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Le régime acculé met en garde contre la résistance organisée en Iran

Le régime acculé met en garde contre la résistance organisée en Iran
Des manifestants affrontent les forces de sécurité dans les rues d’Iran lors du soulèvement de 2022 contre la dictature cléricale

Les dirigeants de Téhéran ont passé les dernières semaines à afficher leur défiance à l’Occident, mais leurs propos pointent ailleurs, vers le véritable danger. Les hauts responsables et les médias du régime ne cessent de parler d’un « ennemi intérieur », une résistance organisée à l’échelle nationale qui, selon eux, peut transformer n’importe quelle manifestation en une contestation du pouvoir. Cette contradiction n’est pas un lapsus ; c’est un aperçu de la hiérarchie des menaces que l’État clérical craint réellement.

L’ennemi qu’ils nomment
Le 27 septembre 2025, lors de la sixième cérémonie en hommage aux vétérans du régime à Téhéran, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni-Ejei, a présenté la période post-1979 non seulement comme une guerre avec l’Irak, mais aussi comme une « guerre interne », reconnaissant ouvertement l’existence d’une lutte sur deux fronts. Pendant des décennies, le régime a tenté de présenter l’OMPI comme une extension irakienne, mais les propos de Mohseni-Ejei ont un autre sens : une véritable bataille a eu lieu en Iran. Cette reconnaissance est historiquement exacte, mais son objectif, en la formulant aujourd’hui, est politique : rappeler à une base ébranlée que le système a survécu à une guerre interne et l’exhorter à ne pas perdre confiance face aux crises actuelles.

L’ancien commandant du CGRI, Ahmad Gholampour, a été encore plus explicite. Dans une émission du 21 septembre 2025, il a déclaré que l’OMPI avait « transformé Téhéran en champ de bataille », situant le principal risque pour le régime dans la capitale plutôt que sur les fronts étrangers. Son récit de la phase finale de la guerre des années 1980 – culminant avec l’aveu de Ruhollah Khomeini d’avoir « bu le calice empoisonné » – est présenté comme le récit d’une pression qui a forcé un repli stratégique.

Par ailleurs, Esmail Kowsari, commandant du CGRI devenu député, a profité de l’anniversaire de la guerre pour rappeler à la base démoralisée du régime combien les religieux avaient échappé de justesse à un sort dangereux. S’exprimant à la télévision d’État le 22 septembre, il a rappelé l’offensive de l’OMPI de l’été 1988 : « Ils ont atteint Islamabad… ils avançaient à travers le passage montagneux de Chahar-Zabar » – une poussée qui, selon lui, l’a contraint à se précipiter pour se procurer des armes et à coordonner des défenses d’urgence avec ses collègues commandants. Sa question rhétorique : « Nous avons accepté la résolution 598 – alors pourquoi ont-ils attaqué ensuite ? » Selon Kowsari, la persistance de l’ennemi a transformé la prétendue désescalade en un nouveau moment de péril existentiel.

Le 30 septembre, Mashregh News a affirmé que des médias liés à l’OMPI diffusaient des récits autour de l’anniversaire du « Vendredi sanglant » de Zahedan afin d’attiser les tensions interconfessionnelles, en alléguant une orchestration albanaise et française. L’objectif est de discréditer la dissidence comme étant d’origine étrangère. Pourtant, l’effet est à double tranchant : en associant à plusieurs reprises les manifestations à l’OMPI, le régime lui-même reconnaît l’influence du mouvement en Iran, et profite de ces occasions pour faire pression sur les pays hôtes, les présentant comme des catalyseurs de troubles.

La situation difficile du régime en matière de nucléaire est également liée à une révélation qu’il n’a jamais pu effacer. Comme l’a noté Hamshahri Online le 28 septembre, « ce qui a propulsé le dossier nucléaire iranien au rang de sujet de discorde internationale, c’est la révélation de l’été 2002 : l’OMPI a révélé l’usine d’enrichissement de Natanz et le projet d’eau lourde d’Arak, et dès lors, le dossier est passé sous la surveillance de l’AIEA.» Ce seul instant, admet le journal, a révélé un programme clandestin au grand jour et déclenché la chaîne d’enquêtes, de rapports et, finalement, de sanctions qui a suivi.

Défi à l’étranger, inquiétude à l’intérieur
La défiance de Khamenei face aux sanctions, aux frappes militaires et à l’isolement international ne témoigne pas d’une indifférence aux pressions ; c’est un calcul ancré dans la perception réelle de la menace par le régime. Il sait que les sanctions peuvent paralyser l’économie, mais ne suffisent pas à faire tomber l’État clérical. Il sait aussi qu’après les expériences coûteuses d’Irak et d’Afghanistan, aucune puissance étrangère n’est prête à lancer une invasion terrestre de l’Iran. Sans une telle initiative, un changement de régime par le haut reste impossible.

Le risque qui le tient éveillé est différent. Il réside dans les rues d’Iran : une société explosive où les griefs s’accumulent chaque jour et où les réseaux de résistance – les Unités de résistance dirigées par l’OMPI – sont bien placés pour canaliser la colère spontanée en confrontation organisée. Les responsables du régime eux-mêmes trahissent cette peur en invoquant des expressions comme « guerre interne » et « Téhéran, le champ de bataille ». Il ne s’agit pas de métaphores décoratives ; ce sont des aveux que le danger vient de l’intérieur.

Chaque flambée de violence renforce ce point. À l’approche des anniversaires de massacres comme celui du « Vendredi sanglant » de Zahedan, les médias d’État s’empressent de qualifier l’agitation en ligne d’« étranger ».
Fabriqués par gn, même s’ils reconnaissent que les hashtags et les récits ont du succès à l’intérieur du pays. Lorsque les commandants se remémorent l’été 1988, leur discours vise moins à glorifier la victoire passée qu’à rappeler à une base démoralisée que sa survie ne tenait qu’à un fil face à des adversaires intérieurs qui refusaient de plier même après un cessez-le-feu.

Le Guide suprême du régime considère la pression extérieure comme gérable précisément parce que le front décisif se trouve à l’intérieur. On peut endurer les sanctions, remplacer les missiles, mais une société qui s’embrase sous la direction d’une opposition organisée pourrait balayer le système lui-même.

C’est pourquoi le régime décrit l’histoire comme une « guerre interne », pourquoi il fait de Téhéran le champ de bataille et pourquoi il investit avant tout dans la répression, la surveillance et le contrôle narratif. La contradiction entre la défiance à l’étranger et l’inquiétude à l’intérieur n’est pas fortuite. C’est la stratégie de survie de l’État clérical : nier la vulnérabilité aux étrangers, tout en conditionnant sa base à la peur et à la mobilisation contre l’ennemi intérieur.

Il en résulte une politique de siège permanent. Plus Khamenei insiste sur le fait que la pression étrangère ne peut briser l’Iran, plus il indique clairement qu’une seule force le peut : la combinaison d’une société agitée et d’une résistance organisée capable de transformer les étincelles en feu.