dimanche, décembre 7, 2025
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Iran : Manifestations des infirmières, des travailleurs et des investisseurs lésés

Iran : Manifestations des infirmières, des travailleurs et des investisseurs lésés
Des investisseurs de Taravat Novin Rezayat Khodro Qazvin manifestent le 10 novembre 2025

Une puissante vague de troubles a balayé l’Iran, alors que des citoyens de pratiquement tous les segments de la société sont descendus dans la rue dans une symphonie de contestation coordonnée contre la corruption systémique et l’incompétence du régime clérical. Des travailleurs de la santé à Mashhad et des employés de banque à Téhéran aux investisseurs lésés à Qazvin et aux familles de prisonniers politiques aux portes de la prison d’Evin, les événements de la journée ont brossé un tableau saisissant d’une nation poussée à bout. Il ne s’agissait pas de griefs isolés, mais d’un verdict populaire unifié contre un régime qui a trahi son peuple sur tous les fronts.

La trahison des fonctionnaires et des jeunes
La déliquescence du régime était pleinement visible dans la manière dont il traitait ses secteurs les plus essentiels. À Mashhad, les infirmières et le personnel médical de l’hôpital Ghaem – autrefois salués par l’État comme des « héros » pendant la pandémie – se sont rassemblés pour protester contre des mois de salaires impayés et des conditions de travail intolérables. Leurs slogans faisaient écho à la profonde trahison ressentie par ceux qui ont risqué leur vie, pour se voir ensuite refuser leur droit fondamental à un salaire.

Ce sentiment d’abandon se reflétait dans la capitale. À Téhéran, les employés de la banque publique Bank Maskan ont organisé un rassemblement pour protester contre les fortes disparités salariales par rapport aux autres banques et les pratiques frauduleuses de leur fonds d’investissement pour les employés. Les manifestants ont dénoncé le manque de transparence financière du fonds et, dans un exemple flagrant de discrimination systémique, le refus d’accorder des prestations d’assurance-vie aux familles des employées, malgré le fait qu’elles versent les mêmes cotisations que leurs collègues masculins.

Parallèlement, la négligence du régime à l’égard de la jeunesse du pays s’est manifestée par une crise sanitaire publique choquante à l’université Farhangian de Zanjan, où des étudiants ont lancé une grève de la faim après avoir découvert des poux et autres parasites dans les repas servis à la cafétéria universitaire. Leur protestation a mis en lumière une défaillance fondamentale des services de base et un mépris total du bien-être des étudiants.

Pillage cautionné par l’État et effondrement économique
Simultanément, des manifestations alimentées par des années de mauvaise gestion financière et de fraude cautionnée par l’État ont éclaté dans tout le pays. À Qazvin, des milliers de victimes du système d’investissement Rezayat Khodro se sont rassemblées pour exiger le remboursement de leurs économies. Pendant dix ans, l’entreprise a opéré avec le soutien explicite de responsables gouvernementaux, attirant 36 000 investisseurs. Aujourd’hui, le système judiciaire du régime a soudainement déclaré l’entreprise frauduleuse et saisi tous ses actifs, laissant les citoyens les mains vides.

Une histoire de pillage similaire s’est déroulée devant le bureau du gouverneur à Kerman, où des acheteurs lésés du projet immobilier « Taqdis » à Sirjan ont manifesté. Après cinq ans d’attente et le versement de sommes considérables, pas une seule unité n’a été construite. Les manifestants ont accusé la coopérative de détourner leurs fonds pour d’autres projets, déclarant : « À chaque fois, ils font des promesses, mais derrière ces promesses ne se cachent que le silence et des arrangements en coulisses. »

À Iranshahr, dans la province du Sistan-et-Baloutchistan, les difficultés économiques sont particulièrement ressenties par les travailleurs de l’entreprise de construction routière Sanat Baloch, qui se sont mis en grève pour protester contre des mois de salaires et d’avantages sociaux impayés. Comble de l’ironie, des rapports indiquent que les travailleurs qui se sont rendus au bureau de l’entreprise pour réclamer leur dû ont été accueillis avec hostilité et contraints de signer des lettres de licenciement.

Les événements du 10 novembre 2025 ne constituent pas une série de crises isolées ; ce sont les symptômes interdépendants d’un même mal : une théocratie corrompue et oppressive qui a perdu toute capacité et toute légitimité à gouverner. L’infirmière non payée, l’investisseur escroqué et l’étudiant ayant consommé de la nourriture contaminée souffrent tous de la même cause profonde. L’ampleur et l’unité d’action de ces manifestations envoie un message sans équivoque au monde entier : le peuple iranien est organisé, déterminé et uni dans sa revendication d’un changement fondamental. Leur cri collectif est le signe d’un régime dont les jours sont comptés.