
Le soulèvement national en Iran entrait dans son onzième jour consécutif, marquant une escalade significative dans la lutte contre la dictature au pouvoir. Au coucher du soleil, l’appareil répressif du régime semblait débordé, des informations en provenance de plusieurs provinces faisant état d’un repli des forces de sécurité face à des foules non armées et intrépides.
Paralysie économique : South Pars et les bazars
L’événement le plus marquant de cette 11e journée a été l’extension des grèves au secteur énergétique, vital pour le pays. Les ouvriers des raffineries de South Pars, cœur battant de la production de gaz naturel iranienne et principale source de revenus de l’État, ont cessé le travail et rejoint le mouvement national. Cette escalade stratégique coïncide avec une paralysie commerciale persistante dans la capitale et les principaux centres provinciaux.
January 7, 2026 — Across Iran
Workers at the South Pars refineries have joined the nationwide strikes.
In Qazvin’s main bazaar, shopkeepers are closing their stores while chanting “Death to the dictator.”
In Tehran’s bazaar, merchants in the Hammam Chal alley and the… pic.twitter.com/HjjuPYA8lx— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 7 janvier 2026
À Téhéran, le Grand Bazar historique est resté un foyer de résistance. Les commerçants des quartiers de Bein-ol-Haramein, Pachenar et Hammamchal, ainsi que ceux du Bazar spécialisé de l’or et des bijoux et du Bazar des cordonniers (Kaffashha), ont gardé leurs rideaux baissés. Les grèves n’étaient pas passives ; les commerçants se rassemblaient pour scander : « Les Iraniens mourront, mais n’accepteront jamais l’humiliation.» La réaction du régime a révélé sa crainte des rassemblements : les autorités ont ordonné la fermeture de la station de métro Khordad 15, un nœud de transport essentiel desservant le quartier du marché, afin d’empêcher les manifestants de se regrouper.
Cette résistance commerciale s’est propagée à l’échelle nationale. À Rasht, le marché de l’or est resté fermé, et à Tabriz, le bazar principal a été paralysé. Des fermetures similaires ont été observées à Shiraz, Qazvin, Ahvaz, Kerman et Bandar Abbas. À Neyshabur, dans le nord-est de l’Iran, des jeunes ont lancé des manifestations de rue qui ont paralysé le commerce local, provoquant des affrontements directs dans les rues.
Confrontation et repli des forces
Si les grèves ont mis le régime à rude épreuve économiquement, les rues ont été le théâtre d’un changement d’équilibre des forces. Dans plusieurs villes, la densité des foules a contraint les forces de sécurité lourdement armées à abandonner leurs positions.
À Abadan, dans le sud-ouest de l’Iran, les unités de sécurité ont fui leurs postes après avoir échoué à disperser les manifestants avec des gaz lacrymogènes. À Bojnurd, la foule était si importante que les forces de sécurité se sont réfugiées sur les toits pour éviter d’être submergées. Une scène similaire s’est déroulée à Borujerd, dans l’ouest de l’Iran, où des jeunes armés de simples pierres se sont affrontés aux forces des Gardiens de la révolution (CGRI), contraignant ces derniers à se replier dans leurs bases.
January 7—Borujerd, western Iran
Large crowd gathered for anti-regime protests on the 11th night of the nationwide uprising.#IranProtests pic.twitter.com/J1pB06Jos8— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 7 janvier 2026
Cependant, la riposte du régime dans d’autres régions fut meurtrière. À Lordegan, dans la province de Chaharmahal et Bakhtiari, les forces de sécurité ont ouvert le feu à balles réelles. Malgré l’usage de la force létale, les habitants ont refusé de se disperser. Les violents affrontements ont fait des victimes des deux côtés ; selon certaines sources, quatre agents du régime auraient été tués lors de la confrontation. L’agence de presse Fars, affiliée aux Gardiens de la révolution, a confirmé l’intensité des combats, admettant que deux policiers avaient été tués, 30 blessés, et que le bureau du gouverneur ainsi que plusieurs bâtiments administratifs avaient subi des dégâts.
À Shiraz, le paysage urbain s’est transformé en zone de résistance. Alors que les autorités déployaient des canons à eau pour dégager les rues, les manifestants ont riposté en érigeant des barricades. Des images de la ville ont montré un camion déversant des pierres dans la rue pour aider les jeunes à renforcer leurs lignes de défense contre les agents en civil et les unités de répression.
Un élément marquant du 11e jour a été la chute du mur de la peur. À Kerman et Kermanshah, des citoyens sont intervenus physiquement pour empêcher l’arrestation des manifestants. À Kermanshah, des manifestants ont bravé les gaz lacrymogènes pour secourir une femme blessée par les forces de sécurité, la mettant en sécurité au lieu de fuir.
Un front uni : des universités aux cellules de prison
Le soulèvement a forgé une voix unie à travers différents secteurs de la société, reliant les campus universitaires aux prisonniers politiques.
January 7—Shiraz, southern Iran
The people are using all the means at their disposal to counter the regime's suppressive forces. Video shows a truck dumping stones to help protesters set up barricades and fight back against the regime.#IranProtests #IranRevolution pic.twitter.com/1BiIyWPbpE— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 7 janvier 2026
Malgré l’heure tardive de mercredi, les étudiants de l’université Soore de Téhéran ont organisé des rassemblements, scandant un nouveau slogan poignant : « Evin [la prison] est devenue une université, Téhéran est devenue une prison », dénonçant les arrestations massives de leurs camarades. Ce sentiment a trouvé un écho à Zahedan, Urmia et à l’université Azad de Kermanshah, où des étudiants ont affronté des membres de la milice Basij en scandant : « L’étudiant meurt, mais n’accepte pas l’humiliation.»
Dans un acte rare et courageux, des prisonniers politiques de deux des centres de détention les plus tristement célèbres du régime ont rejoint les manifestations depuis leurs cellules. Dans le quartier des femmes de la prison d’Evin, les détenues se sont rassemblées pour chanter l’hymne national et scander : « Liberté ! »
« Nous pouvons et nous devons », ont-ils déclaré. Simultanément, des prisonniers politiques de sexe masculin incarcérés à la prison de Ghezel Hesar ont publié une déclaration collective sous forme de chants, jurant : « Nous jurons par le sang de nos camarades, nous tiendrons jusqu’au bout », et appelant au renversement de la « république d’exécution ».
La nature politique du soulèvement a été davantage mise en évidence par des slogans rejetant toute forme de dictature. À Tabriz, des jeunes, brûlant des poubelles pour bloquer les voies d’acheminement des renforts, scandaient : « Mort à l’oppresseur, qu’il soit le Shah ou le Guide suprême ! », exprimant ainsi leur revendication d’une république démocratique, s’opposant au retour aux monarchies passées ou au maintien de la théocratie actuelle.
Tactiques du régime et appel à la persévérance
Face à une défaite cuisante dans les rues et sur les marchés, le régime a eu recours à la guerre de l’information et aux menaces de violence meurtrière. Le débit internet a été drastiquement réduit dans tout le pays, notamment à Téhéran, dans la province de Fars et dans la province d’Alborz. Des opérateurs comme Hamrah-e Avval et Irancell ont perturbé l’accès aux sites web étrangers et aux applications de messagerie telles que Telegram afin d’empêcher la coordination des manifestations et la diffusion d’images.
January 7—Zahedan, southeast Iran
Students at University of Sistan & Baluchestan held nightly protest rally chanting anti-regime slogans:
"Students will die but won't accept humiliation"
"We have neither water nor bread, high prices be damned"#IranProtests #IranRevoIution pic.twitter.com/1il8jfdaQZ— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 7 janvier 2026
Le gouverneur de Téhéran, Motamedian, a proféré une menace explicite mercredi, déclarant aux médias d’État que la police était légalement autorisée à utiliser des armes contre ceux qui s’en prenaient aux infrastructures publiques. « Si les rassemblements dégénèrent en… » « La destruction… la police, conformément à la loi, est autorisée à utiliser des armes », a-t-il déclaré au média Asr-e Iran.
https://x.com/Maryam_Rajavi_F/status/2008884384154210433?s=20
Face à l’escalade de la violence et à la détermination des manifestants, Mme Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a salué la résistance manifestée à Kermanshah, Ahvaz et Ilam. Évoquant l’usage de balles réelles par les Gardiens de la révolution, elle a affirmé : « Khamenei doit savoir que chaque balle tirée par ses mercenaires ne fait qu’attiser davantage les flammes de la révolte. »
À l’issue du 11e jour de grève, le régime iranien se trouve assiégé par une population qui a perdu toute peur. Le secteur de l’énergie se joint aux commerçants des bazars dans le mouvement, et la jeunesse tient tête aux agents armés dans les rues : le soulèvement est entré dans une phase critique et irréversible.

