CNRI – « C’est la première fois qu’une prise d’otage échoue, et c’est la première fois qu’elle se retourne contre ses auteurs. Loin d’en retirer un bénéfice, le régime est atteint très profondément parce que quelques hommes ont résisté jusqu’à offrir leur vie, de la manière la plus difficile qui soit, en faisant la grève de la faim. Ces hommes ont fait plier le régime. Ces hommes ont remporté une victoire énorme », a estimé le préfet Yves Bonnet le 7 octobre à Auvers-sur Oise, en présence de Maryam Radjavi, lors de la fête célébrant la libération des 36 otages et leur retour triomphal à Achraf :
Vous avez fait une excellente synthèse de ce que représente le combat mené par des gens aux mains nues contre deux Etats forts, puissants et policièrement très bien organisés. Le peuple d’Iran s’est soulevé contre un système d’oppression pure physique, morale, intellectuelle, religieuse. On pouvait craindre que se crée un décalage entre la résistance intérieure et la résistance extérieure que vous incarnez, même si vous incarnez aussi la résistance intérieure. On aurait pu craindre que l’ensemble de ce mouvement partent en branches diverses.
Une résistance fédérée
Ce qui vient de se passer à Achraf a incontestablement placé le CNRI au premier rang et comme l’organisme fédérateur de toute cette résistance. Vous n’êtes pas resté à l’écart de tous ces sacrifices consentis par des étudiants, des Iraniens du bon peuple. Vous avez fédéré cette résistance à travers l’héroïsme des habitants d’Achraf et travers les erreurs commises par le gouvernement irakien. Et cette résistance fédérée elle est désormais derrière vous, Madame, parce que vous en êtes l’âme. Et parce que je suis tout de même le témoin depuis une bonne quinzaine d’années, que vous n’avez jamais relâché votre vigilance, vous n’avez jamais cédé un pouce de pugnacité. Parce qu’à une résistance il faut une âme et il faut un chef.
J’entends beaucoup en France de bons esprits parler d’une organisation sectaire, terroriste, totalitaire. Moi je demande simplement quelle organisation de résistance pourrait tenir depuis trente ans, si elle n’avait pas une structure forte, des militants qui soient des militants et pas seulement des gens qui payent une cotisation une fois par an, non, une véritable organisation vivante, forte. Et pour avoir une organisation de ce genre, il faut des chefs, des leaders. C’est vous qui l’incarnez. Ce n’est pas facile. Vous y laissez probablement beaucoup de vos forces, mais vous y donnez tellement de votre âme, que finalement vous êtes aussi un peu gagnante.
C’était la première réflexion que je voulais faire et qui devrait s’imposer à tout le monde. Aujourd’hui il n’y a pas des résistances iraniennes. Il y a une résistance iranienne, et que cette résistance passe par le CNRI. Nous avons-nous connu notre CNR, notre Conseil national de la Résistance, qui fut longtemps d’ailleurs dirigé par un ami de ma famille, le préfet Jean Moulin, et qui a été obligé lui aussi de fédérer des courants différents. Comme le CNR, mais sur une période beaucoup plus longue, vous avez su aujourd’hui fédérer toute cette résistance.
La prise d’otage une stratégie constante du régime iranien
La seconde réflexion que je voudrais développer c’est la stratégie iranienne des otages. C’est de la part du régime iranien une stratégie constante utilisée pratiquement dès les premiers jours de son arrivée au pouvoir à Téhéran, de prendre des innocents en otage et de les monnayer contre des avantages. Ce qui est absolument odieux. Les premiers de ces otages ce sont les diplomates américains retenus à l’ambassade des Etats-Unis. C’est la première fois dans l’histoire qu’une ambassade est prise et occupée. Même le régime nazi, même le régime fasciste italien n’ont jamais fait. Nous savons qu’à travers l’Irangate qui a sauvé les armées des ayatollahs d’une défaite promise de la part des armées irakiennes, grâce à cette prise d’otage, le régime a pu échapper au pire.
Il y a eu ensuite les prises d’otage occidentales au Liban, grâce aux alliés que les ayatollahs ont et cultivent au Liban, ils ont pris un certain nombre d’otages. A chaque fois qu’ils ont libéré un certain nombre d’otages, ils en ont obtenu des avantages, jusqu’à cet avantage considérable qu’a représenté en mai 1988 lors de la dernière libération des otages français, ce communiqué de l’Agence France Presse, le premier ministre français promettait à l’Iran de l’uranium enrichi sans aucune restriction. Je vous signale d’ailleurs aujourd’hui que le communiqué est introuvable.
Et puis il y a eu aussi la prise d’otage lorsque M. Gordji soi-disant diplomate à l’ambassade d’Iran avait été interpellé par le juge Boulouque. Il a fallu là aussi négocier parce que les Iraniens ont aussitôt pris en otage un diplomate français qui n’avait strictement rien à voir à l’affaire.
C’est la première fois qu’une prise d’otage échoue
Là aussi nous avons affaire à une prise d’otage. Mais l’événement considérable qui se passe, c’est que cette fois-ci non seulement la prise d’otage n’a rien rapporté au régime iranien – parce que c’est le régime iranien qu’il faut voir derrière tout ça – c’est la première fois qu’une prise d’otage échoue, et c’est la première fois qu’elle se retourne contre ses auteurs. C’est-à-dire que loin d’en retirer un bénéfice, le régime est atteint très profondément parce que quelques hommes ont résisté jusqu’à offrir leur vie, de la manière la plus difficile qui soit. parce qu’il est plus facile d’aller au combat et de se faire tuer que de mourir à petit feu en faisant la grève de la faim. C’est infiniment plus difficile. Ces hommes ont fait plier le régime. Ces hommes ont remporté une victoire énorme. Et ces hommes surtout font la démonstration que même la technique de la prise d’otage est désormais derrière nous et qu’il ne sert à rien de prendre des otages dès lors que la partie qui est en face a décidé de se battre et a voulu montrer son courage.
Voilà ces deux aspect que je voulais développer devant vous, parce qu’ils me paraissent très important, parce que ce sont les leçons qu’il faut tirer tout de suite de ce qui vient de se passer. Nous avons vécu non pas une péripétie, mais un événement politique stratégique majeur. C’est vous qui allez aujourd’hui en retirer le bénéfice, car je serais quand même très étonné que ce régime désormais aille très loin. Par conséquent je crois qu’aujourd’hui nous pouvons dire tous ensemble « vive un Iran enfin libre » !

