samedi, décembre 6, 2025
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Le régime iranien se prépare à des troubles alors que les crises convergent

Le régime iranien se prépare à des troubles alors que les crises convergent
Affrontements de rue en Iran lors du soulèvement de 2019

À la mi-novembre, les téléphones portables à travers l’Iran ont sonné avec un message d’« alerte d’urgence » test. Les autorités ont déclaré que cet exercice national était destiné aux tremblements de terre et aux inondations, mais il est intervenu la semaine du massacre de novembre 2019, le jour où les députés dénonçaient la faim et le manque de carburant, où le chef du pouvoir judiciaire exhortait les procureurs à « être fiers » de traquer les ennemis intérieurs, et où un journal des Gardiens de la révolution qualifiait de trahison toute discussion sur la démission du président. Un membre du gouvernement a également démissionné du Conseil de l’information après avoir publiquement exprimé sa « honte » concernant une nomination clé annoncée le jour même où un journaliste s’est suicidé sous la pression économique. Prises ensemble, ces mesures révèlent un régime qui se prépare à la confrontation avec le peuple iranien et la résistance, et non à une véritable gestion de crise.

Gestion de crise sans consentement

L’exercice d’alerte d’urgence, mené par l’organisation de défense passive et le ministère des Communications, a été présenté comme une amélioration de la sécurité, mais a surtout servi à tester la rapidité avec laquelle l’État peut diffuser des messages ciblés à des millions de téléphones. Ce même système, capable d’alerter en cas d’inondation, peut aussi ordonner à la population de rester chez elle ou justifier des coupures de courant soudaines lorsque des manifestations s’étendent.

Le chef du pouvoir judiciaire, Gholam-Hossein Mohseni Eje’i, a fourni le scénario. Le 14 novembre 2025, il a enjoint aux procureurs d’être « fiers » de pouvoir « identifier, réprimer et punir » les « agents intérieurs » de l’ennemi, une étiquette qu’il a étendue à quiconque « crée des divisions » ou « exerce sciemment une pression sur les moyens de subsistance de la population et l’économie ». Les protestations économiques, la dénonciation de la corruption et les critiques acerbes sont toutes intégrées au dossier de la sécurité.

Dès lors que la pénurie elle-même devient un champ de bataille, le débat politique se réduit à des tests de loyauté. Au lieu de se demander pourquoi les gens font la queue, les autorités cherchent à savoir qui « a donné un prétexte à l’ennemi ».

Carburant, pain et un Parlement terrorisé

La crise du carburant, comme la décrivent les députés, est devenue un nouveau point de friction. Dans leur lettre d’avertissement à Massoud Pezeshkian, ils admettent un déficit quotidien de 20 millions de litres d’essence entre la production et la consommation, ainsi qu’une facture d’importations de plusieurs milliards de dollars. Ils présentent ensuite immédiatement le risque comme une conséquence « sociale et sécuritaire » d’une flambée des prix.

Leurs plaintes concernant une « carte station-service » plus chère, des tarifs d’électricité plus élevés et 50 millions de litres par jour transitant par des « cartes d’urgence » anonymes ne constituent pas une défense des plus démunis ; On craint qu’une hausse généralisée et flagrante des tarifs ne déclenche une nouvelle révolte du type de celle d’Aban. Même les histoires d’un sans-abri bénéficiaire de l’aide sociale avec 2 millions de tomans ou de l’envolée des prix des produits laitiers sont utilisées comme des avertissements, et non comme un ordre de changer de cap. Le message adressé au président est clair : renforcer le contrôle, éviter les chocs visibles, ou descendre dans la rue.

Points de tension : de l’usine à la ville minière

À la base de la pyramide, le tableau est celui d’une société à fleur de peau. À Mamasani, un ouvrier d’une sucrerie raconte comment l’usine a été cédée à un importateur sans aucun intérêt pour la culture de la betterave, puis revendue avec un plan de paiement échelonné jamais remboursé, laissant l’usine à moitié morte et les employés « détruits ». Il prévient que si rien ne change, « un incident comme celui d’Ahvaz » se produira – une allusion directe à l’immolation d’Ahmad Baledi à Ahvaz après la destruction de son étal et les pressions qui l’ont poussé au désespoir. À Takab, les travailleurs contractuels de la mine d’or de Zarreh Shouran se sont mis en grève et ont manifesté pour protester contre le non-paiement de leurs salaires et les conditions de travail brutales dans l’un des gisements phares du régime, voyant l’or quitter la province tandis que leurs familles s’enfoncent toujours plus dans la pauvreté.

Il ne s’agit pas de manifestations isolées, mais d’instantanés d’un phénomène plus vaste : ouvriers, enseignants, retraités, employés municipaux et bénéficiaires de l’aide sociale participent tour à tour à des manifestations, des sit-in et des grèves de courte durée, souvent dans plusieurs villes simultanément. Leurs slogans lient directement le non-paiement des salaires et l’effondrement des services publics à la nature même du système, et non à tel ou tel ministre. Ces mêmes pressions se retournent parfois contre leurs auteurs – de Baledi à Ahvaz à un militant médiatique proche du pouvoir qui s’est récemment suicidé après avoir exprimé son désespoir face à la situation du pays et aux conditions de travail imposées par le régime. Pris ensemble, ces incidents survenus au travail et ces actes de désespoir témoignent d’une société où une nouvelle éruption de violence à l’échelle nationale n’est pas un risque lointain, mais une possibilité toujours présente.

La tempête parfaite

Même les médias d’État admettent désormais qu’un grave problème se situe au-dessus du gouvernement. Les critiques envers Pezeshkian fusent de toutes parts : d’anciens alliés « réformistes », qui ont contribué à la formation de ce gouvernement, exigent désormais un remaniement ministériel, voire sa démission, tandis que les factions les plus radicales militent pour la destitution des ministres et l’affaiblissement de la présidence.

Dans une interview, Hosein Marashi, un proche du pouvoir, a dénoncé l’inaction de Pezeshkian et a exprimé la même idée plus directement : le pouvoir est concentré entre les mains du Guide suprême, tandis que la responsabilité d’une économie en ruine et de la gestion quotidienne du pays incombe au gouvernement. Le président n’est pas le commandant en chef des armées ; le ministre de la Justice n’a aucun contrôle sur le système judiciaire ; avec cette structure « insulaire », affirme-t-il, le pays est ingouvernable.

Le lendemain, Kayhan, organe de presse de Khamenei, réplique en accusant Marashi de parler de concert avec « les ennemis du système » et en se vantant que ce sont les pouvoirs du Guide qui ont sauvé certains « séditieux » de la potence – un avertissement clair à quiconque remet en question cette hiérarchie.

La crise interne s’aggrave. Fayaz Zahed, membre du Conseil de l’information du gouvernement, a été écarté après avoir publiquement déclaré avoir « honte » de la décision de Massoud Pezeshkian de nommer un proche allié du défunt président Ebrahim Raisi à un poste clé dans le secteur de l’énergie. L’ancien président Mohammad Khatami exhorte les acteurs politiques à « soutenir le gouvernement », à ne critiquer que modérément et à toujours proposer des « solutions » techniques plutôt que de remettre en question le système lui-même. Du côté extrémiste, le quotidien des Gardiens de la révolution, Javan, a averti que même l’idée d’une démission de Pezeshkian est un acte de « trahison », qu’elle vienne des « réformistes ou des conservateurs ».

Ensemble, ces signaux tracent une ligne de démarcation : les factions sont libres de se quereller sur le style, les nominations et les accusations mutuelles, mais elles n’ont pas le droit de contester le monopole du pouvoir du Guide suprême – surtout maintenant, alors que la société est en proie à l’explosion et qu’une nouvelle révolte nationale est imminente.