AccueilActualitésActualités: Iran ProtestationsCouronne et turban : la stratégie de Téhéran contre l’alternative démocratique iranienne

Couronne et turban : la stratégie de Téhéran contre l’alternative démocratique iranienne

Couronne et turban : la stratégie de Téhéran contre l’alternative démocratique iranienne
Des milliers de partisans du CNRI se sont rassemblés à Paris le 8 février 2025, commémorant la révolution iranienne de 1979 et jurant de renverser le régime clérical.

Dans les régimes autoritaires, la peur se révèle souvent par d’étranges alliances. Prenons l’exemple d’Iranian Diplomacy, une plateforme affiliée à l’État et supervisée par l’ancien ambassadeur du régime Sadegh Kharrazi, qui a récemment publié un article surprenant. Sa cible n’était pas les sanctions occidentales, les journalistes dissidents, ni même les membres de la famille royale en exil : c’était la Résistance iranienne, menée par l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK) et sa coalition, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI).

L’article du 18 avril, intitulé « Une menace cachée au cœur de la politique américaine », affirme de manière significative que l’OMPI, grâce à des moyens financiers non divulgués, a réussi à gagner le soutien de personnalités politiques américaines telles que Rudy Giuliani, John Bolton et Mike Pompeo. L’article déplore que ces personnalités « aient été attirées à leurs conférences » et avertit que la visibilité de l’OMPI à Washington représente un risque pour la sécurité nationale, non pas pour l’Iran, mais pour les États-Unis.

Il s’agit de plus qu’une simple diversion. C’est un aveu.

Ce que l’article révèle, bien qu’involontairement, c’est que parmi toutes les factions opposées à la dictature cléricale, seul le CNRI suscite une véritable peur dans les sphères du pouvoir à Téhéran. Pourtant, dans son désir désespéré de discréditer cette opposition, le site Iranian Diplomacy s’inspire d’une source improbable : un collaborateur monarchiste du Jerusalem Post, un certain Aidin Panahi, auteur de la tribune sur laquelle s’appuie une grande partie de l’article iranien.

Ce rapprochement n’est pas un hasard.

Chambres d’écho monarchistes et scénario du régime

En amplifiant la tribune occidentale d’un monarchiste comme parole d’évangile, les porte-parole du régime iranien expriment non seulement la peur, mais aussi une stratégie. Les monarchistes, malgré leur forte présence médiatique, n’ont aucune présence populaire en Iran. Ils ne proposent aucune feuille de route viable et ne représentent aucune menace réelle. Et pourtant, leurs discours, en particulier ceux qui affaiblissent l’OMPI, sont curieusement alignés sur les campagnes de désinformation du régime.

Ce n’est pas une coïncidence. Le régime clérical maîtrise depuis longtemps l’art de promouvoir des figures d’opposition « sûres », celles qui ne représentent aucune menace pour sa survie. Un exemple révélateur nous vient de Mehdi Nasiri, ancien rédacteur en chef de Kayhan et aujourd’hui commentateur politique autorisé par le régime. Dans son ouvrage désormais célèbre, « Du prince à Tajzadeh », Nasiri a mis en lumière la manière dont le système accommode curieusement Reza Pahlavi, l’héritier monarchiste exilé en toute liberté, et Mostafa Tajzadeh, un soi-disant initié réformiste. Malgré leurs critiques sur certains aspects du régime, tous deux bénéficient de tribunes, d’un accès et d’une immunité systématiquement refusés aux véritables révolutionnaires, qui risquent la prison, la torture ou la mort pour bien moins. Le rassemblement de Washington : une tournée anti-résistance

Le recours du régime à des intermédiaires creux a été pleinement mis en évidence lors du rassemblement monarchiste du 13 avril à Washington. Présenté comme un tournant historique, le rassemblement a attiré moins de 500 participants, malgré des mois de promotion, des offres de voyages payants et une large couverture satellite.

Mais la faible participation n’a pas été le principal scandale. Ce qui a choqué les observateurs, c’est l’objet de l’événement : non pas les atrocités du régime au pouvoir, ni la répression à Zahedan ou à Evin, mais une attaque coordonnée contre l’OMPI. Les intervenants ont appelé à l’interdiction de l’organisation, ont nié ses décennies de résistance et ont repris les accusations mêmes utilisées depuis longtemps par Téhéran pour délégitimer ses plus redoutables opposants.

Même les personnalités iraniennes de la diaspora ont réagi avec incrédulité. « On vous a offert une tribune dans la capitale de la démocratie », a écrit un militant sur X, « et vous l’avez utilisée pour réciter les arguments du régime. »

Un mirage fabriqué

Cette convergence – le régime prônant une voix monarchiste, les monarchistes répétant la liste de ses ennemis – n’est pas fortuite. C’est une question de tactique. Incapable de réformer, incapable de réprimer indéfiniment, le régime se tourne vers la diversion. Il élève des figures de proue comme Reza Pahlavi par le biais de cybercampagnes, de réseaux médiatiques et de groupes comme le NUFDI, qui font pression sur le Congrès tout en œuvrant en coulisses pour saper le CNRI.

Comme l’a écrit la prisonnière politique Golrokh Iraee dans une puissante lettre ouverte depuis la prison d’Evin : « Réformistes et monarchistes se sont unis, non pas pour renverser la tyrannie, mais pour la préserver. Ils existent pour s’assurer que le peuple ne croie jamais en un autre avenir.»

Ses propos sont plus qu’une critique. C’est un diagnostic.

En effet, la dictature cléricale, ayant perdu l’illusion des « modérés contre les extrémistes », promeut désormais des alternatives artificielles. Elle promeut une « stratégie de transition » par la coopération avec le CGRI et le MOIS – la ligne publique de Reza Pahlavi – parce qu’elle sait que la véritable révolution n’est pas dans son vocabulaire. Elle est dans la rue, dans les prisons et dans les réseaux organisés qui ont résisté à l’épreuve du temps.

La véritable menace – et pourquoi ils la craignent

L’OMPI/CNRI possède quelque chose qu’aucun autre groupe ne possède : un réseau clandestin en Iran, un programme démocratique, une coalition structurée de représentation ethnique et politique, et des décennies de résilience.

C’est pourquoi les mandataires de Téhéran, qu’ils soient en turban noir ou en couronne d’or, réservent leurs attaques les plus virulentes non pas entre eux, mais contre l’OMPI.

Le peuple iranien est plus avisé. Son slogan – « Mort à l’oppresseur, qu’il s’agisse du Shah ou du Guide suprême » – en dit long sur ceux en qui il a confiance et, plus important encore, sur ceux en qui il n’a pas confiance.