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Iran : L’opposition réclame des sanction

ImageDe CLAUDE SALHANI, Rédacteur en chef international, UPI

The United Press International, WASHINGTON – Difficile de ne pas être frappé par l’ironie d’une rencontre dans un restaurant appelé « Café de la Paix » pour discuter de révolutions, d’exécutions systématiques, de terrorisme et de changement de régime avec deux leaders dissidents iraniens qui appartiennent à un groupe accusé de terrorisme par les Etats-Unis et par l’Union Européenne.

Les Moudjahidine-e Khalq, ou moudjahidine du peuple (guerriers saints), sont accusés d’être des terroristes, des marxistes islamistes et de faire partie d’une secte secrète qui fait un lavage de cerveau à ses membres. Le groupe nie ces accusations. Ils expliquent que c’est le chah qui est à l’origine de l’étiquette marxiste, à l’époque où un grand nombre de membres de la résistance étaient encore à l’université et, comme c’était souvent le cas dans les années 1950 et 1960, où bon nombre d’étudiants avaient des sympathies pour la gauche et flirtaient avec le communisme.

Le chah, selon le MeK, a infligé cette étiquette marxiste parce qu’elle contribuait à isoler ce mouvement et autorisait sa persécution ; lorsque la révolution islamique a porté l’ayatollah Rouhollah Khomeiny au pouvoir, ça l’a arrangé de conserver cette étiquette du MeK.

Maryam Radjavi, leader charismatique de l’opposition iranienne, le Conseil national de la Résistance iranienne, groupe de coalition comprenant le MeK, et ses partisans se décrivent comme « un mouvement profondément démocratique, musulman et aimant la liberté ». « Nous croyons en la liberté sociale et sommes catégoriquement opposés à l’extrémisme islamique », a affirmé Radjavi à United Press International dans une interview à son domicile dans la ville d’Auvers-sur-Oise, en France, le 25 juin. Elle décrit son mouvement comme l’antithèse de l’extrémisme islamique. Mais un haut responsable européen, qui a parlé à United Press International sous couvert de l’anonymat, a affirmé que l’on ne pouvait ignorer « la nature terroriste de ce groupe, dont les activités en tant qu’organisation terroriste sont bien connues ».

Selon le National Memorial Institute for the Prevention of Terrorism (MIPT), le groupe aurait mené plusieurs attentats contre des soldats et des civils américains en Iran dans les années 1970. Bien que le groupe ait d’abord soutenu la révolution de 1979 et le renversement du chah, son idéal laïque a finalement conduit le régime de Khomeiny à réprimer ses membres. Le MIPT affirme de plus que des milliers de membres du MeK ont été tués et emprisonnés pendant la répression. Les leaders du MeK ont fui à Paris et leur infrastructure militaire s’est installée en Irak. L’objectif du MeK est de renverser le gouvernement iranien et de le remplacer par le CNRI. Lors d’une conférence en 1995, le groupe a présenté un plan en 16 points qui englobait la liberté d’opinion, d’expression et de la presse, sans aucune censure ; la liberté pour les partis politiques, les syndicats, etc. ; la garantie que les gouvernements soient élus et le respect de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Le MeK a périodiquement divulgué des informations sur le programme de développement d’armes nucléaires de l’Iran, ce qui s’est révélé très utile pour les agences de renseignement occidentales.

Dans leur campagne contre le régime théocratique de Téhéran, le groupe, selon la U.S. Naval Postgraduate School et d’autres sources, « fait de la propagande et a occasionnellement recours au terrorisme ».

Les dirigeants du MeK nient avoir tué des Américains.

Selon l’institut SITE (Search for International Terrorist Entities), le MeK a placé en 1981 des bombes dans le bureau central du Parti de la République islamique et dans le bureau du Premier ministre, faisant environ 70 morts parmi les dirigeants iraniens, dont le chef de la Justice, l’ayatollah Mohammad Behechti, le président Mohammad-Ali Raja’i et le Premier ministre Mohammad-Javad Bahonar. « Cet attentat a été revendiqué par le MeK », selon un haut fonctionnaire européen. Les chefs du MeK insistent sur le fait qu’ils luttent dans une guerre de libération et que les attentats contre le régime de Téhéran sont légitimes.

Mais peut-être que l’unique événement vraiment important qui ait terni sa réputation aux yeux d’un grand nombre d’Iraniens est le fait que vers la fin de la guerre Iran-Irak (de 1980 à 1988), le MeK ait reçu des armes de gros calibre de Bagdad qui l’a ensuite envoyé combattre contre les forces iraniennes. Mohammad Mohadesine, qui occupe la fonction de président de la Commission des Affaires étrangères du CNRI, a déclaré à UPI que les troupes iraniennes étaient heureuses de leur présence et que beaucoup avaient rejoint leurs rangs.

En avril 1992, le MeK a mené des attaques quasi-simultanées contre les ambassades et les installations iraniennes dans 13 pays, prouvant la capacité du groupe à monter des opérations de grande envergure en-dehors de l’Iran. Les partisans du MeK affirment qu’un tribunal canadien a jugé que les actes des personnes mêlées dans l’incident de l’ambassade au Canada étaient justifiés et qu’il n’y avait aucune preuve d’une action préméditée ou du rôle du MeK.

Puis en avril 1999, le MeK a pris pour cibles des officiers militaires importants et a assassiné le sous chef de l’état major des forces armées iraniennes. En février 2000, le groupe a lancé une dizaine d’attaques contre l’Iran, dont une attaque au mortier contre un bâtiment du gouvernement à Téhéran abritant les bureaux du guide suprême et du président.

Les attentats terroristes du MeK ont ralenti en 2000 et 2001. Lorsque les forces américaines sont entrées en Irak en 2003, le MeK a reçu l’ordre de résister aux forces de la coalition. La direction du MeK et les Etats-Unis ont signé un cessez-le-feu officiel en mai 2003.

Maryam Radjavi et ses partisans contestent les accusations de terrorisme et les justifient en disant qu’il s’agissait d’attaques légitimes contre des cibles militaires.

Ali Safavi, haut membre de la Commission des Affaires étrangères du CNRI, a déclaré que le groupe avait « cessé toutes opérations militaires en juillet 2001 ». De plus, selon Safavi, « le MeK n’a jamais pris de civils pour cibles ».

Le groupe mène une campagne assidue pour être retiré de la liste du terrorisme. Lorsqu’on leur a demandé pourquoi selon eux ils paraissaient toujours sur celle-ci, Safavi a répondu : « Parce que (la secrétaire d’Etat américaine) Condoleezza Rice refuse d’appuyer sur le bouton effacer. Ce refus est motivé par la peur des Etats-Unis de briser ses ponts avec le régime de Téhéran ».

Dans une interview exclusive avec UPI, Maryam Radjavi a déclaré : « Le fait que nous paraissions sur la liste de la terreur est le résultat de la politique d’apaisement du régime des mollahs suivie par les gouvernements occidentaux. Cette politique a complètement échoué ».

Radjavi a ajouté : « Ces concessions renforcent le régime des mollahs. Elles contribuent à leur comportement rebelle. C’est le résultat de la politique des gouvernements occidentaux. Il n’y a aucune volonté en Occident de résister contre leur attitude, donc ils continuent de faire du chantage, de proférer des menaces et d’imposer leurs désirs à la communauté internationale. C’est comme ça qu’ils le voient. Et il s’agit d’une énorme erreur politique pour l’Occident. Les mollahs sont incapables de réforme. Ils tirent profit des erreurs que fait l’Occident. Alors imaginez le jour où les mollahs auront des armes nucléaires ».

Raymond Tanter, ancien membre du Conseil de la sécurité nationale sous Reagan, et qui fait campagne pour que le MeK soit retiré de la liste de la terreur américaine, affirme que le MeK est le seul groupe d’opposition à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran suffisamment organisé pour être en position de défier sérieusement le gouvernement actuel. Mais, selon un haut responsable européen qui a servi en Iran, « Le MeK est très méprisé en Iran ».

Lorsqu’on lui a demandé si le MeK pourrait envisager une alliance avec le fils du chah, l’héritier du trône du paon Reza Pahlavi, Radjavi a répondu : « La monarchie appartient désormais au passé ».

Pour sa part, Ali Safavi pense que « la renommée de Pahlavi n’est due qu’à l’infamie de son père ».

« Imposez des sanctions diplomatiques, économiques et sur le pétrole. Isolez les mollahs. Faites un geste qui montre aux mollahs la détermination des Etats-Unis et des pays occidentaux », a demandé Radjavi au président Bush. « Et immédiatement après, reconnaissez la résistance iranienne et le peuple d’Iran. Le reste, la résistance peut le faire toute seule. »