AccueilActualitésActualités: Terrorisme & intégrismeIran - Quand l’ancien commandant en chef des Pasdaran reconnait la futilité...

Iran – Quand l’ancien commandant en chef des Pasdaran reconnait la futilité de l’offensive contre l’Irak

Iran - Quand l’ancien commandant en chef des Pasdaran reconnait la futilité de l’offensif contre l’Irak

Dans une prise de position qui a stupéfié les cercles du pouvoir iranien, l’ancien commandant-en-chef des gardiens de la révolution (Pasdaran) a reconnu la futilité de la guerre Iran-Irak. Or Mohsen Rezaï commandait justement les Pasdaran pendant la guerre. Désormais secrétaire du puissant Conseil de discernement des intérêts de l’Etat, il est aussi conseiller du QG opérationnel des pasdaran pour la guerre en Syrie.

Il a expliqué sur la chaîne officielle Shabakeh Khabar qu’après la libération de la ville iranienne de Khorramchahr, les forces militaires du régime « n’auraient pas dû pénétrer en territoire irakien. Nous aurions dû avertir le gouvernement irakien que s’il ne se pliait pas à nos exigences, nous mettrions les pieds en Irak. »

Jusqu’à ce jour, les autorités en Iran avaient toujours soutenu bec et ongles l’entrée des forces iraniennes en Irak deux ans et demi après le déclenchement du conflit, et appuyé la prolongation des combats pendant encore six ans.

Deux ans et demi après le déclenchement de la guerre, les forces irakiennes s’étaient retirées de l’essentiel du territoire iranien, y compris de Khorramchahr. Malgré le cessez-le-feu proposé par Bagdad, Khomeiny avait refusé et ordonné à ses troupes d’entrer en Irak. L’agression allait durer six ans avec pour mot d’ordre « la libération de Qods (Jérusalem) via Kerbala », de quoi se justifier aux yeux de ses troupes en avançant que la prise de Kerbala en Irak serait le prélude de la prise de Jérusalem.

Dans sa récente déclaration, Mohsen Rezaï estime que l’entrée des troupes en Irak était due à « l’inexpérience » des autorités iraniennes, tout en reconnaissant que Khomeiny voulait que la guerre se poursuive « jusqu’à la chute de Saddam Hussein ». Les dirigeants manquant « inexpérimentés » ne peuvent donc être que Khomeiny en personne. S’attaquer ainsi au pilier de la théocratie a déclenché une levée de boucliers en interne au sein du pouvoir.

Le régime des mollahs a toujours taxé de « traitres » ceux qui critiquaient la poursuite de la guerre après le retour des Irakiens derrière leur frontière, visant en premier l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI). En réalité au début de la guerre, les forces de l’OMPI s’étaient battues contre les troupes irakiennes qui avaient agressé le pays. Mais après leur retrait, l’OMPI s’était opposée à la poursuite des combats et au bellicisme de Khomeiny ; elle avait mené une vaste campagne en faveur de la paix.

Afchine Alavi, membre de la commission des Affaires étrangères du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), explique que cette déclaration de Rezaï est due au fait que « le peuple iranien exècre toujours la guerre qu’a menée Khomeiny contre l’Irak et qui a entrainé un million de morts et d’innombrables blessés. Ce sujet remonte en surface aujourd’hui et interpelle le régime, comme le massacre des prisonniers politique de 1988. Les autorités tentent de se disculper de crainte de devoir rendre des comptes. Mais elles ne pourront éviter de répondre un jour pourquoi et comment elles ont envoyé à la mort des dizaines de milliers d’enfants sur les champs de mines. »

« Les déclarations d’un des plus hauts responsables militaires du régime pendant la guerre, constate Afchine Alavi, ébranle sérieusement l’image emblématique que les mollahs voulaient donner de Khomeiny, d’autant plus qu’ils surviennent après la révélation des propos de l’ayatollah Hossein-Ali Montazeri qui avait prédit que Khomeiny serait considéré comme un des criminels les plus cruels de l’histoire.

Le rebondissement au mois d’août du massacre de 30.000 prisonniers politiques en 1988, qui continue à faire des vagues, et maintenant la mise en cause de l’agression contre l’Irak qui a laissé mille milliards de dollars de dégâts et des millions de tués et de blessés constituent une succession de coups portés à la totalité du régime fondé par Khomeiny. Après la diffusion des propos de Montazeri, le Guide suprême Ali Khamenei s’était inquiété de voir ternir l’image de Khomeiny alors que l’on tentait de réhabiliter celle de l’OMPI. »

« Il est clair, estime Afchine Alavi, que malgré la propagande officielle, la guerre avec l’Irak est restée impopulaire dans la société iranienne et les autorités tentent de s’en laver les mains. Pendant des années, la propagande visant à salir l’image de sa principale opposition, les Moudjahidine du peuple, s’est appuyée sur la campagne de ces derniers contre la poursuite de la guerre. Aujourd’hui, même le commandant chargé de mener cette guerre reconnait que ces morts et ces destructions ont été inutiles et le résultat de l’inexpérience ! ».

« Les propos récents de Mohsen Rezaï – qu’il a ensuite tenté d’arrondir après la salve de critiques de son camp – sont, sans le vouloir, un nouveau pas qui démasque un peu plus à l’opinion publique le terrible visage criminel de Khomeiny, conclut Afchine Alavi. Ces déclarations viennent aussi démontrer la justesse de la position tenue pendant de longues années par l’OMPI qui s’est opposée aux conséquences d’une guerre antipatriotique. Chaque jour la société découvre qui sont les véritables « traitres » aux intérêts de la nation iranienne. Des traîtres aujourd’hui au pouvoir mais qui devront un jour répondre devant des tribunaux internationaux pour leurs crimes contre l’humanité dans les prisons iraniennes et leurs crimes de guerre dans la guerre Iran-Irak. »