
CNRI – Le prisonnier politique iranien Jafar Azimzadeh, militant des droits des travailleurs, qui a entamé une grève de la faim illimitée depuis plus de deux semaines, a envoyé une déclaration depuis la prison d’Evine de Téhéran suite à la libération sous caution de son compatriote, le prisonnier politique Ismail Abdi, secrétaire général du syndicat d’enseignants iranien (ITTA en anglais).
Ci-dessous le texte de la déclaration de Jafar Azimzadeh :
Mon cher ami et compagnon de cellule résistant Ismail Abdi a été libéré sous caution contre trois milliards de rials (100 000 $ US). Il avait passé 11 mois en prison sans verdict judiciaire et uniquement sur la base de la volonté de l’appareil de sécurité. La libération d’Abdi, bien que prometteuse et gratifiante, ne veut pas dire qu’un pas, même minime, a été franchi pour la réalisation de nos demandes et des demandes de millions d’enseignants et de travailleurs.
Dans notre déclaration commune, qui a été fortement et ardemment soutenue par les enseignants du pays et les syndicats de travailleurs, ainsi que par les organisations de travailleurs et d’enseignants à travers le monde, nous avons demandé que les protestations sociales et civiles ne soient plus traitées comme des questions de sécurité et que la charge d’ « association et de connivence dans l’intention d’agir contre la sécurité nationale » soit retirée des dossiers ouverts des travailleurs et des enseignants ayant manifesté et des militants syndicaux emprisonnés, dont nous.
Nous avons protesté contre des salaires inférieurs au seuil de pauvreté, contre l’interdiction d’organiser des célébrations indépendantes et libres pour promouvoir la Journée internationale du travail et la Journée mondiale des enseignants, contre l’interdiction de former des syndicats indépendants, contre le manque de transparence et pour une action efficace de l’Organisation internationale du Travail (OIT) contre la violation flagrante des droits essentiels des travailleurs iraniens et des enseignants. Nous avons ainsi entamé une grève de la faim.
Par conséquent, l’acte de l’autorité judiciaire de libérer Ismail Abdi contre une lourde caution et l’ouverture d’une enquête avec charges lourdes, même dans le cadre des actions qui enfreignent la loi existante, est une routine et, précisément dans le cas d’Ismail, c’était prévisible.
Pour cette raison, sa libération ne peut pas être utilisée comme une revendication d’avoir répondu à nos exigences et celles de millions de travailleurs et d’enseignants. Il semble que cette libération était destinée à éclipser et à limiter la portée du mouvement (travail et enseignants) en croissance continue, qui s’est bâti autour de la revendication d’arrêter de considérer les protestations des enseignants et des travailleurs comme question de sécurité et de protester contre les charges de sécurité lourdes mises en place contre les militants dans le pays et dans le monde entier.
C’est donc avec une grande reconnaissance du soutien des enseignants et des travailleurs iraniens ainsi que des syndicats et des organisations de travailleurs dans le monde entier à nos demandes dans la déclaration conjointe avec Ismail Abdi, et en mettant l’accent sur la réalisation de chacun d’eux, que je vais continuer ma grève de la faim illimitée que j’ai commencé le 30 avril dernier.
Copie à : Confédération syndicale internationale (CSI)
Jafar Azimzadeh – Hall 8 de la prison d’Evin
mai 2016

