
L’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt a prononcé un discours marquant lors de la conférence « L’Iran au-delà de la guerre : le pouvoir du peuple », qui s’est tenue à Rome le 17 juillet 2026. S’adressant à Maryam Radjavi, il a salué le leadership dont elle fait preuve à la tête de la Résistance iranienne en cette période cruciale.
M. Verhofstadt a rejeté la fausse dichotomie consistant à choisir entre la guerre et la politique de complaisance, appelant les dirigeants européens à abandonner leur « politique du silence » néfaste pour adopter une « troisième stratégie » ferme.
Cette stratégie repose sur deux piliers essentiels :
- L’isolement total du régime : M. Verhofstadt a exhorté la communauté internationale à aller au-delà de la simple désignation du CGRI (Corps des gardiens de la révolution islamique) comme organisation terroriste. Il a appelé à des sanctions globales contre tous les soutiens du régime — y compris les responsables des forces de l’ordre, ainsi que les autorités financières et religieuses — ainsi qu’à l’expulsion complète de tous les diplomates du régime et à la saisie immédiate de leurs avoirs internationaux.
- Un engagement actif auprès de l’opposition : Le second pilier exige la reconnaissance formelle de l’opposition démocratique comme seule représentante légitime du peuple iranien. Cela implique de collaborer avec le gouvernement provisoire, d’utiliser le plan en dix points de Mme Radjavi comme base constitutionnelle et d’attribuer à la Résistance les sièges officiels et les rôles diplomatiques de l’Iran au sein des organisations internationales.
En soutenant officiellement le CNRI (Conseil national de la Résistance iranienne), a conclu M. Verhofstadt, les dirigeants européens peuvent exercer une pression réelle sur le régime et ouvrir la voie à une république libre et démocratique en Iran.
Voici des extraits du discours de Guy Verhofstadt :
Tout d’abord, je tiens à remercier Mme Radjavi pour son leadership en ces temps très difficiles, ces moments existentiels pour l’Iran. Nous avons tous le sentiment qu’au cours de ces jours, de ces semaines et de ces mois — et j’espère pas de ces années — se jouera l’avenir de ce grand pays et de son grand peuple. La question que je souhaite soulever aujourd’hui, comme l’indique l’affichage derrière moi, est la suivante : n’existe-t-il que deux solutions ou deux approches face à la question de l’Iran ? La guerre ou la politique de complaisance ?
Ayant pratiqué la politique de complaisance par le passé pendant des années — une politique qui se poursuit en Europe —, je suis un peu plus réservé quant à l’approche européenne de ces dernières années. N’y a-t-il pas d’autre voie ? N’y a-t-il que la guerre, telle qu’elle est déclarée et qu’elle se déroule actuellement en Iran ? Nous avons de plus en plus l’impression d’un état de guerre permanent, fait de hauts et de bas, avec des conséquences considérables pour le monde entier. Ou bien, si nous ne voulons pas de la guerre, reste-t-il la politique de complaisance ? N’avons-nous pas d’autre choix pour résoudre la crise iranienne et, surtout, pour libérer le peuple iranien ? Car c’est bien là l’objectif.
Former Belgian PM @guyverhofstadt: « Active engagement of Europe, that doesn’t mean with weapons and so on. Active #engagement with the Iranian people, the opposition in Iran and the organized resistance. That would be the basis for a new strategy. »https://t.co/R1xuwHy8bR
— NCRI-FAC (@iran_policy) April 24, 2026
La question demeure donc : quelle voie suivre ? Existe-t-il une alternative à un protocole d’accord partial, à la guerre larvée qui se joue actuellement ou à la politique d’apaisement du passé, notamment celle menée par l’Europe ? Je pense qu’une telle alternative existe, et il serait bon que les dirigeants européens — et pas seulement les Américains — s’en fassent les promoteurs. Ces derniers mois, j’ai beaucoup entendu parler des mollahs, du rôle des États-Unis et de la situation sur le terrain. En revanche, j’ai peu entendu parler d’un leadership européen ou de solutions européennes en ces temps difficiles.
Je pense qu’une troisième stratégie est possible. Je l’appelle une stratégie d’engagement actif du monde démocratique auprès du peuple iranien et de la Résistance iranienne, dans les plus brefs délais. Cette nouvelle stratégie d’engagement actif auprès du peuple iranien reposerait, selon moi, sur deux piliers, Madame Radjavi.
Le premier pilier consiste à isoler totalement le régime des mollahs, le plus rapidement possible. Il est très positif que le Corps des gardiens de la révolution islamique ait enfin été désigné comme organisation terroriste par la plupart des nations, comme nous le réclamions il y a quatre ou cinq ans — ou du moins il y a quatre ans. Mais cela ne suffit pas. Il n’y a pas que les Gardiens de la révolution ; il est également nécessaire de sanctionner tous les individus impliqués dans ce régime et qui en constituent l’ossature. Il peut s’agir de gardiens de prison, de policiers, de militaires, de dignitaires religieux, de responsables de banques et d’institutions financières en Iran, ainsi que de nombreuses personnes du monde scientifique collaborant avec ce régime iranien.
Former Belgian PM @guyverhofstadt: « This year will be special because it will be the year of change in #FreeIran2025, freedom from the mullahs’ dictatorship. Around the world, people are rising against dictatorship. »#NCRIAlternative pic.twitter.com/ENcBmqU8cr
— NCRI-FAC (@iran_policy) February 8, 2025
Deuxièmement, isoler ce régime implique d’expulser tous les diplomates, de fermer les ambassades et de renvoyer les ambassadeurs de nos capitales. Pourquoi continuons-nous à discuter et à raisonner avec ces individus qui ne représentent pas le peuple iranien, mais uniquement un régime criminel ? Troisièmement, cela signifie que nous devons saisir tous les biens, les propriétés immobilières et les comptes bancaires qu’ils détiennent hors d’Iran, …aussi rapidement que possible. Ce sont les trois mesures à prendre. C’est une excellente chose — et nous l’avons toujours réclamé — que de reconnaître le CGRI comme une organisation terroriste, mais il faut aller plus loin. Car autrement, le CGRI poursuivra ses activités par l’intermédiaire des personnes agissant pour le compte du régime.
C’est là le premier pilier : isoler résolument le régime. Le second pilier, qui n’a pas non plus été mis en œuvre, consiste à nouer un dialogue sérieux et rapide avec l’opposition démocratique et la résistance organisée, en les reconnaissant comme les seuls représentants actuels du peuple iranien. Ce rôle ne peut revenir au régime des mollahs ; il ne peut échoir qu’à l’opposition démocratique.
La question qui se pose aujourd’hui à nos dirigeants, Madame Radjavi, est la suivante : que signifie concrètement reconnaître l’opposition et la résistance organisée ? Cela implique de collaborer avec elles à l’élaboration d’une future constitution pour une république démocratique. Il s’agit de dire à l’opposition démocratique et à la résistance organisée : « Très bien, élaborez une constitution qui servira de fondement à une future république démocratique en Iran. » Cela signifie également travailler de concert avec le gouvernement provisoire. Vous avez constitué ce gouvernement provisoire ; le moment est venu de se mettre au travail. Troisièmement, cela implique aussi de leur attribuer les sièges actuellement occupés par le régime des mollahs au sein des organisations internationales. Pourquoi maintenir en place les représentants du régime des mollahs dans ces instances ? Ils pourraient être remplacés par des membres de l’opposition démocratique et de la résistance organisée. Enfin, cela signifie reconnaître les représentants de l’opposition démocratique et de la résistance organisée comme les seuls représentants légitimes, et leur confier des missions diplomatiques et des postes d’ambassadeurs officiels dans le cadre des relations internationales.
Former Belgian PM @guyverhofstadt outlines a bold strategy for Europe:
– Designate #IRGCterrorists
– Impose tougher oil and banking sanctions
– Expand personal sanctions on regime officials
– Recognize Iran’s democratic alternative and standing with its organized resistance pic.twitter.com/gCi2730SbO— NCRI-FAC (@iran_policy) December 24, 2024
Voilà ce que cela implique. Il ne s’agit pas simplement de dire : « Oh oui, nous connaissons la résistance, nous connaissons l’opposition démocratique. » Il s’agit de prendre des mesures officielles pour qu’ils soient reconnus, sur la scène internationale et diplomatique, comme les représentants du peuple iranien. Cela exercera une pression réelle sur l’Iran. Et je pense que le plan en dix points de Madame Radjavi constitue un excellent point de départ pour cette constitution ainsi que pour la reconnaissance de l’opposition démocratique et de la résistance organisée. Mon souhait est donc que nos dirigeants européens mettent fin, dans les plus brefs délais, non seulement à leur politique d’apaisement, mais aussi à leur politique actuelle de silence — une attitude que je juge encore pire que la politique de complaisance, s’agissant d’un silence pur et simple — et qu’ils commencent à jouer un rôle actif dans ce conflit. Ce rôle actif pourrait consister à reconnaître, au plus vite, l’opposition démocratique et la résistance organisée comme les véritables représentants officiels du peuple iranien.
Madame Radjavi, vous le savez, je vous ai suivie dans de nombreuses capitales européennes. Nous avons déjà beaucoup œuvré à Bruxelles ainsi qu’au Parlement de la République française. Aujourd’hui, nous sommes à Rome. Je n’ai qu’un seul souhait : que la prochaine fois, vous m’invitiez à Téhéran, et ce, dans les plus brefs délais.
Je vous remercie.

