CNRI – En août 2013, après avoir représenté pendant vingt-quatre ans le guide suprême dans la plus haute instance sécuritaire en Iran, le Conseil suprême de sécurité, Hassan Rohani prend ses fonctions de président du régime.
La devise affichée de son nouveau mandat est la «modération ». Les tenants du changement au sein de la dictature religieuse s’enflamment pour ce président, dans l’espoir d’une ouverture qui permettrait de conserver cette théocratie. Ils espèrent avec la fin de l’extrémisme marqué par Ahmadinejad, voir une ère promettant une manne commerciale et une cohérence politique.
Un an plus tard, dans les villes et les villages d’Iran nul ne sent le changement, même dans les domaines économiques et sociaux. Ali Tayebnia, ministre de l’économie de Rohani, explique le 2 août qu’ « au cours de son histoire, l’économie iranienne n’a jamais connu de conditions aussi complexes qu’aujourd’hui. En ce moment, le gouvernement traine une dette 250.000 milliards de tomans (…) alors que son budget plafonne entre 10 à 20.000 milliards. »
Le projet nucléaire du régime continue et son ingérence en Irak et la Syrie s’est aggravée. Toutefois, le premier indicateur pour le bilan de Rohani reste des droits humains.
La situation des droits de l’homme en Iran
Pendant la première année du mandat de Rohani, on a dénombré au moins 793 exécutions, un total sans précédent dans les annales de ces 25 dernières années en Iran.
Cela concerne au moins 31 femmes, 38 prisonniers politiques et 12 condamnés encore mineurs au moment du délit présumé. Au moins 46 de ces pendaisons ont eu lieu en public.
Le nombre d’exécutions dans la seconde moitié de l’année persane 1392 (octobre 2013 à mars 2014), quand Hassan Rohani assumait ses fonctions, est le double de celui des six premiers mois.
Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a déclaré à Genève le 11 mars 2014 : « Malgré les promesses faites par le président lors de sa campagne et après sa prestation de serment, le nouveau gouvernement n’a pas changé d’approche pour l’application de la peine de mort et semble avoir suivi la pratique des gouvernements précédents, qui s’appuyaient fortement sur la peine de mort en vue de lutter contre la criminalité. »
Le 5 juin, un groupe d’experts des droits de l’homme de l’ONU a dénoncé comme injuste l’exécution du prisonnier politique Gholamreza Khosravi Savadjani le 1er juin. Amnesty International avait publié plusieurs appels en sa faveur et la veille de sa mort avait mis en garde contre l’imminence de la pendaison de ce partisan actif de l’organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI).
M. Khosravi avait été arrêté en 2008 et dans un premier temps condamné à six ans de prison. Alors qu’il purgeait sa peine, il a été jugé à nouveau en 2011 et condamné à mort pour moharebeh (guerre contre Dieu) pour avoir collecter des informations et envoyé une aide financière à une chaine de télévision satellite. Le corps de M. Khosravi n’a pas été rendu à sa famille et il a été enterré dans le plus grand secret.
La montée des violations des droits humains au fil de l’année écoulée est évidente dans tous les domaines :
Les droits humains sous Rohani : Attaquer l’opposition organisée
Le 1er septembre 2013, lors d’une attaque planifiée et menée à la demande du régime iranien, les forces du gouvernement irakien, à la solde de Téhéran, ont exécutés 52 membres de l’OMPI au camp d’Achraf, foyer en Irak des réfugiés opposés au régime iranien. Six femmes et un homme ont également été pris en otages.
Puis, le 26 décembre, une attaque à la roquette a visé ce même groupe d’exilés dans leur nouveau foyer au camp Liberty, faisant quatre morts et des dizaines de blessés. Ces attaques nécessitent l’autorisation de Rohani, car il n’est pas seulement président mais aussi le chef du Conseil suprême de sécurité nationale.
Le mollah Mahmoud Alavi, ministre du renseignement de Rohani, a commenté ces attaques dans le quotidien Etemad : «Nous félicitons la nation irakienne, et la nation iranienne qui souffre, pour cet acte héroïque. »
Les droits humains sous Rohani : les minorités ethniques
Dans une déclaration en 10 points le 30 mai 2013, Hassan Rohani a promis d’examiner les revendications des minorités ethniques. Cette promesse, non seulement n’a pas été tenue, mais la répression et la discrimination contre les minorités ont augmenté.
Sur les 38 prisonniers politiques pendus la première année de sa présidence, vingt-quatre étaient des militants baloutches, huit étaient des Arabes Ahwazi et cinq Kurdes. En outre, Gholamreza Kosravi Savadjani a été pendu pour son soutien à l’OMPI.
Dans un de ces cas, 15 prisonniers baloutches ont été pendus ensemble ; et dans des représailles, huit prisonniers baloutches ont été pendus en groupe à la prison de Zahedan après l’assassinat du Procureur général de Zabol.
Quatre détenus ont été pendus pour leur soutien à des partis politiques kurdes. Des arabes Ahwazi figuraient parmi les prisonniers politiques exécutés pendant cette période.
Les droits humains sous Rohani : les minorités religieuses
Le 24 août 2013, un bahaï du nom d’Ata’ollah Rezvani a été assassiné dans la ville de Bandar Abbas. Il était membre actif de la communauté bahaïe dans la capitale de l’Hormozgan, province du sud de l’Iran qui borde le Golfe persique.
Dans son rapport de mars 2014, Ahmed Shaheed, Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans la République islamique, a déclaré que 110 bahaïs sont actuellement en prison en Iran en raison de leur foi. Par ailleurs, au moins 1500 étudiants sont privés d’études universitaires parce qu’ils sont bahaïs.
Le 26 août 2013, Saïd Abedini, un pasteur irano-américain a été condamné à huit ans de travaux forcés. Avant cela, Abedini avait révélé dans une lettre qu’il avait été battu et privé de soins médicaux.
A la veille de Noël, le tribunal de la révolution de Téhéran a condamné Vervir Avanessian, un pasteur retraité de l’Eglise AOG, à trois ans et demi de réclusion.
Le 6 janvier, Hossein Saketi Aramsary, un chrétien nouvellement converti, a été condamné à un an de travaux forcés pour prosélytisme.
Dans la première semaine de janvier 2014, l’Organisation internationale Portes Ouvertes a déclaré qu’en termes de harcèlement des chrétiens, l’Iran figure parmi les dix premiers pays au monde.
Les droits humains sous Rohani : la répression des femmes
Basé sur une directive ratifiée par le conseil municipal de Téhéran, le 17 mai 2014, un plan répressif de «séparation des sexes » a été secrètement mis en place dans les mairies d’arrondissements de la capitale par le maire Mohammad Bagher Qalibaf.
De fait, « tous les administrateurs supérieurs ou médians devront utiliser uniquement des employés de sexe masculin pour des postes de chef de bureau, secrétaire, opérateur de téléphone, dactylo, chargé de suivi, etc, dans leur bureau», selon l’agence officielle ISNA. Dans le cadre de la mise en œuvre de cette directive, des postes ont été interdits aux femmes, qui ont donc perdu leur emploi à la municipalité.
La mise en œuvre de ce plan a suscité l’indignation publique, en particulier des femmes. Les autorités l’ont fermement défendu. Le chef du tribunal administratif, Ali Akbar Bakhtiari, a estimé que ce plan «sécurisait l’intégrité des femmes sur leur lieu de travail » et que ce n’était pas «une discrimination ou une ségrégation sexuelle. » Mostafa Pour-Mohammadi, ministre de la Justice de Rohani, a considéré que c’était «conforme aux valeurs du régime qui permettrait d’accroître les bénéfices. » Plus de 183 membres du parlement des mollahs ont qualifié ce plan misogyne « d’attention particulière et d’hommage aux femmes. »
Ce plan a maintenant été étendu à d’autres organisations du régime comme la Cour de justice administrative et l’agence de presse officielle Tasnim, affiliée à la Force terroriste Qods.
Dans le droit fil de cette politique, Téhéran envisage de séparer les bancs pour les garçons et les filles dans les parcs. L’Université des sciences et de technologie de la capitale a publié un plan répressif dit «Charte Morale » sur la base duquel « aucune relation sociale entre les filles et les garçons n’est autorisée sur le campus. »Des règlements de cette charte interdisent aussi le parfum ou la lotion après-rasage.
Les droits humains sous Rohani : La répression dans les universités
Amnesty International a annoncé dans un rapport le 30 mai 2014 que «les étudiants militants, les réformistes et les universitaires perçue comme laïcs sont traqués par les autorités (…) Malgré les premières mesures prises par l’administration du président Hassan Rohani pour permettre le retour en cours d’étudiants et d’universitaires interdits, la situation reste désastreuse. Des centaines d’étudiants continuent d’être exclus de l’enseignement supérieur et beaucoup restent en prison, avec de nouvelles arrestations depuis l’élection du président Hassan Rohani. Alors que la première année scolaire sous son mandat arrive à son terme, de nombreuses restrictions restent en place. »
Les droits humains sous Rohani : la répression de la presse
Reporters sans frontières dans son rapport annuel le 18 décembre 2013 a annoncé que 42 reporters ou journalistes ont été arrêtés depuis l’élection de Rohani et 12 publications ont été fermées.
Selon Reporters sans frontières, il y a actuellement 65 journalistes derrière les barreaux en Iran. A cet effet, l’Iran compte parmi les cinq premiers pays où sont emprisonnés le plus grand nombre de journalistes. Il détient aussi le record du plus grand nombre de femmes journalistes emprisonnées et a été qualifié par le Comité de protection des journalistes comme l’un des pires en matière de répression de la presse dans le monde.

