
Une puissante vague de protestations a déferlé sur l’Iran le 1er juin, soulignant la profonde crise économique et le mécontentement croissant de la population envers le régime au pouvoir. La grève nationale des camionneurs, qui en est à son onzième jour et qui a touché au moins 155 villes dans les 31 provinces, a constitué le fer de lance de ces manifestations, paralysant les principaux axes de transport et mobilisant le soutien de divers secteurs en difficulté de la société iranienne.
L’impact de la grève a été palpable : le parking du terminal de fret de Téhéran est resté visiblement vide, tandis que les reportages et les images des terminaux de fret et des principaux axes routiers de villes comme Arak (notamment la route reliant Arak à Téhéran), Bandar Imam, Khorramabad, Golpayegan, Tamarchin, Bashmaq, Sarakhs, Charmahin, Zahedan, Mashhad, Sabzevar et Ispahan montraient une quasi-paralysie de l’activité des camions, les parkings étant remplis de véhicules en grève.
June 1—Karaj, northern Iran
Strike by truck drivers in Fardis, Karaj, protesting against poor working conditions, lack of fuel, and imposed overloading by construction contractors.#IranProtestspic.twitter.com/AW9J5Y79dT— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 1 juin 2025
Cette puissante démonstration d’unité a été encore amplifiée lorsque les chauffeurs de taxi de villes comme Sabzevar et Arak ont rejoint les chauffeurs routiers en grève, élargissant ainsi le front uni de la communauté des transports.
Les chauffeurs routiers ont souligné que les tentatives de répression du régime, notamment l’arrestation de neuf collègues à Bijar, n’ont fait que renforcer leur détermination et leur unité. Leur principale revendication est la libération immédiate et inconditionnelle de tous les collègues détenus. Leur position courageuse a bénéficié d’un soutien important, le Syndicat des travailleurs de la compagnie de bus de Téhéran et de sa banlieue ayant publié une déclaration soutenant la grève et condamnant les arrestations et les menaces contre les chauffeurs.
La réponse du régime a été un mélange d’intimidation et de promesses creuses. Des informations parues jeudi indiquaient que dans les terminaux de fret de Mobarakeh et Shahpur à Ispahan, les chauffeurs refusant de charger des marchandises étaient menacés d’invalidation de « tous leurs documents », de coupures de service et d’ouverture directe de poursuites judiciaires à leur encontre. Simultanément, les responsables du régime ont fait des déclarations apaisantes.
Reza Rostami, président de la Commission des transports de la Chambre de commerce iranienne, a vaguement promis que les préoccupations des chauffeurs concernant leur couverture sociale seraient « réévaluées d’ici une semaine ». Abbas Soufi, membre de la Commission parlementaire du développement urbain, a admis que « les tarifs de fret n’ont pas été actualisés depuis des années » et que « les primes d’assurance actuelles sont inabordables », tout en faisant état de l’élaboration d’un plan d’urgence double pour répondre aux revendications des chauffeurs.
Les revendications des chauffeurs routiers ont trouvé un écho dans de nombreux autres secteurs. Le 1er juin, des retraités de la Sécurité sociale ont organisé des rassemblements à Suse, Ahvaz et Téhéran pour protester contre leurs maigres retraites et la flambée du coût de la vie. À Ahvaz, les retraités ont manifesté avec force, scandant « Le chauffeur routier emprisonné doit être libéré » et « Le manifestant emprisonné doit être libéré », reliant ainsi directement leur lutte à celle des camionneurs et des boulangers en grève ces dernières semaines.
More footage of protests by retirees of the Social Security Organization in Ahvaz.
Protesters chant "The imprisoned truck driver must be freed" and "The imprisoned protester must be freed" in support of other protesting communities.#IranProtestspic.twitter.com/yx2hRkOB0z— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 1 juin 2025
De même, les retraités de l’industrie sidérurgique et minière ont repris leurs manifestations hebdomadaires à Ispahan et Kerman pour dénoncer leurs mauvaises conditions de vie et le non-versement de leurs retraites. À Ispahan, les manifestants ont lancé une accusation particulièrement virulente, scandant : « Réduisez un détournement de fonds [du gouvernement], résolvez notre problème » et « Clamez pour vos droits ».
Les travailleurs ont également exprimé leur profonde frustration. À Gachsaran, les travailleurs contractuels de la Gachsaran Oil and Gas Company ont organisé un rassemblement de protestation pour exiger la suppression des entreprises contractantes intermédiaires, les contrats de travail directs et la fin des discriminations au travail, soulignant les disparités salariales et les mauvaises conditions de travail. À Tabriz, les travailleurs des stations-service GNC ont fait grève pour protester contre les salaires impayés. Les chauffeurs routiers de Fardis, dans la province de Karaj, ont également fait grève pour protester contre les mauvaises conditions de travail, le manque de carburant et la surcharge imposée par les entrepreneurs du bâtiment.
D’autres manifestations ont eu lieu à Bushehr, dans le sud de l’Iran, où des propriétaires de bateaux ont manifesté contre les restrictions imposées par le régime au commerce maritime artisanal, une activité économique vitale pour la région. Ils se sont rassemblés devant l’Organisation portuaire et maritime et la sortie des douanes de la ville, exigeant des éclaircissements sur leurs créances financières. À Téhéran, les candidats au 52e examen d’internat en médecine ont protesté contre les irrégularités généralisées, le manque de transparence et les résultats irréalistes des examens.
June 1—Gachsaran, southwest Iran
Contract workers of the Gachsaran Oil and Gas Company hold protest rally, demanding the elimination of intermediary contracting companies, direct employment contracts, and an end to workplace discrimination.#IranProtestspic.twitter.com/066Z32FTL1— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 1 juin 2025
L’inquiétude du régime face à l’escalade des manifestations a été trahie par Reza Nouri, le chef de la prière du vendredi de Bojnourd, qui a déclaré le 30 mai 2025 : « On parle des chauffeurs de camion, on parle des boulangeries… nos ennemis tentent de transformer une petite dispute en émeute.» Cet aveu met en lumière la situation du régime.
Je craignais que ces griefs généralisés, motivés par des considérations économiques, ne se transforment en une remise en cause plus importante de son autorité.
Lors de la conférence pour un Iran libre, le 31 mai, Mme Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), a évoqué la situation : « Depuis dix jours, les chauffeurs routiers qui travaillent dur sont en grève. Leurs protestations contre l’injustice sont fortes. Ils sont la voix de millions de travailleurs que ce régime a spoliés.» Elle a appelé à un large soutien public aux chauffeurs en grève et exigé la libération immédiate des personnes arrêtées. Elle a également souligné la nature oppressive du régime en soulignant que « rien que sous le mandat de [Masoud] Pezeshkian, 1 275 personnes ont été exécutées, et rien qu’au mois d’Ordibehesht, 170 exécutions ont eu lieu. Pourtant, malgré toutes les arrestations et la répression, les villes iraniennes sont le théâtre de manifestations et de grèves quotidiennes. »
June 1—Bushehr, southern Iran
Boat owners protest the regime putting restrictions on small-scale maritime trade, which has been a significant economic activity for the region.#IranProtestspic.twitter.com/2PaaSarR7t— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 1 juin 2025
La conjonction de ces grèves et manifestations nationales du 1er juin dresse un tableau clair d’une population poussée à bout par un régime dont la corruption et la mauvaise gestion ont entraîné de graves difficultés économiques. La résilience des chauffeurs routiers et la solidarité exprimée par divers autres groupes de protestataires témoignent d’un mécontentement croissant. Comme l’a conclu Mme Radjavi : « Le jour n’est pas loin où la colère latente du peuple iranien se transformera en un soulèvement bien organisé, mené par des unités de résistance, et réduira en cendres la dynastie de ce régime oppressif. »

