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Iran : Khamenei opte pour cinq années de plus d’Ahmadinejad

Alireza JaffarzadehPar Alireza Jafarzadeh

Fox News, 29 août – Pendant le week-end, dans un coup de poing au mythe fantaisiste d'une rupture en Iran entre le guide suprême Ali Khamenei et le président qu’il s’est choisi, Mahmoud Ahmadinejad, le leader des mollahs a non seulement défendu son trublion, mais l’a adoubé pour un second mandat. Voilà pour ce fameux schisme et les inférences absurdes qui toucheraient la politique de Téhéran. Est-ce que Denver est à l'écoute ?

 

Dans ce que les alliés d’Ahmadinejad ont qualifié de « déclaration concluante » le 23 août 2008, Khamenei a ordonné à l'ancien commandant de la Force Qods devenu président de prévoir de garder son poste pour un second mandat de quatre ans. Selon l’agence de presse officielle Fars, il a dit : «Ne croyez pas que cette année sera la dernière pour vous à la tête du gouvernement. Non. Agissez comme si vous alliez rester en charge pendant encore cinq ans. » Il a ajouté : « Imaginez que vous serez en fonction cette année et les quatre qui suivent, pour planifier et agir en conséquence. »

De nombreux partisans du dialogue centré sur des mesures incitatives avec Téhéran estiment que, puisqu’il ne reste à Ahmadinejad que moins d'un an de présidence et que les « radicaux pragmatiques » au sein de la faction sécuritaire et militaire au pouvoir seraient censés émerger, Washington et ses alliés devraient attendre pour travailler avec le prochain gouvernement.

La déclaration de samedi de Khamenei a sabordé cette absurde politique qui, si elle se poursuivait, aurait pour effet de permettre à Téhéran de poursuivre son projet nucléaire et son ingérence terroriste en Irak.

Le soutien de Khamenei à Ahmadinejad à un moment crucial n’a rien de nouveau, mais la férocité de son attaque verbale contre les critiques internes visant Ahmadinejad, en premier lieu celles d’Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, est sans précédent. Selon le New York Times, son soutien à Ahmadinejad « a été exceptionnelle en raison de son examen détaillé des questions intérieures et ses déclarations catégoriques comme quoi lui-même et le président sont en accord idéologique. »

En fustigeant ses rivaux pour leur « négativité destructrice », le guide suprême des mollahs a rendu hommage à Ahmadinejad pour avoir défié trois résolutions du Conseil de sécurité. « Certains pays tyranniques et exigeants voulaient imposer leur volonté à notre pays », a-t-il dit, une référence aux demandes faites à l’Iran de mettre fin à l'enrichissement d'uranium. « Mais notre peuple, le président et ses ministres, ont résisté ces demandes. »

Rafsandjani a récemment révélé que Khamenei lui avait demandé à lui et à d'autres piliers du régime de tolérer Ahmadinejad. Mais dans ce que certains des alliés d'Ahmadinejad ont qualifié de déclaration de guerre, Rafsandjani a déclaré à un auditoire : « nous avons toléré le pouvoir exécutif pendant trois ans. Maintenant, nous pouvons dire que c’est terminé. » Il a ensuite taxé Ahmadinejad d’incompétence, en disant : « un pays avec d'abondantes ressources ne devrait pas avoir des coupures de gaz en hiver et d'électricité en été, ou avoir de longues file d'attente dans les stations-services. »

J’ai déjà parlé dans cette colonne de la manière dont le régime des ayatollahs est assiégé par d’insurmontables crises politiques, menaçant sa survie comme jamais auparavant. Après trois décennies de pouvoir, il est miné par des contraintes financières et la corruption morale ; il s’appuie sur la tyrannie dans le pays et l'expansion de son état intégriste islamiste à l'étranger pour rester à flot.

Pour apprécier cette crise au plus haut niveau du leadership de Téhéran, il faut comprendre l'ensemble des impératifs nationaux et étrangers qui ont obligé Khamenei en 2005 à mettre tout son poids derrière la présidence d'Ahmadinejad, alors obscur maire de Téhéran.

Au début de 2003, avec la menace de l'invasion de l'Irak et le programme nucléaire de Téhéran dénoncé par le principal groupe d’opposition iranien, les Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI), Khamenei a pris une décision capitale : faire avancer son programme nucléaire et son plan pour l'Irak en catapultant les gardiens de la révolution – le CGR ou pasdaran –  sur la scène politique. La stratégie de Khamenei, soutenue par les pasdaran, était simple : Il existe une fenêtre d’opportunité avant que le rideau ne tombe sur nous. Nous devons avancer à pleine vitesse avec une belligérance dirigée vers l’intérieur et vers l’extérieur. Il n'y a pas de temps à perdre avec des campagnes de charme.

En effet, dans une pique apparente au président « réformateur » des mollahs Mohammad Khatami, Khamenei a fait remarquer samedi que « le gouvernement d'Ahmadinejad a arrêté le processus de sécularisation et d'occidentalisation qui avait commencé à s'infiltrer dans le processus de prise de décision du pays. »

En 2006, Khamenei a fait savoir que tout compromis dans le bras-de-fer nucléaire ou en Irak mettrait en péril la survie du régime théocratique. « Tout recul, a-t-il dit, ouvrira la voie à une série de pressions sans fin et de retraites illimitées. »

En octobre 2005, l'ancien général des pasdaran Ali Larijani a dit les choses telles quelles. Il était à l’époque négociateur nucléaire en chef de Téhéran ; il vient d’être bombardé « pragmatique » radical par les défenseurs du statu quo. Larijani a déclaré : « C'est la guerre. Si nous faisons un pas en arrière aujourd'hui, demain ils vont mettre sur la table la question des droits de l'homme, et le lendemain, la question du Hezbollah, puis la démocratie, et d'autres questions. »

Dans cet esprit, Khamenei a méthodiquement édifié un bastion politique, diplomatique et militaire fort depuis 2003, plaçant de hauts commandants du CGR dans les principaux postes politiques et de sécurité. La victoire de Mahmoud Ahmadinejad lors de l'élection présidentielle de 2005 a été le point culminant de cette mutation «en couches multiples et compliqué » du CGR en un vaste complexe militaro-politique.

Peu de temps après sa victoire, Ahmadinejad, un ancien haut commandant du CGR, s'est engagé à propager la « révolution islamique à travers le monde ». Avec la bénédiction de Khamenei, il a composé le tiers de son gouvernement et du corps diplomatique avec des commandants vétéran du CGR.

Mais le régime n’en est pas moins en décomposition, après trois décennies de tyrannie, de corruption et de belligérance. Khamenei se trouve lui-même et son régime de plus en plus dépendants du CGR. Et il sait que la moindre faille dans l’armure politico-militaire – même un changement de pasdaran avec un autre pasdaran radical comme Larijani – serait perçu comme un « recul » et un signe de faiblesse stratégique.

Avec le débat sur une politique viable concernant l’Iran, qui émergera sans aucun doute dans les prochains jours et semaines, pendant les conventions présidentielles et par la suite, les implications stratégiques de la déclaration de Khamenei doivent être pleinement comprises. Avec quatre années de plus pour le tandem Khamenei /Ahmadinejad soutenu par le CGR, le régime de Téhéran est incapable de changement fondamental. La seule solution viable, c’est un facteur intérieur de changement à savoir l’opposition croissante et la résistance démocratique.

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Alireza Jafarzadeh est l'auteur de « La menace iranienne : le président Ahmadinejad et la crise nucléaire à venir » (The Iran Threat: President Ahmadinejad and the Coming Nuclear Crisis – Palgrave, février 2008).

Jafarzadeh a révélé les réseaux terroristes de l’Iran en Irak et ses camps d'entraînement terroristes depuis 2003. Il a tout d'abord révélé l'existence du site d'enrichissement d'uranium de Natanz et l'installation d'eau lourde d'Arak en août 2002.

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