
Suite à l’activation du mécanisme de « snapback » de l’ONU par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, l’establishment iranien traverse l’une des périodes les plus précaires de ces dernières années. Les responsables sont confrontés simultanément à de graves menaces économiques, à des divisions factionnelles croissantes et à des inquiétudes croissantes concernant les activités de l’opposition organisée à l’intérieur et à l’extérieur du pays, notamment celles liées à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK).
Les retombées économiques alimentent l’inquiétude du régime
La réactivation des sanctions de l’ONU menace d’aggraver la crise économique iranienne, qui, selon les responsables eux-mêmes, pourrait devenir incontrôlable :
Hossein Salahvarzi, ancien président de la Chambre de commerce du régime, a estimé le 26 août que les mesures de retour pourraient réduire les exportations pétrochimiques de 5 à 8 millions de tonnes, anéantir 3 à 5 milliards de dollars de recettes en devises et avoir un impact sur les secteurs bancaire, des transports, de l’agriculture et des investissements étrangers dans leur ensemble.
Un rapport de la Chambre de commerce, qui a fuité, a averti que le retour des sanctions pourrait faire grimper l’inflation au-dessus de 90 % et entraîner le rial vers des niveaux historiquement bas.
Ce rapport a suscité une telle inquiétude que les services de renseignement du CGRI ont interrogé des membres de l’unité des affaires internationales de la Chambre et ont fait pression sur l’organisation pour qu’elle rétracte ses conclusions. Les analystes voient dans cette intervention un signe que les autorités cherchent à limiter les dégâts, afin d’éviter la panique publique face au choc économique imminent.
Fractures internes et luttes intestines
La crise des sanctions a révélé de profondes divisions au sein de l’establishment religieux et entre des centres de pouvoir rivaux :
Les législateurs proches de factions extrémistes exigent des représailles agressives, notamment un projet de loi parlementaire en trois volets proposant le retrait du Traité de non-prolifération (TNP) et l’arrêt de la coopération avec l’AIEA, la fin de toutes les négociations avec les puissances occidentales et l’accélération du programme nucléaire iranien.
Au sein du gouvernement, des responsables proches du président du régime, Massoud Pezeshkian, mettent discrètement en œuvre des mesures de sécurité – notamment l’autonomisation des gouverneurs de province et la relance des systèmes de « gestion de quartier » gérés par les mosquées – afin de se préparer à d’éventuels troubles. Parallèlement, les tenants de la ligne dure au Parlement avertissent que tout débat public sur les négociations ou les sanctions pourrait « envoyer des signaux de faiblesse » aux puissances occidentales.
D’anciens responsables des services de renseignement, dont Hesamoddin Ashna, admettent qu’aucune faction ne veut endosser la responsabilité de la crise des sanctions, tout en se rejetant ouvertement la responsabilité des erreurs stratégiques.
La « guerre des déclarations » croissante reflète une rupture de cohésion au sommet, suscitant des doutes quant à la capacité du régime à gérer simultanément les défis diplomatiques, économiques et intérieurs.
L’ombre de l’OMPI
Dans ce contexte de pressions, les responsables iraniens continuent de présenter l’OMPI comme une préoccupation sécuritaire majeure, liant les troubles potentiels à l’influence du groupe :
Mansour Haghighatpour, ancien député de haut rang et membre du Conseil suprême de sécurité nationale, a admis que malgré quatre décennies de répression, le réseau clandestin de l’OMPI restait largement intact, déclarant : « L’OMPI n’a perdu que trois ou quatre membres ; les autres sont sains et saufs.»
Reza Nouri, imam de la prière du vendredi à Bojnourd, a mis en garde les critiques et les soi-disant réformistes contre toute « aide à l’ennemi », déclarant : « Ne remplissez pas le réservoir de l’ennemi. Ne versez pas d’eau dans le moulin de l’OMPI. »
Alireza Salimi, membre du présidium du Parlement, a reconnu, fait rare, qu’au début de la révolution, des enfants de hauts dignitaires religieux avaient rejoint l’OMPI – et que des personnalités comme Mohammad Ghilani et Ahmad Jannati avaient même signé les ordres d’exécution de leurs propres fils en signe de loyauté.
Ces déclarations témoignent de préoccupations persistantes quant à la portée idéologique de l’OMPI et à sa capacité à mobiliser des segments de la société mécontents, notamment dans un contexte économique dégradé.
Renforcement de la sécurité et répression préventive
Les autorités réagissent par un renforcement des mesures de sécurité, la relance de programmes de surveillance de quartier et des plans de mobilisation dans les mosquées, rappelant les tactiques utilisées lors des soulèvements des années 1980.
Une décision controversée de la Cour suprême accorde aux forces de sécurité l’immunité juridique en cas de tirs « accidentels », les protégeant ainsi de toute poursuite même en cas de mort de civils.
Les provinces ont reçu l’ordre de se préparer à des « troubles importants », et les gouverneurs locaux se voient conférer des pouvoirs accrus pour gérer la crise.
Ces mesures suggèrent que le régime s’attend à une intensification des manifestations et se prépare à un scénario où difficultés économiques et mécontentement politique convergent.
Au sein du gouvernement, des responsables proches du président du régime, Massoud Pezeshkian, prennent des mesures discrètes mais délibérées pour se préparer à d’éventuels troubles. Majid Ansari, adjoint de Pezeshkian aux affaires juridiques, a confirmé que les gouverneurs de province se sont vu accorder des pouvoirs étendus et les a exhortés à « se préparer à un soulèvement majeur ». Il a révélé que ce processus avait débuté il y a deux mois et que des mesures d’urgence supplémentaires seraient bientôt mises en œuvre. Cette décision témoigne d’une inquiétude croissante au sein de l’administration quant au risque que le choc économique provoqué par le renouvellement des sanctions de l’ONU ne déclenche une instabilité généralisée.
Selon un haut conseiller du régime, « l’Iran entre en territoire inconnu ».

