vendredi, février 3, 2023
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Iran : Face à la barbarie des mollahs

Si le juge « antiterroriste » Jean-Louis Bruguière a cessé ses fonctions, le mouvement des Iraniens en exil à Auvers-sur-Oise est toujours sous le coup de procédures judiciaires. Une situation ubuesque.

Par Jean-François Dupaquier

L’Echo-le Régional, 25 juillet – Le flamboyant juge ‘antiterroriste’ Jean-Louis Bruguière, qui s’était fait mettre en disponibilité pour se présenter comme candidat UMP aux dernières élections législatives a été battu par son  adversaire socialiste et n’a pas réintégré la cellule du dernier étage du Tribunal de Grande Instance de  Paris.

Une issue qui met fin à un regrettable mélange des genres du militant UMP et candidat magistrat en voiture blindée, révolver de gros calibre dans la  poche, entouré de policiers gardes du corps à oreillettes. Mais la mise à la retraite du juge Bruguière ne solde pas des dossiers discutables, aux effets ravageurs, comme les procédures judiciaires visant les dirigeants de l’Organisation des Moudjahidine du peuple iranien, basé à Auvers-sur-Oise. Et notamment la belle Maryam Radjavi, présidente de la République élue du Conseil national de la Résistance iranienne.

Regrettable confusion des genres

Le 17 juin 2003 avait lieu la spectaculaire arrestation perquisition au siège des Moudjahidine d’Auvers-sur-Oise, avec les hommes du GIGN, du RAID, de la DST, etc.  Une opération très médiatique, bien dans la manière du juge Bruguière. Mais une affaire  qui par la suite s’est singulièrement dégonflée, ce qui, hélas, est aussi dans la manière du « service après-vente » du juge vedette.

Plus de quatre ans après, que reste-t-il des arrestations, perquisitions, saisies, mise en examen et suicides par le feu de militants désespérés ? Essentiellement une enquête pour blanchiment d’argent, les Moudjahidine ayant refusé de donner la liste des cotisants iraniens à leur mouvement. Et on comprend pourquoi, au vu de la situation en Iran.

L’argument du « blanchiment d’argent »

Que penserait-on d’un juge qui  en 1943, aurait mis en examen Jean Moulin, le chef de la résistance française, au prétexte que son mouvement bénéficiait de fonds d’origine difficile à déterminer ?

Mais ce qui est encore plus choquant, c’est l’appui apporté à l’abominable régime des mollahs iraniens par l’opération Bruguière et le refus de clôturer, contre toute évidence et contre toute morale, un dossier vide.

Que le régime de Téhéran soit un des plus barbares de la planète constitue une évidence. Dans le film animé « Persépolis » qu’on a pu voir dans de nombreuses salles ces dernières semaines, la réalisatrice rappelle un crime particulièrement significatif : la condamnation à mort d’une jeune militante des droits de l’homme qu’on ne pouvait exécuter car la religion invoquée par le régime interdit de tuer une vierge. Qu’à cela ne tienne, la condamnée fut mariée de force à un gardien de la révolution, déflorée par lui et ensuite « légitimement » tuée. Ajouter le viol à la condamnation à mort est un des attraits du régime de Téhéran que le juge Bruguière a, on l’espère involontairement, soutenu, en persécutant le principal mouvement laïc de résistance à la barbarie.

Violée par ordre du régime

La correspondante en Iran du grand quotidien Le Figaro a rapporté de nouvelles anecdotes et appréciations sur un régime qu’en multipliant les souffrances des Iraniens et Iraniennes, ayant récemment aggravé les vagues de persécution.

Dans ce reportage daté du 13 juillet dernier intitulé « le régime iranien étouffe toute contestation », Delphine Minoui évoque les arrestations d’étudiants, de syndicalistes et de « binationaux » (une catégorie particulièrement surveillée), les poursuites contre les militantes féministes, les intimidations d’opposants et de journalistes.

Arrestations tous azimuts

Delphine Minoui écrit : « Dans la salle de rédaction de ce journal local, on entend voler les mouches. Sous le poids des nouvelles restrictions imposées ces derniers mois, les plumes n’ont plus grand-chose à gratter. « A l’exception de la retranscription des discours du guide suprême et des déclarations du président Ahmadinejad, écrire est devenu une prise de risque incontrôlable », se lamente un jeune reporter, qui préfère taire son nom.

On apprend qu’il lui est interdit d’évoquer les sanctions onusiennes, interdiction de mentionner les arrestations menées par la sinistre et ubuesque « Police des mœurs », d’écrire sur les pressions subies par la minorité sunnite …

Persécution et autocensure

A l’origine de cette « autocensure » : une circulaire de trois pages, envoyée par le Conseil suprême de la sécurité nationale aux rédactions des quotidiens iraniens et qui dresse une liste exhaustive des sujets à éviter. « Ceux qui dérogent à la règle sont régulièrement intimidés, parfois arrêtés, voir forcés de mettre la clef sous la porte », rapporte la journaliste du Figaro.

Elle mentionne : la fermeture forcée, à une semaine d’intervalle, du quotidien réformateur Hamihan et de l’agence de presse, semi-officielle Ilna, proche des modérés …

Lapidation publique

Sous couvert d’anonymat, le journaliste local explique : « le pouvoir se sent menacé de l’extérieur. Du coup, il réprime en interne ».

Les femmes sont particulièrement visées. On cite le cas de Delaram Ali qui vient d’être condamnée à 34 mois de prison. Comme ça risque de ne pas suffire à la remettre dans le droit chemin, les juges ont assorti la peine de coups de fouet. Elle avait osé mener campagne en faveur de la parité entre les sexes dans son pays. Inimaginable !

La répression est généralement plus banale : ces dernières semaines, près de 150.000 Iraniennes ont été interpellées à cause de leurs foulards jugés insuffisamment stricts (ils ne cachaient pas totalement les cheveux)

Montrées du doigt, les autorités annoncent périodiquement la fin des sévices les plus barbares. En 2002, ils avaient ainsi déclaré que les lapidations publiques n’avaient plus cours. Ils sont sans doute victimes de la maladie d’Alzheimer car on a annoncé voici quelques jours la lapidation publique d’un homme accusé d’adultère !

Et le vrai visage de la France ?

Comme le remarque un journaliste iranien interrogé par l’envoyé spéciale du Figaro, « le gouvernement d’Ahmadinejad est en train de montrer son vrai visage ».

Et si la France, elle, montrait le visage que l’on aime et pour lequel des générations de démocrates se sont battues, parfois au péril de leur vie ? Le « Pays des Droits de l’homme » pourrait mieux défendre cette « identité française » dont on nous rebat les oreilles ces dernières semaines. La solution ? En clôturant le dossier si malencontreusement ouvert par le juge Bruguière.

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