer le contrôle du camp d’Achraf aux forces irakiennes, une enclave à 40 km au nord de Bagdad, où environ 3500 opposants iraniens sont cantonnés. Des centaines de parlementaires aux Etats-Unis, en Europe et au Moyen-Orient ont fait observer que le transfert du contrôle aux Irakiens pourrait conduire à des exécutions de masse si les opposants du camp d’Achraf étaient rapatriés de force en Iran par les dirigeants irakiens soucieux d’apaiser l’Iran.
Néanmoins, l’administration Obama a transféré le camp d’Achraf aux forces irakiennes sans jamais révéler un fait matériel : que la course à l’ «engagement» avec l’Iran a été acheté au prix de la torture psychologique des résidents du camp d’Achraf, d’ incursions répétées et de tir qui ont tué et mutilé des centaines d’opposants. Malgré l’indignation exprimée dans de nombreux quartiers, l’intimidation, la coercition et les atrocités ont simplement été mis en suspens, prêt à être réactivés dans leur intégralité à un moment plus propice. Pour remédier à la situation et éviter une autre tragédie, les États-Unis devraient reprendre la protection d’Achraf ou du moins veiller à ce qu’une équipe de surveillance de l’ONU y soit en poste.
De nombreux citoyens américains et leurs représentants au Congrès ont acquiescé à «l’engagement» avec l’Iran sur la base de fausses idées. La volonté de l’administration Obama de fermer les yeux sur le sort des 3500 habitants du camp d’Achraf est désormais une information public, dans une large mesure grâce à la publication des documents Wikileaks. Comme le prix d’un «engagement» avec l’Iran a été révélé, c’est à la population américaine et à ses représentants au Congrès de déterminer s’ils sont prêts à consentir à la politique d’apaisement – en abandonnant à l’Iran le plus vigoureux de ses adversaires.
Allan Gerson est le président de AG International Law, une firme basée à Washington, spécialisé dans la résolution de questions complexes de droit international et de politique. Avec d’autres avocats, il conseille l’OMPI, le groupe de résistance dont les membres sont situés à la Cité d’Achraf.

