dimanche, février 5, 2023
AccueilActualitésActualités: Iran & MondeIran : Le combat boiteux de l'UE contre le terrorisme

Iran : Le combat boiteux de l’UE contre le terrorisme

Par Goesta Groenroos.

OpEdNews.com – "L’injustice est le meilleur allié du terrorisme", a rappelé le sénateur suisse Dick Marty, dans une conférence de presse la semaine dernière après l’adoption d’une résolution par l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe condamnant les méthodes utilisées par l’UE et le conseil de sécurité de l’ONU pour inscrire sur la liste noire des groupes et des individus.

Cette résolution par le gendarme des droits de l’homme de l’Europe, était basée sur un rapport soulignant que l’utilisation de listes du terrorisme par l’UE et l’ONU est arbitraire et viole des droits fondamentaux, mettant ainsi en danger le tissu même d’une société démocratique, c’est-à-dire l’état de droit

Ce qui est plus tragique c’est que, sous le  couvert de la lutte contre le terrorisme, la liste du terrorisme a servi dans certains cas de monnaie d’échange avec des dictatures et les maîtres du terrorisme. L’affaire des Moudjahidine du peuple d’Iran (l’OMPI), le principal mouvement de résistance iranien, est très significative car elle a été choisie comme un des cas les plus remarquables du rapport du Conseil de l’Europe. Comme l’a dit Dick Marty, des cas comme ceux de la controverse de l’OMPI sont un exemple des effets "désastreux" des listes noires.

L’OMPI, un mouvement  démocratique opposé à l’intégrisme islamique, a été la première victime de la répression du régime religieux dans son pays. Des dizaines de milliers de ses membres et partisans ont été exécutés par les tyrans religieux au pouvoir en Iran au fil des ans. Ses membres ont été la cible principale des commandos iraniens partout en Europe. Le mouvement de Résistance iranien a été classé comme une organisation terroriste au Royaume-Uni en mars 2001 sur l’ordre du gouvernement iranien, comme Jack Straw, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, l’a reconnu dans une interview en 2006: "Il (le gouvernement iranien) exigeait et en réalité a réussi à obtenir de moi quand j’étais le ministre de l’Intérieur que nous interdisions une organisation terroriste le MEK (l’OMPI) qui oeuvrait contre l’Iran. "

En conséquence du 11 septembre, l’UE a commencé à élaborer sa liste du terrorisme en 2001. En mai 2002, quand la liste du terrorisme de l’UE a été mise à jour, l’OMPI, l’organisation centrale membre du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), la coalition de groupes d’opposition iraniens, a été ajoutée à la liste. Ici également, les oppresseurs du peuple iranien se sont tournés vers le gouvernement de Sa Majesté pour faire leur sale travail.

L’OMPI a réussi à porter son inscription devant la Cour européenne de justice de l’UE. En décembre 2006, dans un verdict de référence, la Cour européenne de justice a annulé l’inclusion de l’OMPI dans la liste du terrorisme. Le Conseil de l’UE a choisi de ne pas faire appel du verdict.

Le jugement réitérait que pendant le processus d’inscription, les droits fondamentaux de l’OMPI, y compris "le droit de la défense, l’obligation de motivation et le droit à une protection juridictionnelle effective", avaient été violés.

Si ce n’était pas assez pour faire sortir le mouvement de la Résistance iranienne de la liste, 35 membres éminents des deux Chambres du Parlement britannique des trois principaux partis ont soumis un appel à une cour spéciale, la Commission d’Appels des Organisations Proscrites (la POAC), appelant au retrait de l’OMPI de la liste du terrorisme du Royaume Uni. Cette Commission a été spécifiquement fondée par le gouvernement britannique pour examinés des appels d’organisations proscrites.

A la suite de six mois d’examen complet, y compris cinq jours d’auditions publiques et deux jours à huis clos, le 30 novembre 2007 la Cour s’est prononcée contre le gouvernement britannique et la proscription. La Cour a ordonné au gouvernement de présenter un ordre au Parlement pour retirer l’OMPI de la liste proscrite.

Dans un jugement sans précédent, la Cour a qualifié de "pervers" et "vicié" le refus du gouvernement de lever l’interdit pesant sur l’OMPI, ajoutant que la décision "doit être écartée". La Cour a déclaré : "nous reconnaissons qu’il est rare de conclure à la perversité. Nous croyons, cependant, que cette Commission est dans la position (sans doute inhabituelle) de disposer de tous les documents concernant cette décision." L’inscription de l’OMPI dans la liste du terrorisme de l’UE a été condamnée par plus de 8500 avocats partout en Europe, et une majorité de membres des Parlements du Royaume Uni, d’Italie, du Luxembourg, de Belgique, de Norvège et des centaines de membres du Parlement européen.

On s’attendait à ce que l’UE tienne compte de toutes ces décisions de justice et du consensus croissant pour retirer l’OMPI de la liste du terrorisme. Mais cette violation flagrante de l’état de droit par des individus dont le devoir est de le soutenir, continue. Ce qui est également grave, c’est que cette grande injustice imposée au peuple iranien et à sa Résistance pour satisfaire la dictature intégriste, persiste.

Mme Maryam Radjavi, la présidente élue du CNRI a souligné qu’en décidant de maintenir l’OMPI sur sa liste du terrorisme, le Conseil de l’UE est absolument isolé et défie deux piliers de la démocratie européenne, à savoir les institutions juridiques et législatives de l’Europe. En insistant sur la même politique, le Conseil est non seulement en infraction avec la loi, mais défie aussi la volonté des représentants de millions d’Européens représentés dans l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe. Elle a appelé les Etats membres de l’UE à enlever l’OMPI de la liste du terrorisme et à ne pas permettre qu’une telle anarchie et qu’un tel scandale, à l’origine imposé au Conseil par le gouvernement britannique, continuent.

"L’Injustice où qu’elle soit menace partout la justice", écrivait Martin Luther King dans une prison de Birmingham, en 1963.

Ainsi si l’UE veut être prise au sérieux et être efficace dans le combat contre le terrorisme, elle doit se battre contre l’injustice et arrêter de fouler aux pieds les droits de la Résistance iranienne qui veut arracher l’Iran des griffes de ses terribles oppresseurs intégristes islamiques.

* Goesta Groenroos est chercheur en philosophie à l’Université de Stockholm et un spécialiste de l’Iran