
Une vague de protestations a déferlé sur l’Iran le lundi 8 décembre 2025, avec des slogans dénonçant la corruption du régime. Si les griefs économiques restent au cœur des revendications, les manifestants ciblent de plus en plus les institutions financières les plus riches du régime, contrôlées directement par le bureau du Guide suprême et les Gardiens de la révolution (CGRI). Ce mouvement de contestation coïncide avec l’effondrement catastrophique de la monnaie nationale et une flambée soudaine et astronomique du prix des médicaments essentiels.
Cibler les piliers du pillage
Le lundi 8 décembre, des retraités du secteur des télécommunications ont organisé des rassemblements simultanés dans plus d’une douzaine de provinces, dont Téhéran, Kermanshah, Hamedan, Tabriz, Ispahan, Gilan, le Kurdistan, Fars, le Lorestan, Hormozgan, Kerman et Zanjan.
December 8—Zanjan, Iran
Retirees of the Telecommunications Company of Iran (TCI) rallied in heavy rain outside the telecom building, condemning oppression and the plunder of public resources by EIKO, the IRGC Cooperative Foundation, and leadership-linked institutions.… pic.twitter.com/d3xbjgw7Ap— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 8 décembre 2025
Contrairement aux conflits sociaux habituels, les manifestants ont explicitement dirigé leur colère contre le comité pour « l’Exécution de l’ordre de l’Imam Khomeini » (EIKO ou Setad) et la « Fondation coopérative des Gardiens de la révolution » (Bonyad Taavon Sepah). Ces entités, qui contrôlent de vastes pans de l’économie iranienne, ont été accusées par les retraités de détourner les fonds destinés à leurs pensions.
À Téhéran, l’atmosphère était particulièrement tendue. Les retraités se sont rassemblés pour scander des slogans contre l’appareil de propagande du régime, criant : « Honte à notre télévision d’État ! », et dénonçant le silence des médias face à leur situation. Pendant ce temps, à Zanjan, malgré les fortes pluies, les retraités ont tenu bon, refusant de se disperser tant que leurs slogans contre « l’oppression et le pillage » du régime n’auraient pas été entendus. À Kermanshah, les manifestants ont exigé une enquête immédiate sur le pillage des ressources par les institutions dirigeantes.
Grèves et crise du système de santé
Le mécontentement ne se limitait pas aux retraités. À Kermanshah, le personnel de divers centres de santé et cliniques s’est rassemblé devant le bureau du gouverneur. Ce rassemblement s’inscrivait dans un mouvement national de protestation des personnels de santé contre le non-paiement de leurs salaires et la dégradation de leurs conditions de travail.
December 8—Kermanshah, western Iran
Health workers from clinics, bases, and rural health houses rallied outside the governor’s office as part of a nationwide action, protesting violated rights, unfair conditions, and systemic oppression. They demand justice, job security, and… pic.twitter.com/rTqG1GqyYo— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 8 décembre 2025
Simultanément, dans la ville portuaire stratégique de Chabahar, au sud-est de l’Iran, le secteur industriel a connu d’importantes perturbations. Les ouvriers du projet Mokran Steel ont entamé une grève après trois mois sans salaire. Un ouvrier gréviste a déclaré : « Les ouvriers de ce projet n’ont pas été payés depuis des mois, et les responsables ne font que retarder les paiements avec de vaines promesses et des mensonges sur le lendemain. »
Le choc des médicaments : une hausse de prix de 9 000 %
La manifestation la plus frappante de la crise économique s’est peut-être produite à Téhéran, où des citoyens se sont rassemblés devant les pharmacies pour protester contre la pénurie soudaine et l’explosion du prix du Cystagon, un médicament vital pour les patients atteints de certaines maladies génétiques.
Selon les manifestants, le prix du médicament est passé de 500 000 tomans à 45 millions de tomans en un seul mois, une augmentation vertigineuse qui le rend totalement inaccessible aux familles ordinaires. Des témoins rapportent que les forces de police sont intervenues pour disperser la foule en colère.
Cette crise fait suite à la suppression du taux de change préférentiel pour les médicaments importés. Le directeur général de l’Association iranienne de la thalassémie a averti que cette décision politique est à l’origine d’une « catastrophe », prévoyant que les coûts pour les patients atteints de maladies spécifiques seront multipliés par 4 à 12. « Nombreux sont ceux qui ne pourront plus se permettre d’acheter des médicaments essentiels », a-t-il averti.
Chute libre économique et déclencheur de la crise
Ces manifestations sont alimentées par une chute libre de la monnaie. Lundi, le dollar américain a franchi la barre des 126 000 tomans, tandis que la livre sterling a dépassé les 166 000 tomans. La pièce d’or « Emami » a quant à elle franchi le seuil des 134 millions de tomans.
December 8—Tehran, Iran
Citizens gathered outside pharmacies to protest the skyrocketing price of Sistagon, rising in one month from 5 million to 450 million rials. They demand affordable medicine and an end to rampant drug inflation.#IranProtests pic.twitter.com/gJN8k1hd7x— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 8 décembre 2025
Dans ce contexte d’instabilité, le gouvernement a annoncé une décision controversée concernant les prix des carburants. Un porte-parole du gouvernement a confirmé qu’à compter du samedi 13 décembre, un « troisième tarif » pour l’essence sera appliqué, fixé à 5 000 tomans le litre. Ce tarif étant variable, il fait craindre de nouvelles hausses dans les mois à venir.
Alors que la monnaie s’effondre et que les produits de première nécessité, comme les médicaments, deviennent des articles de luxe, la hausse imminente du prix des carburants fait peser un risque important sur le mécontentement populaire. La conjonction de ces facteurs laisse penser que la société iranienne est au bord de la rupture, et des informations en provenance du terrain indiquent que la colère nationale est sur le point d’éclater.

